Euthanasie, la joie de donner, le plaisir de recevoir: la réponse de l’Amirale

Suite à l’expression de mon désarroi sur le mouvement de fond qui veut nous imposer l’euthanasie, l’Amirale nous donne son avis sur la question.

Mon chéri, -vous me permettrez ce genre de familiarités, 13 ans de romance, j’ai beau m’en défendre, ça finit par créer un lien je dirais (avé l’accent de Vincent Moscato) de type conjugal- bref, mon chéri, puisque j’ai juré soutien et amour tout ça, je vais te venir en aide sur ce coup là. Tu ne sais pas très bien pourquoi parce que, comme tu dis, tu cherches dans le domaine du rationnel, du religieux, et du moral.

Or de nos jours et sous nos cieux, la morale agonise du relativisme, le religieux est remplacé par le culte du narcissisme et l’illusion de la jeunesse interminable (quelle chienlit), et le rationnel, malheureusement, trop coupé de l’instinct pour faire correctement son travail.

C’est donc ta psychothérapeute de femme qui va te donner son humble avis. Tout d’abord, comme le désir, la sexualité, les naissances, je ne vois pas ce que l’Etat a à foutre là-dedans, s’il pouvait avoir la décence de s’en tenir aux fonctions régaliennes, ça nous ferait de l’air, parce qu’il y a quelque chose d’effroyable à ce que le législateur pénètre ainsi l’existentiel. Sur les questions qui concernent si directement l’Etre, l’âme, la vie, s’il pouvait s’abstenir, cela éviterait d’infantiliser les gens et de s’approprier leurs questions.

et surtout de mettre ces questions au niveau du débat sur la durée des vacances de toussaint et du temps imposé de sieste sur aire d’autoroute (parce qu’on peut s’euthanasier propre, avorter dans sa salle de bains, mais il faut faire un dodo sur la route, sinon on est dangereux. Si j’ai oublié mon lapin et ma tétine, c’est bon quand même ??)

Mais venons-en au fait : ce qui te fait gerber, mon amour, c’est qu’aujourd’hui l’Etat nous donne la permission d’avorter, de liquider le bébé débile, le bébé arrivé six mois en avance, le bébé qui se pointe parce que maman prend la pilule un jour sur deux, et le vioc dont on a décrété que puisqu’il était dépendant cela devait être par trop affreux et qu’il fallait prendre sur nous la décision de le soulager de ses souffrances.

Alors petit un, balayons une première couche de mauvaise foi : est-ce le petit vieux qu’on soulage, ou nos yeux si sensibles de nos jours à l’esthétique du spectacle inconvenant d’une personne “inutile”, pas glamour, qui a mal et nous renvoie à notre impuissance à l’aider et à la part de nous qui tôt ou tard s’est trouvée et se trouvera à nouveau, dépendante, malade, invalide, désorientée, incapable de communiquer sa pensée, perdant jusqu’à son sentiment d’identité.

C’est nous d’abord. Merci. Comme pour les droits de l’homme, c’est d’abord à nous que nous faisons du bien, parce que vraiment, qu’est-ce qu’on est empathiques et épatants d’aller ainsi au-devant des besoins des autres. Barack Obama est un digne fils de nos philosophes des Lumières.

Le deuxième élément qui te donne la nausée, c’est la disparition du sacré, cette béance qu’il y a dans le discours: après la météo et avant l’annonce d’un sélectionneur de foot, on vous parle de façon fort factuelle, opératoire et parfaitement neutre de l’avortement (magnez-vous de prendre vos comprimés mademoiselle, vous n’avez plus que deux semaines, après, c’est interdit : ah bon, bah j’y cours alors, des fois que ça deviendrait un bébé pendant mon sommeil) et de l’euthanasie, comme si c’était tout à fait banal, alors que bordel de merde, on est juste en train de parler de la vie et de la mort, et que par un déni affiché, revendiqué, on veut y appliquer “le traitement des affaires courantes”.

sauf que c’est le début et la fin de tout, alors je sais bien que les formes, c’est fasciste, que la novlangue sms et télé-réalité fait des émules, mais si l’Etat pouvait s’abstenir de parler lorsqu’il vide les choses du spirituel. Je parle ici du spirituel par opposition à matériel et non au sens de religieux.

