Peine de mort et hypocrisie moderne

Didier Goux nous annonce, en tous cas à moi qui n’était pas au courant, qu’il est contre la peine de mort ce qui est quand même son droit le plus strict même si j’aimerai bien savoir pourquoi. Après tout, je suis un lecteur! J’ai tous les droits!

Ce billet m’a fait néanmoins fait réfléchir à certaines choses au sujet de la peine de mort. Notamment sur l’incroyable hypocrisie qui l’entoure de la part des néo-modernes. En effet, ces derniers ont en gros pour arguments contre la peine de mort les idioties suivantes que nous allons analyser sans pour autant nous prononcer pour ou contre la peine de mort (même si je suis pour, et la torture aussi):

– C’est inhumain. Depuis quand est-ce que ces arriérés mentaux ont l’apanage de décider de ce qui est humain ou pas? De plus, le simple fait que cela est fait par des humains démontre bien que c’est humain. Sauf bien sur quand le condamné est enterré dans le sol avec la tête couverte de miel et qu’on attend des fourmis rouge pour le dévorer. Dans ce cas c’est plutôt formicidae j’imagine…
– C’est indigne des sociétés modernes. Donc, comme toujours, les modernes se pâment devant des ruines de proto-civilisations ("- Tu comprends, les suceurs de bambous de la forêt primaire gabonaise sont tellement proches de la nature, on ferait bien de s’inspirer d’eux! – Tu veux dire qu’on devrait exciser nos femmes avec des silex à peine taillés et les cramer en tant que sorcières quand on en a marre de leur gueule? -… T’es odieux…") tout en s’autorisant le choix dans ce qu’ils décident d’admirer. On peut toujours leur faire valoir que ce qui est indigne d’une société moderne ce sont les multirécidivistes qui mettent les gens en danger, ils s’en tapent. Ils choisissent quoi… Sans jamais avoir les connaissances adéquates (comme Sheila) d’ailleurs.
– Le risque d’erreur est trop grand. Sans doute la plus grande hypocrisie modernoeuse. Selon eux, on peut donner à l’état les pouvoirs les plus étendus pour faire de l’ingénierie sociale sur des sujets effroyablement complexes où le risque d’erreur et de conséquences pour la société sont gigantesques, mais le risque de se gourer est trop grand s’il s’agit de condamner à mort par écrabouillage au moyen d’un rouleau compresseur un type pris sur le fait en train de violer une octogénaire paraplégique avec un extincteur non stérilisé tout en pissant dans sa gorge après avoir au 3/4 arraché sa tête (les gens sont méchants parfois). Cet argument est recevable si, et seulement si, votre confiance en l’état est inexistante. Sinon vous vous foutez de la gueule du monde. L’argument selon lequel ce serait trop cher tombe sous le même coup.
– Ce n’est pas dissuasif. Encore une blague. Tout le monde se moque que ce soit dissuasif ou pas. Ce qui compte c’est qu’il y ait un malfaisant de moins. Et puis c’est tout. Pas la peine de pleurer comme une petite fille qui vient de découvrir le vrai sens du mot turgescent.
– La vie humaine est sacrée. Encore un argument risible de la part de gens qui se vêtent avec des oripeaux assemblés par des semi-esclaves dans des pays lointains et dictatoriaux où ils vont d’ailleurs passer leur vacances, fournissant ainsi aux potentats locaux les devises étrangères nécessaires à leur maintient en place.

On pourrait dérouler la liste pendant toute la journée, mais cela ne sert à rien. L’opposition à la peine de mort, comme la sacralisation de l’avortement en tant que droit, est en fait issue de la nouvelle religion moderne. Ce sont nos nouveaux dogmes. Acceptons les ou pas (je pense qu’il faut plutôt les combattre pied à pied), mais réalisons quand même qu’ils ne tiennent sur rien de valable.

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31 réponses à “Peine de mort et hypocrisie moderne

  1. « Pas la peine de pleurer comme une petite fille qui vient de découvrir le vrai sens du mot turgescent » (Woland)
    Pas grave, ce sont des pleurs de joie.

