Archives quotidiennes : 19 février 2009

Les cavaliers de l’apocalypse sonnent a sa porte et il monte le son de sa tele (V)

Il resta prostré chez lui pendant plusieurs jours. Dans le noir. Roulé en boule dans son lit. Il ne répondait pas au téléphone. Ni à ses e-mails. Finalement, tenaillé par la faim, il dut se résoudre à sortir. Ses points de sutures commençaient à se recoller, son corps semblait de nouveau à peu près apte à fonctionner.

En se rendant à son boulot, pour la première fois depuis une semaine sans avoir donné de nouvelles, il se demandait comment il allait être accueilli. Tout le monde eu l’air surpris de le voir. Il se rendit directement dans le bureau de son patron pour lui expliquer la situation.

« – Ben dis donc mon vieux, t’as l’air salement amoche… Il t’est arrive quoi ? – Je me suis fait agresser par des putains d’arabes parce qu’ils m’ont pris pour un feuj. – (silence)… Des putains d’arabes ? Je ne te savais pas raciste… – Mais ca n’a rien à voir avec le fait d’être raciste ! C’est juste une façon de parler ! – Tu connais aussi bien que moi la charte éthique de l’entreprise, il me semble même que c’est toi qui l’a rédigé… Ce genre de langage est inqualifiable. – Ecoutes, ca m’a échappé, c’est quand même pas bien grave ? – En un sens tu me rends service en fait… Secrétaire, avez-vous entendu ce qu’il vient de dire ? – Oui patron, dit la petite secrétaire pâlotte. – Donc vous seriez prête à éventuellement témoigner aux prud’hommes ? – Bien sur patron, le racisme ça me débecte dit-elle en regardant le futur ex-employé – Très bien. Alors écoutes, de toutes façons tu allais te faire lourder. La Halde nous est tombée dessus récemment parce que soit disant on « filtrait » un peu trop les cv… Donc en gage de bonne volonté on a accepté de filer un poste de cadre sup à un représentant de la diversité. Je pense que des vacances prolongées te feront le plus grand bien après ton accident… On va te filer un bon petit package, et tu vas te reposer. Si tu gueules, on te traine aux prud’hommes pour faute grave et on enclenche des poursuites pénales pour ce que tu viens de dire capisce ? »

Ce gros connard adorait dire capisce, il avait sans doute l’impression que ca lui donnait l’aura inquiétante d’un mafioso. C’était parfaitement pathétique. En attendant, il avait ses couilles dans un étau et pas 40 façons des les en sortir. Il n’en revenait pas… Lui qui était si fier de la charte éthique qu’il avait écrite, lui qui passait tout ses diners en ville à dire à quel point Le Pen et sa bande de ras du front le dégoutaient, il avait le flingue de la police antiraciste sur la tempe…

« – Ok… tu me laisses 2-3 jours pour ranger mes affaires ? – Ce n’est pas nécessaire, on enverra un livreur t’apporter tout ça chez toi. Contentes toi de me rédiger une lettre de démission. »

15 minutes plus tard il était dehors. Il n’avait plus aucune idée de ce que sa vie allait devenir alors que jusqu’ici elle avait toujours été le parcours linéaire de l’élève, puis de l’étudiant et enfin du professionnel parfait. 2 mots avaient suffi à faire exploser son monde. Il comptait trainer les flics en justice et espérait que son agression serait réglée rapidement mais il se retrouvait sans job et il savait que dans ces conditions tout allait être plus complique… Il venait de passer du statut de dominant à celui d’esclave. Il venait de comprendre à quel point sa vie jusque là avait été une promenade dans le parc. L’impression d’être au fond du trou et entendre le bruit de la pelle jetée de là haut tomber à coté de lui.

 

Partie precedente ici.