Ce qui te donne la gerbe, Amiral, c’est cette façon qu’ont politiques et journalistes d’évider, de creuser tout ce qui leur tombe sous la main, pour le réduire au concret et factuel, à l’immédiate frustration du “bébé arrive un peu tôt” ou “il est devenu incontinent et harcèle sa voisine de chambre”. on semble avoir vraiment oublié que la vie n’est pas que paillettes, et qu’il fut un temps où l’on savait bien que le vieillard après avoir grandi, travaillé, fait naître, transmis, déclinait et redevenait une charge, pour les enfants qu’il avait fait naître. Mais je suis con, aujourd’hui, on les a pas fait naître justement, c’est impeccable : bébés pas nés, et vieux avortés, morts avant d’être ridés, suicidés après la dernière injection de botox !

Mais leur matérialisme effréné les envoie dans le mur : c’est justement tout à fait concret, et tout à fait infect, cette manière de proposer des lieux pour mourir façon catalogue Pierre et Vacances.

Mais la psy que je suis a envie d’interpréter ton envie de vomir : ne vient-elle pas de la perversité profonde, de la manipulation grossière qu’il y a à avoir fait main basse sur le mot “Dignité”. Ces associations qui créent des lieux pour venir se suicider ont réglé tout conflit éthique : elles défendent la dignité ! Ben voyons ! Donc si on n’est pas d’accord, on est des affreux. La belle affaire. Ça c’est le mal. Le mal, ce n’est pas de se tromper, ce n’est pas de faire du mal. Le vrai mal a deux visages: l’incapacité à dire non et du coup, la tendance à être complice du mal (la mère qui ferme les yeux sur un mari incestueux), et la rage qui consiste, quand on a découvert quelque chose de vrai et de valable pour soi, à ne pas supporter que les autres n’y adhèrent pas d’emblée.

Mais je dévie. Quoiqu’il en soit je trouve que la manipulation de langage est indécente eu égard au travail méconnu et ADMIRABLE des équipes de soins palliatifs, du dialogue instauré avec les familles, de la façon dont les malades peuvent dire au médecin “pas d’acharnement, soulagez moi de la douleur en priorité”. Et eux, ils ne travaillent pas à la dignité ? Non c’est vrai, c’est tellement plus digne de dire à quelqu’un comme ça arrive tous les jours en Suisse “désolée, y a plus de chambre, je vous donne le produit et allez mourir dans votre voiture sur le parking”. Y a plus qu’à prier pour que le radio cassette diffuse les grosses têtes à ce moment-là.

Le 4° point est une réponse à ceux qui me diraient :”OK pour le législateur, mais il y a des personnes qui veulent vraiment cela, vous n’avez pas le droit de les juger”. Alors 1, c’est exactement ce que je dis, l’Etat n’a pas à intervenir, chacun en son âme et conscience décide d’avorter ou de se suicider, et personnellement, je n’ai pas le pouvoir de condamner, ni les clés pour savoir, seulement ces décisions relèvent du privé et non pas à être encouragées et remboursées par la sécu.

Dire qu’il faut une loi pour autoriser l’euthanasie, c’est simplement être passé à côté du sens de la Vie. La mort fait partie de la vie, comme la souffrance. La souffrance intolérable, insupportable de certaines personnes n’est pas un argument. C’est une réalité et il y a des soignants et il y a un devoir, une conscience morale de chacun d’entre nous, par capillarité, d’aider nos proches qui traversent cela. C’est l’existence. Elle est lien, elle est réticulaire, à mon tour je vieillirai, à mon tour je ne serai plus efficacité performante et sourire Colgate.