  2. Et puis les petites de 12-14 ans, ça crie, ça craque, ça pleure puis ça dit merci…

    Le risque d’erreur n’est pas trop grand, surtout si le sale type a été pris les mains dans le sac mais il existe des cas ou la culpabilité du prévenu est moins évidente… Ce n’est pas que ça me dérange de tuer un « innocent » que je ne connais pas, mais je n’aimerai pas être dans son cas quand même…

    Mais sur le prinicpe, je ne suis pas contre la peine de mort…

    Je me vois même très bien en bourreau. Je revendrais de la corde…

  3. Bien sûr que c’est un dogme, mais même un dogme ne peut pas tout à fait se passer de raisons. Il le peut d’autant moins lorsque ses adeptes prétendent par ailleurs être des héritiers des Lumières et de la raison triomphant de l’âge des ténèbres.
    Donc il ne faut pas se priver de montrer à chaque fois qu’on le peut que le roi est nu.
    Petit à petit le ver de l’argumentation finit par creuser son chemin.

  4. « Et puis les petites de 12-14 ans, ça crie, ça craque, ça pleure puis ça dit merci… » (Skandal)

    Euh, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Les filles aussi ont un p’tit truc turgescent.

    ***
    Woland: on peut être viscéralement contre la peine de mort quand l’idée met mal à l’aise, fait mal au ventre. Ce n’est plus au niveau de la réflexion, des arguments. C’est mon cas. En même temps, je ne suis pas contre ceux qui sont pour, quand ils évoquent la détention à perpétuité sans espoir de sortie.
    Il n’y a pas de vraie bonne solution, mais il y en a d’évitables, comme par exemple la peine de mort à l’américaine, avec mijotage de vingt ans ou plus dans les couloirs de la mort.

  5. Pas grand-chose à ajouter à ce que vient de dire Suzanne. Votre billet donne une bonne illustration de mon inconséquence, du côté parfaitement indéfendable de ma position : je suis à peu près d’accord avec les arguments que vous avancez. Pourtant, la peine de mort continue à provoquer chez moi une sorte d’«horreur sacrée», si je puis dire.

    En réalité, dans une discussion, un “débat”, sur ce sujet, je suis presque toujours d’accord avec les “pros”, mais finit immanquablement par me ranger quand même aux conclusions des “antis”. Je devrais peut-être consulter…

    • Suzanne et Didier, j’accepte tout à fait qu’on ne supporte pas l’idée de la peine de mort. Je demande seulement qu’on ne maquille pas un mouvement intestinal et posture réfléchie.
      Skandal, tsk tsk tsk.
      Aristide, on fait ce qu’on peut mon bon monsieur…
      Hippocrate, pfiou, ça en fait des questions! Je dirais non, non et non mais je suis une poupée…

  6. Des questions ,ouvertes, aux blogueurs
    – peine de mort: enquête, jugement, exécution etc.. Acte gouvernemental ( quel que soit le gouvernement et sa forme)
    – droit à la vengeance personnelle: un proche tue l’assassin ou le violeur d’un de ses proches, ou éventuellement le magistrat qui confie pour le week end un enfant à son père ou sa mère violent(e) aec pour conséquence mort de l’enfant
    Mêmes situations?Mêmes sentiments? peut t ‘on être favorable à l’un et défavorable à l’autre?..

    Pour/ contre peine de mort et/ou vengeance coîncident t’ils ou elles avec approbation/ désapprobation du suicide ?

  7. Clemenceau avait un bon argument contre la peine de mort : que ceux qui sont pour aillent renifler le sang de la guillotine, histoire de prouver qu’ils sont capables de supporter l’horreur d’une exécution. Je vous mets le texte en lien :

    http://histoiresdebourreaux.blogspot.com/2009/09/clemenceau-et-la-guillotine.html

    • Sebastien, c’est exactement le contraire d’un argument. Ce ne sont que des tripes douées de parole. Et puis Clémenceau a-t-il fait renifler le sang des tranchées aux malheureux poilus avant de les envoyer se faire faucher par les mitrailleuses teutonnes comme des èpis de blé murs?

  8. « De plus, le simple fait que cela est fait par des humains démontre bien que c’est humain. »

    Euh. Dans ce cas, qu’entend-on par « humain » ? Le viol, le génocide, le meurtre de sang-froid sont donc humains ? N’y a-t-il pas des choses qui ne sont pas humaines, même si l’humain est fondamentalement capable de le faire ?

  9. C’est aussi à peu près l’argument d’Albert Camus.
    Mais franchement ça ne tient pas la route.
    La question n’est pas de savoir si on pourrait supporter la vue d’une exécution mais si la peine de mort est moralement requise dans certains cas. Si elle est la punition appropriée pour certains crimes.
    Notre sensibilité – ou notre insensibilité – ne fait rien à l’affaire.
    Sinon, quoi? Ceux qui ne supportent pas la vue du sang devraient refuser la chirurgie? Ceux qui ne supportent pas de prendre l’avion devraient militer contre le transport aérien?
    Et si l’on n’est pas capable de se transformer soi-même en gardien de prison il faut également fermer les prisons?

