HHhH

Mon cher Papa qui lit tout ce qui lui passe sous la main, le bon comme le moins bon et qui a parfois des goûts qui sont pour moi assez déroutant (il a aimé les bienveillantes bordel!) m’a recommandé la lecture du livre HHhH de Laurent Binet.

Je n’avais jamais entendu parler ni du livre ni de l’auteur, c’est donc avec un œil parfaitement objectif que je m’y suis attelé.

Et bien c’est très mauvais. Un vrai livre de prof tel que l’est Binet. Un vrai bouquin de moderne tel que Binet semble l’être.

L’auteur veut raconter une histoire absolument incroyable qui est celle de l’attentat qui eut la peau de Heydrich. Mais attention, le prof de littérature déteste le roman réaliste, trouve que la couleur du roman c’est moche, que les romanciers sont rien que des menteurs et ainsi de suite. Donc il ne sait pas par quel bout prendre le machin. Donc on a droit à ses atermoiements pendant 400 pages sur le mode de: "je veux raconter ça mais je ne sais pas comment le faire". Il finit par y arriver en écrivant d’ailleurs comme un pied (il trouve certaines choses "géniales", se moque des métaphores grandiloquentes tout en en utilisant…).

Mais ce qui est intéressant c’est surtout pourquoi c’est un bouquin de prof et un bouquin moderne.

Reprenons brièvement point par point. Comme tous les modernes, Binet éprouve une véritable fascination pour le nazisme. Il utilise pour décrire les nazis les mêmes mots que ceux-ci utilisaient pour décrire les juifs. Il passe son temps à les ridiculiser même quand les vilains nazis comme Heydrich font preuve d’une bravoure indéniable. C’est connu, les salauds n’ont toujours que de mauvaises raisons de faire tout ce qu’ils font. Et pourtant il ne peut s’empêcher d’y penser à la peste brune. Partout, tout le temps ça l’obsède. Il est en pleine attraction-répulsion comme un enfant avec son caca.

Comme tous les profs, Binet nous prend pour des cons et nous méprise gentiment en ressentant le besoin de nous faire des petites leçons (il nous explique ce qu’est une uchronie), de nous préciser qu’il ne veut pas faire un roman russe avec trop de noms parce que ce serait trop compliqué pour nous (et de mentir au passage comme tout bon prof en féminisant un nom slave alors qu’il avait annoncé explicitement qu’il ne le ferait pas…).

Comme tous les modernes et tous les profs il se fantasme en "résistant" en nous plaçant que tous les profs sont des éléments de "subversion" ce qui fait hurler de rire tous ceux qui ont rencontré ne serait-ce qu’une seule fois un prof dans leur vie.

Bref c’est lamentable de bout en bout mais on le lit quand même parce que l’histoire est totalement hors du commun et que ça part d’une bonne intention vu que Binet désire plus que tout rendre un hommage véritable à quelques résistants tout à fait surprenants. Moi qui ne suis pas fasciné par les nazis, je n’avais que de très vagues notions au sujet de comment Heydrich s’est retrouvé à bouffer les pissenlits par la racine et je ne savais rien de ses assassins, donc j’ai au moins la consolation d’avoir appris quelque chose. Si vous êtes déjà au courant, passez votre chemin si vous le voyez en tête de gondole dans une librairie proche de chez vous.

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8 réponses à “HHhH

  1. je connaissais un Binet, mais c’est le dessinateur des Bidochons non ?
    Ce n’est pas le même quand même ?

  2. J’en connais aussi un, de Binet : je bosse avec lui, et il utilise très mal la virgule, c’est agaçant.

  3. Amiral, on peut être professeur et savoir écrire, regardez Mallarmé. Ou Tolkien, dans un autre genre.

  4. amiral : vous eûtes pu aussi me faire remarquer que Tolkien n’était probablement pas exactement le même style de prof’ que Binet (Mallarmé non plus, d’ailleurs : il avait une grosse moustache).

  5. Dernière remarque : le bouquin est peut-être pas si mal, je ne l’ai pas lu, mais le titre, quoi qu’il en soit, est littéralement à chier.

  6. Amiral les romans écrits sur cette époque sont généralement insatisfaisants sauf ceux de certains contemporains: Malaparte ou Salomon.
    Sur le cas de l’assassinat d’Heydrich, vous avez aussi un film de Fritz Lang qui vaut le détour même si c’est une fiction (Que les bourreaux meurent aussi).

    Le fond du problème littéraire tient au manichéisme et au didactisme moralisateur. Malaparte est bon comme auteur parce que son héros (lui-même) a une fascination répugnante pour des salauds. Salomon aussi évite de se présenter en héros, mais plutôt en spectateur et jouet amusé.

    Je crois qu’aujourd’hui seuls les Allemands sont capable de faire de bonnes oeuvres sur ce thème. Simplement parce que la dimension tragique ne peut pas leur échapper.

  7. @ Artemise : Je ne sais pas si « le titre est à chier », mais le « h » y est, c’est sûr.

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