Il décrocha le téléphone.
« – Allo vieux ?
- Oui c’est moi, qu’est-ce que tu veux ?
- Juste te dire que pour ta dernière affaire là, ben apparemment on a un enregistrement. Sans le son ca ressemble à un mélange entre du Tex-Avery et un vidéo gag… En tous cas on a la description de ton gars : Monsieur tout le monde mixé avec Mad Max. Mais vu d’ici je peux te dire que ce n’est pas un pro… Et cerise sur le gâteau, il est passé au commissariat y’a pas longtemps !
- Ah, la beauté des cameras partout… Souriez citoyens vous êtes filmés…
- T’es con, ca nous facilite quand même vachement le boulot !
- T’as raison, on est plus « efficace » comme ca… A part que vous avez besoin, toi et ta bande d’amateurs à raie sur le coté, de voir des images pour savoir que le type qui a fait ca n’avait aucune idée de comment s’y prendre pour rétamer un gus correctement. Suffit de voir les corps pour se rendre compte que le gars était un puceau complet… Un romantique quoi.
- T’es vraiment à la ramasse. Bon tu passes voir cette putain de cassette ou pas ?
- Ouais, j’arrive… »
Il reposa le combiné sur son socle, envahit par une énorme lassitude. Ce petit con lui parlait comme s’il était déjà totalement alzheimerisé. Dans une civilisation normale il serait allé lui coller une bonne paire de baffes sur sa boite à conneries, mais par les temps qui courraient, valaient mieux éviter ce genres de petites incartades avec l’esprit de franche camaraderie qui régnait dans les forces de l’ordre en cette période « moderne ». Mais ca n’empêchait pas de rêver… Il se voyait assez bien lui coller des coups d’agrafeuse dans la carotide en lui racontant des blagues racistes à ce petit con qui avait arrêter un pauvre saoulard au bistrot pour avoir oser raconter (atrocement mal d’ailleurs) l’histoire du pauvre nègre de Michel Leeb… Ce qui était considérablement aggravé dans son esprit par le fait que ce petit blanc se vantait d’adorer les sketch d’acomiques à la mode cassant allègrement du catho et du face de craie. Alors le pochtron n’avait certes rien eu d’autre qu’une tape sur la main mais quand même, c’était gonflant.
Le vieux flic se leva de son bureau, alors qu’il allait sortir un jeune planton failli lui rentrer dedans en lui apportant la confirmation de ce qu’il savait déjà, le gars au SDF et au Volontaire s’était apparemment senti des envies irrépressibles de pratiquer son art encore une fois. Ce coup-ci, toujours d’après les saintes cameras de surveillance plantées un peu partout par la police et les particuliers, il avait fait dans un style un peu différent.
Quand il arriva dans la salle de visionnage, la moitie du commissariat était entassée là. Ca sentait l’aisselle humide et l’haleine malsaine. Les murs défraichie suintaient comme un corps fiévreux. La lumière projetée par ces saloperies d’ampoules à économie d’énergie qu’on leur avait imposées était verdâtre. Tout ce qu’il fallait pour que l’ambiance soit la plus déplaisante possible. Juste ce dont il avait besoin pour ne pas se laisser crever sur place. Tant qu’à faire, si c’est pour y passer l’éternité pour le hanter, autant clamecer dans un endroit cosy. Comme l’appart de sa chienne de deuxième femme. Il se collerait bien une bastos là-bas, sous ses yeux. Il se disait que comme ca, il arriverait peut être à la tenir éveillée 20 minutes…
Le vieux flic jeta un coup d’œil sur ceux qui se considéraient comme des collègues, comme des policiers, alors que lui ne faisait plus partie d’eux depuis longtemps déjà. Mais pour la première fois depuis fort longtemps il sentait comme une espèce de surprise mélangée à de l’enthousiasme et de l’incrédulité. Ils avaient tous les yeux rives sur l’écran. C’est que ce qui s’y passait était suffisamment surprenant pour que même les plus péteux d’entre eux cessent de faire semblant d’avoir déjà tout vu…
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Pour la onzieme fois, le debut est dans fiction. Je tiens aussi a remercier Naif pour son excellent pastiche qui m’a bien flatte. Si on commence a me pasticher c’est le debut de la gloire!