Archives quotidiennes : 18 avril 2009

Les cavaliers de l’apocalypse sonnent à sa porte et il monte le son de sa télé (XX)

Quelques semaines plus tard les bâtiments écroulés étaient toujours un tas fumant. Une bonne partie de la ville était en proie aux flammes. De toutes façons elle avait globalement été désertée. Le gouvernement s’était évanoui dans la nuit et le brouillard de la violence, et les cadavres des politiciens qui n’avaient pas eu le temps de fuir se corrompaient lentement, et pour la dernière fois, empalés sur les grilles de l’assemblée. Les organismes internationaux avaient envoyés des troupes pour tenter de mettre fin aux massacres qui prenaient place dans cette vieille démocratie. Le monde entier en était resté comme 2 ronds de flan que des civilisés se comportent d’une manière aussi sauvage.

Il fallait bien reconnaitre que l’autre avait effectivement retiré la muselière des citoyens et que, sous le vernis, la bête sauvage était à l’affut.

Tout le monde avait été pris de court. On s’attendait à une guerre de classes sociales, ou éventuellement ethnique. Personne ne pensait que les gens allaient se regrouper en clans autonomes et dépecer le pays en petites parcelles. La parenthèse démocratique et centralisée était refermée. La féodalité s’était réinstallée dans certains endroits alors que dans d’autres des communautés anarchisantes, à la tête desquelles régnait, en général sans partage, des brutes avinées dont le mandat durait jusqu’à son assassinat par une faction promettant la vraie liberté pour ce coup-ci. Le vieux pays s’était transformé en une espèce de mélange de citées grecques, de baronnies moyenâgeuses et de théocraties proche-orientales qui soit voulaient vivre en paix selon des valeurs partagées soit voulaient détruire ceux d’à coté pour des raison allant de la captation de richesses supposées à la conversion forcée pour la gloire d’x, y ou z.

Il n’y avait pas eu de sauveur ou de grand rassembleur. Le peuple du pays était devenu trop disparate dans ses aspirations et ses origines. Personne ne pouvait plus les représenter comme un peuple. Il n’y avait plus de liant entre les factions. L’application méthodique et obsessionnelle des théories de l’époque par les différents malfaisants en charge des enfants avant la guerre avait réussi à détruire en quelques générations ce que l’histoire avait créé en un millénaire et demi. D’ailleurs ils furent traqués et abattu dans la plupart des enclaves indépendantes.

A la fin il n’y eu plus rien ou presque. Privés de leur modernisme et de leurs produits sous plastique, une grande partie de la population fut rapidement éradiquée par la famine et les épidémies qui suivirent. Les pays limitrophes commencèrent à s’annexer les anciens territoires, liquidant au passage les anciens habitants récalcitrants pendant que les organisations humanitaires regardaient de l’autre coté. Le nom même du pays fut graduellement effacé des mémoires.

Alors le vieil homme arrêta son récit et regarda son arrière petit-fils dans les yeux.
« – Je suis un des derniers survivants de cette époque et avec moi risque de mourir définitivement une histoire qui a existé. Je n’ai plus le droit de parler ma langue qui a été interdite car considérée comme séditieuse par nos nouveaux maitres, plus le droit de raconter mon histoire parce qu’elle est considérée comme offensante et polémique par certaines victimes autoproclamées nées des décennies après les faits. Je suis devenu un étranger dans mon pays. Mais toi tu portes encore en toi les gènes de ce peuple et de cette histoire. Il m’a semblé nécessaire que tu sois mis au courant. »
Le jeune homme comprit alors pourquoi son aïeul avait toujours l’air si triste.
« – Tu as une morale à cette histoire Grand Papa ?
– Ubi solitudinem faciunt pacem appellant. »

Et sur ses mots, le vieil homme rendit son dernier souffle.

——————————

Bon ben voila c’est enfin fini. Vous pourrez retrouver l’histoire dans son integralite sur fiction.
J’espere que vous avez pris un peu de plaisir a lire tout ca. Peut etre que j’en ecrirais une autre, sans doute plus legere, prochainement.