Au fond du sac avec un chat sauvage et une bouteille de rhum II

C’est pour cette raison qu’il décida de la laisser là. D’un coup d’épaule il la poussa au fond du studio et sorti le plus vite possible en fermant à clefs derrière lui. C’était déjà un premier problème de réglé. Il ne connaissait pas cette fille et était déjà suffisamment bien enfoncé dans la bouse pour éviter de se trimballer une ingrate. Il savait bien que dans les films, les plus belles histoires d’amour commençaient comme ça, mais là tout de suite la pétoche avait réduit sa libido et ses testicules à la taille de raisins de Corinthe. Survivre d’abord, niquer après.

Il fallait qu’il descende de son 24ème étage le plus vite possible. Dans les films, ceux qui vont vers le haut sont presque toujours perdus. Il devait se retrouver dans la rue et cavaler le plus vite possible jusqu’à la gare à 1 borne, sauter dans le premier RER vers n’importe où et commencer à réfléchir. Une fois à l’abri il pourrait peut-être aller voir les flics. Ou tout recommencer ailleurs. Tout recommencer ailleurs était sans doute une meilleure idée. Le type qu’il avait frappé était un « grand frère » reconnu et respecté de tous. Il avait même reçu la médaille municipale quelques mois auparavant. Autant dire qu’il était intouchable. Il se demandait comment cela avait pu arriver. Internet lui expliquait qu’on était tous fiché, que la police était partout, la télé présentait les politiques comme étant des responsables capables et compétents. Comment dans ces conditions une enflure de compétitions internationale avait pu être récompensée pour ses bassesses ? Peut-être que c’est lui, Jean qui se gourait du tout au tout. Il se sentait perdu. Et puis ou vivrait-il pendant et après le procès ? La bande des fleurs séchées lui ferait la peau à la moindre occasion. Jean voyait déjà son corps couvert de plaies et d’hématome être porté mollement par le cours d’eau immonde qui coulait pas loin de la citée. Un frisson lui secoua les épaules. Il avait toujours détesté la vision des noyés. Ces corps boursouflés, difformes, dégueulasses quoi.

Donc il devait descendre. Mais fallait-il descendre par l’escalier, 24 étages c’est long, surtout si on rencontre des malfaisants à mi-chemin et qu’il faut se mettre à trotter dans l’autre sens et que de toutes façons on a prévu de se taper 1 borne en sprint alors qu’on a pas fait de sport depuis 10 ans et qu’on crame un paquet par jour. D’un autre coté, l’ascenseur, quand on est attendu en bas, ça fait bien piège à con dont on ne peut pas sortir non plus. Moins fatigant mais plus mortel aussi. Jean n’était pas vraiment joueur dans l’âme. Il avait bien intégré que la raison seule devait mener nos vies et même s’il n’était pas exactement câblé comme un premier prix de concours général, l’adrénaline faisait fonctionner son cerveau de façon plus efficace que d’habitude. Il décida donc de commencer la descente en ascenseur jusqu’au 5ème, puis de finir à pieds.

Il pouvait entendre la fille glapir dans tout le couloir. Il fallait qu’il se taille fissa avant qu’elle ameute toute la tour. Ou qu’il la bute. Mais là, tout de suite, sa boite crânienne était déjà sur le point d’exploser. Il appuya sur le bouton de l’ascenseur et la double porte métallique s’ouvrit sur un grand vide. Jean avait oublié que les ascenseurs avaient été mis hors services par les dealers de sa tour quelques semaines plus tôt. Un enfant était d’ailleurs mort. Il s’était écrabouillé comme une merde au fond du gouffre béant qui s’était ouvert devant lui. Cet enfant avait comme été avalé par un ogre géant. Et vu son état à l’arrivé, on pouvait se dire que l’ogre l’avait aussi digéré. Le ministre du logement s’était déplacé avec une meute de journalistes. Il avait serré la pogne des parents avec l’air contrit de circonstances et cet instant merveilleux de communion républicaine face à sa propre nullité avait été immortalisé pour le journal du soir puis instantanément oublié par les spectateurs comme Jean qui attendaient les résultats du foot ou les prévisions de la météo.

Ce serait donc les escaliers. Il poussa la porte avec en tête l’idée qu’il devait faire le moins de bruit possible, être attentif aux bruits autour et surtout ne jamais être surpris entre 2 paliers.

Une réponse à “Au fond du sac avec un chat sauvage et une bouteille de rhum II

  1. – Jean :
    Survivre d’abord, niquer après.

    -Coach Berny :
    Ben oui Jean, mais tu dois te taper 24 étages, alors que là…tout de suite…enfin tu fais comme tu veux hein ?

    Pour votre prochaine fiction, pensez à l’interactivité monsieur l’amiral.

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