Archives quotidiennes : 14 juin 2009

Au fond du sac avec un chat sauvage et une bouteille de rhum III

Il s’engouffra dans les escaliers faiblement éclairés par les veilleuses au dessus des portes. Il avait beau bien les connaitre, Jean était toujours surpris par l’odeur de pisse et de vomi qui s’exhalaient de cet endroit. La lumière ne fonctionnait plus depuis des lustres et seuls les plus courageux ou inconscients osaient encore se tenir à la main courante. Au mieux ils finissaient avec la main couverte de foutre ou autre produit du corps humain. Au pire, avec une profonde entaille due à une lame de rasoir attachée à la rampe juste pour le plaisir de faire chier quelqu’un. En effet, ce qu’il y a de bien avec la coupure au rasoir est qu’elle est profonde et souvent indolore. Par conséquent les gens arrivent en bas de l’escalier barbouillés de leur propre sang sans bien comprendre d’où cela vient. C’est certes cruel, mais même les plus lobotomisés ont parfois besoin de distractions autres que celles offertes par la boite à images sacrées.

En descendant, il était attentif au moindre bruit, mais ça respiration lui semblait démesurément bruyante. Jean se disait qu’on devait l’entendre à des kilomètres et plus il essayait de la contrôler plus il soufflait et ahanait alors que l’effort était encore minime. Le sang battait à ses oreilles et il fut prit d’un vertige. Il dégringola dans un coin, sa chute amortie par les immondices entassés là par ses chers voisins qui ne descendait plus les poubelles depuis l’interruption de services des ascenseurs. Il en était à reprendre son souffle en se demandant de quand datait son dernier vaccin antitétanique, quand il entendit plusieurs personne montant. Ils pestaient contre le fait d’avoir à monter si haut pour attraper une si petite baltringue ou quelque chose du même style. Jean se retourna contre le mur et ne bougea plus un muscle. Il espérait passer inaperçu dans le tas d’ordure au cœur de la pénombre. Il comptait dans sa tête. Il ne savait plus s’il était maintenant au 12ème ou au 11ème étage. Il ne savait pas non plus comment il avait pu être si vite retrouvé. Ce ne pouvait être que les sales gamins qui au lieu d’aller à l’école faisaient le guet toute la journée. Ils étaient les seuls à connaitre tout le monde et à tout savoir. Enfin, tout savoir était sans doute largement exagéré vu qu’il renforçait dignement le bataillon des 40% d’élèves de 6ème incapables de déchiffrer un texte simple.

Ils s’arrêtèrent à son niveau. L’odeur du shit se mélangeait maintenant à celle de la merde. Jean sentait sa tête tourner de nouveau. Il se mordit l’intérieur des joues jusqu’au sang pour rester éveillé. Ils étaient 4 à reprendre leur souffle juste à coté de lui.

« – Vous vous souvenez de ce que nous a dit le boss hein ?
– Oui, on le ramène pas trop amoché le petit blanc. Le boss veut le travailler façon médiévale dans la cave de la tour C.
– Et la fille ?
– Ben si on l’utilise faut qu’on la nettoie après. Le boss aime pas « patauger » comme il dit.
– Donc moi je propose qu’on choppe le gus, on l’attache avec ce qu’on trouve ou on fait en sorte qu’il ne puisse pas vraiment se tirer, puis on fait tourner la fille. Après on aura qu’à la foutre dans la baignoire et lui fourrer le tuyau de la douche et voila, elle est pas belle la vie ? »

Ils rirent tous en acquiesçant copieusement ce qui était pour eux un des meilleurs plans de l’histoire des plans puis ils reprirent leur ascension poussive.

Jean se demanda pendant un quart de seconde s’il ne devait pas remonter pour sauver la fille, puis il se dit qu’il avait considérablement mieux à faire que de se faire tabasser par quatre molosses guadeloupéens défoncés au crack. Il attendit de ne plus les entendre et se remit à descendre en claudiquant légèrement.