    Suzanne : les vingt ans et plus dans les couloirs de la mort sont la conséquence des multiples voies de recours offertes au condamné.
    Justement pour essayer au maximum d’éviter les erreurs judiciaires.

  10. Notre sensibilité – ou notre insensibilité – ne fait rien à l’affaire.

    Au contraire. Auparavant, les exécutions étaient publiques mais suite aux débordements lors de l’exécution d’Eugène Weidmann en 1939 (certains ont trempé leurs mouchoirs dans le sang du supplicié, selon la légende), les exécutions ont eu lieu à l’intérieur de la prison. Où est l’exemplarité de la peine dans ce cas ? Le caractère privé des exécutions ne traduit-il pas un malaise vis-à-vis de la peine de mort ? N’est-ce pas le prélude à son abolition ? On ne peut pas faire abstraction du public et ne tenir aucun compte de sa sensibilité.

    Et puis, je crois savoir que les opposants à l’avortement utilisent cet argument de la sensibilité pour demander son interdiction, comme en témoignent les vidéos qu’ils publient sur internet, notamment. Je leur donne raison et je ne vois pas pourquoi les militants anti peine de mort ne pourraient pas utiliser cet argument.

  11. On peut être contre la peine de mort quand elle fait partie de l’arsenal légal des sanctions prévues par le code pénal d’un pays en paix. Parce qu’on est dans le cadre de la loi. Mais on peut aussi ne pas avoir d’état d’âme si on doit défendre sa peau ou son pays. A moins d’être objecteur de conscience et d’accepter que le type d’en face nous flingue sans hésiter.

  12. A propos de la peine de mort de Jean Borella.

  13. Certians auraient t’ils la mémoire courte, en particulier Sébastien.
    Dois je rappeler que, selon la doctrine catholique, les fidèles mangent le corps et boivent le sang du Christ, qui fut condamné à la peine de mort: est ce que celles et ceux qui éprouvent des réactions « intestinales » de répulsion auraient les mêmes dans ce cas « sacré »?

    Par ailleurs, et pour être un peu plus précis dans mes questions ( n’est ce pas, Amiral), que ressentiriez vous si un quelconque « clampin » désespéré tuait Caramanlis ou Papaendréou , ou le « conseiller financier » d’une banque américaine qui l’a ruiné avec un prêt hypothécaire pourri; verriez vous plus volontiers des procès « en bonne et due forme », qui, rassurons nous(!) n’auront jamais lieu.

  14. « Le caractère privé des exécutions ne traduit-il pas un malaise vis-à-vis de la peine de mort ? N’est-ce pas le prélude à son abolition ? »

    C’est effectivement un des arguments de Beccaria.
    Mais c’est un mauvais argument. Le caractère « privé » des exécutions traduit le caractère hideux d’une mise à mort, et aussi le fait que les exécution publiques entrainaient parfois des débordements.
    Cela ne dit rien sur le caractère juste ou injuste d’un tel acte.
    La justice n’est pas toujours belle à voir. En fait la justice pénale a même nécessairement un aspect laid, repoussant, car il s’agit toujours de faire souffrir un homme pour ce qu’il a fait.
    Une peine de prison est aussi, et d’abord, une souffrance, quoiqu’on nous dise sur la « réhabilitation ».
    C’est pour cela que n’importe qui ne peut pas être gardien de prison, de même qu’il fallait un tempérament un peu particulier pour être bourreau.
    Mais encore une fois le caractère plaisant ou déplaisant d’une action ne nous dit rien sur la valeur morale de cette action.
    Quant à tenir compte de la « sensibilité » du public, si réellement on en tenait compte la peine de mort n’aurait jamais été aboli, car le fait que les pires assassins soient mieux traités que le simple citoyen, auquel l’Etat peut demander de risquer sa vie, choque beaucoup, me semble-t-il, la sensibilité du grand public.

  15. @ hippocrate

    Dans l’eucharistie, Jésus-Christ est caché sous les espèces du pain et du vin. On ne voit ni son corps ni son sang, sauf en esprit. Rien à voir avec une exécution publique. Aucune réaction intestinale de répulsion n’est à craindre, je puis en témoigner.

    Je rappelle que du temps de l’empire romain, certains gouverneurs chrétiens refusaient de condamner à mort des coupables, au grand scandale des païens. C’est Paul Veyne qui le raconte dans un de ses livres. On peut être chrétien et abolitionniste, il n’y a rien de contradictoire à ça.

