Archives quotidiennes : 5 avril 2012

Mais c’est parce qu’il y en a trop!

J’ai un ami noir, mais clair quand même hein, qui présente le double avantage de remplir le quota qui me permet de dire que je suis ne pas raciste et d’être redoutablement intelligent. Alors que je discutais avec lui au téléphone ce soir, il m’a fait cette réflexion que je n’ai vu nulle part ailleurs et qui vaut d’être partagée:

« Tout le monde gueule en disant que c’est un scandal que les services secrets ne soient pas intervenus plus tôt alors que tout portait à croire que Merah était un terroriste, mais ce qu’ils ne réalisent pas, c’est qu’ils ne pouvaient rien faire vu que des mecs comme Merah, y’en a des centaines avec le même profil qui doivent avoir leur petite fiche chacun. C’est pas comme si son comportement était anormal une fois plongé dans son milieu. Comment peux tu savoir quel scorpion va te piquer? »

Ok, c’est moi qui rajoute le coup du scorpion pou’ fai’e couleu’ locale, mais n’empêche que c’est sans doute très vrai…

Lettre ouverte à Ivan Rioufol au sujet de l’urgence d’être réactionnaire

Monsieur Rioufol,

Venant de terminer votre petit livre « de l’urgence d’être réactionnaire », l’envie m’est venue de m’adresser directement à vous pour vous donner mon avis sur votre ouvrage, avis dont vous devez vous contrefoutre comme de votre première catapulte à roulettes mais il en faut plus pour me décourager.

Tout d’abord, je voudrais vous remercier d’être en première ligne pour représenter au moins une partie de mes idées. En effet, le relatif anonymat, je dis relatif parce que bon hein, c’est quand même pas bien dur de nous retrouver, il y a même une photo de moi sur mon tout premier blog, dont nous jouissons nous permet de nous exprimer de manière assez peu risquée alors que vous en prenez plein la mouille à longueur de journée. Donc bel effort, bravo.

Ensuite, loin de moi de vouloir rentrer dans une bataille à la façon des groupuscules gauchistes et de déclarer qui sont les vrais réac chimiquement purs alors que les autres ne seraient que des ersatz en poudre de bisphénol A qu’on devrait tenir éloigné des enfants. Cependant, si certains passages de votre livre sont tout à fait enthousiasmants, la partie sur les corsaires m’a beaucoup plu bien entendu, ils se terminent presque toujours par un cassage de jambes sournois en pleine course. Ainsi j’ai l’impression que malgré toute votre bonne volonté et votre envie réelle de nous faire progresser, vous avez quand même le besoin de montrer au camp d’en face que nous pouvons encore nous entendre, que vous n’êtes pas si méchant, que nous avons des choses en commun toussa. En tous cas c’est ce que je comprends quand, par exemple, vous vous piquez d’être le moderne de demain, quand vous voyez dans les printemps arabes de bonnes choses alors que pour nous ils sont l’introduction de grandes catastrophes et clairement un hiver pour les chrétiens locaux, quand vous prenez comme point de référence la révolution de 1789 ou encore quand vous attribuez ce poncif, d’ailleurs faux, à Voltaire sur la liberté d’expression alors que cette vieille charogne a passé son temps à tenter de faire censurer ses contradicteurs. Vous vous lamentez à juste titre sur le grand remplacement, et pourtant vous n’écrivez pas une ligne sur son corollaire indispensable qu’est l’avortement. Il suffit de comparer les chiffres de l’un et de l’autre et d’avoir une capacité à faire des liens à peu près égale à celle de la chenille arpenteuse tardive pour que la réalité apparaisse comme Claudia Schiffer quand David Copperfield la laissait sortir de sa boîte. Vous en appelez même à la « tempérance » alors que c’est justement ce qui nous étrangle. Je ne mentionnerai pas vos multiples contradictions émaillant ce livre pourtant court, car de nouveau, je ne vous écris pas pour vous attaquer avec mon épée en mousse.

Vous êtes un homme de votre époque, en réaction certes mais fonctionnant quand même selon le système de références qui a mené l’Occident en général et la France en particulier, là où ils en sont aujourd’hui. Vous allez dans la bonne direction, mais c’est quand même très insuffisant. L’effort à fournir pour nous extirper de notre époque visqueuse de bons sentiments passe par un renouvellement complet de nos maîtres à penser et un effort inouï pour refuser l’influence des mensonges dont nous sommes bombardés en permanence et plus que jamais. Notre travail pour la création d’une nouvelle pensée cohérente ne fait que débuter et ne pourra aboutir qu’à ce prix.

Je vous prie d’agréer, Monsieur,  l’expression d’un certain respect de ma part, ce qui est déjà pas mal.

Woland