  16. Ma foi, Sebastien, je vous rappelle que ce sujet, d’intérêt avant tout théologique, a donné lieu a de nombreuses controverse au cours de l’histoire, et ce n’est pas encore fini: « y a t’il ou non transubstantiation réelle ou uniquement symbolique » n’est pas un question dogmatiquement tranchée ( sur le plan scientifique, biologique, il ya évidemment peu de doute).

    En fait, pourquoi une exécution publique ou une condamnation à mort (qui garde son caratère public même si tous n’assistent pas à l’exécution) est t’elle toujours teintée d’un caractère soit sacré ( avec decorum etc..), soit impur ( c’est répugnant etc.)?
    « Sacré » et « impur » ont d’ailleurs la même unique racine: l’interdiction de toucher ( seul le bourreau, seul le prêtre etc..), du moins par le vulgum pecus; mais alors, qu’est t’il précisément interdit de toucher; quel est l’objet caché derrière « la peine de mort avec exécution publique » qui soit si dangereux qu’il faille soit le sacraliser soit le voir comme impur.

    [Remarquons qu’en général, le « simple » crime, de type passionnel ou de vengeance privée ( au fond, dans certains cas, on comprends l’assassin, que l’on approuve ou non son acte) , ne suscite pas une telle opposition des postures.]

  17. « Fik, ben non. Ces choses sont abjectes, mauvaises, contre-nature même si vous voulez, mais elles sont humaines. »

    Si elles sont « contre-nature » et « humaines » à la fois, contre quelle « nature » vont-elles ? Contre une autre nature que notre nature humaine ?

  18. @ Hippocrate
    Pour les catholiques, la réalité de la transsubstantiation EST un dogme, je vous l’assure. Il y a même des miracles comme à Lanciano qui indiqueraient que c’est bien le cas.

    @Fikmonskov et Woland
    les actes mauvais sont intrinsèquement humains, parce que la nature humaine est profondément blessée par le pêché originel. Elle est capable du meilleur comme du pire. Un petit rappel de Saint Paul qui montre la volonté humaine blessée : « je fais le mal que je ne veux pas et ne fais pas le bien que je voudrais faire ».
    Amiral, les actions mauvaises ne vont donc pas nominalement contre la nature humaine, elles en suivent juste la pente descendante…

    S’il fallait en revenir à la peine de mort, c’est un moyen extrême mais pas moralement intrinsèquement mauvais. Si les circonstances l’exigent, pourquoi pas?

  19. Je suis 100% avec vous Amiral ! Gloire à vous ! Puissiez vous vivre mille ans dans la félicité ! Que votre descendance soit nombreuse et laborieuse ! Sinon la description de la mort de la vieille dame m’a fait pouffer de rire…

  20. En gros amiral vous êtes pour qu’un jury citoyen comme on dit de nos jours (comme s’il y en avait d’autres) disons un jury d’assises décide de la peine de mort en fonction des cas prévus par le code pénal. Imaginons qu’un gouvernement la rétablisse. Comme les décisions des jurys d’assises sont désormais passibles d’appel et comme ce même appel peut être soumis à une QPC auprès du conseil constitutionnel, lui-même encadré par les cours de justice européenne qui sont hostiles à ce genre de peine, on en vient très vite à se dire que la décision d’appliquer la peine de mort pour un acte barbare ne peut être prise que par un proche de la victime qui en a le temps et les moyens (sur ce problème de la vengeance, je vous recommande le film sud-coréen I saw the devil, gore à souhait mais intéressant)

  21. Je suis tout à fait contre la peine de mort : C’est réac et facho.

    Par contre, je suis tout à fait pour l’avortement rétroactif, ça c’est d’jeun’s, moderne et progressiste.

  22. @Vrykolakas : LOL

  23. si l’état tue, il se met au même niveau que le criminel condamné. C’est tout.
    Et ça ressemble davantage à de la vengeance qu’à de la justice.
    en outre, comment réhabiliter une personne si elle est morte et qu’elle n’a commis aucun crime ?

  24. « C’est inhumain ». Cela veut dire en fait que cela n’est pas digne de l’idée que l’on peut se faire de la dignité humaine.
    le viol, le crime sont-ils humains ? oui. Donc on devrait, selon vous, les accepter. Or nous les condamnons car nous sommes davantage que des animaux. Et bien pour la peine de mort c’est le même raisonnement.

  25. Un Etat ayant droit de vie ou de mort sur les individus. Réjouissant.

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