2/ il y a plusieurs infections dans ce débat. On sent la mentalité rampante du “quand on n’est plus utile, illusoirement auto-suffisant, il faut mourir pour ne pas se voir se dégrader”. Et en tant que psychologue, je les vois ceux qui pensent cela. Le jour du départ à la retraite, le jour où la peau est résolument flasque, quelle dépression ! Par mon travail, je les aide à épouser ce temps, ce temps du fruit qui murît, ce temps de plénitude dans le ressenti d’avoir accumulé une si longue et riche expérience de la vie. Je préfère aider les patients à vivre la transformation, le cap, la phase “descendante” de la vie, après la phase ascendante. Car après la réussite, l’ambition, la conquête, le narcissisme glorieux, il n’y a pas “rien”, il y a la vieillesse. Ce doux mot qui va bien au vin et aux arbres sied à l’homme, mais les ados attardés que nous sommes n’en veulent rien savoir. Ce sont eux les vieux, eux les mourants, ils crèvent dans leur matérialisme et leur besoin de contrôler leur image, ils crèvent comme des hamsters asphyxiés se nourrissant frénétiquement de bouffe lyophilisée, parce qu’il n’y as pas de respiration sur l’Etre, pas d’ouverture sur l’âme, ils ne peuvent donc que donner des réponses aberrantes et brutales à des questions qu’ils rendent glauques mais qui sont douloureuses, délicates, mais pas glauques.

Ils défigurent l’être, c’est leur côté trop normalien, trop sartrien, trop ignorant.

Et puis ce qui te donne la gerbe, chéri, c’est que tu arrives ici aux confins de l’individualisme forcené. L’homme est donc si seul, si isolé, qu’une fois diminué il doive périr au plus vite ? Non, nous nous inscrivons dans une chaîne, de générations en générations, et on ne peut de la sorte zapper la transmission; le vieillard s’éteint lentement, le bébé ouvre les yeux et se déplie doucement, des adultes sains et bien portants relient ces deux extrémités d’un même cycle.

Mon commentaire est si long, que je n’aborderai pas la question religieuse, car même si je n’étais pas catholique, j’aurais envie de hurler à entendre ainsi usurper le mot dignité. Parce que la dignité d’un homme, c’est d’embrasser sa condition, courageusement. Avec ce qu’elle contient d’irréductiblement angoissant. La conscience, à la fois trop petite pour être serein, et trop grande pour être innocent.

A ceux qui réclament cela, je ne peux répondre collectivement, mais un par un, je peux les écouter, dans mon cabinet et j’y découvrirai de la détresse, comme j’en découvre chez les femmes qui me parlent de leur avortement qu’elles semblent pourtant revendiquer. Derrière le “soulagement”, il reste une béance, celle de l’humain rayé, celle de la transcendance squeezée.

J’en côtoie des mourants qui n’en finissent pas de mourir dans des douleurs insupportables. Je n’ai pas envie de leur “offrir” une loi et une piquouze, je trouve ça un peu facile.

Un seul de nos députés qui veut ce projet a-t-il déjà surmonté son propre malaise, sa propre gêne, et tout simplement assumé son impuissance en restant assis près de celui qui souffre, en sachant qu’il ne peut rien faire, qu’il n’y a rien à dire, mais qu’être là et admettre qu’il n’y a pas de solution coûte que coûte, pas de formule toute faite, chimique ou verbale, c’est le partage, c’est l’humilité, c’est accompagner l’autre aux confins de la vie, pour ce passage si douloureux à faire. J’en aurai beaucoup à dire, mes patients m’en ont appris long, comme mes proches qui sont morts ou malades. Une fois surmontée cette appréhension, qui nous fait regarder nos textos frénétiquement et notre agenda en espérant ne pas avoir le temps d’y aller, quelle joie, quelle plénitude, quelle richesse dans la subtile présence qui côtoie celui qui part, qui n’est plus dans l’image. Quelle fraîcheur à quitter la consommation pour la communion !

J’espère t’avoir, fier Amiral, apporté quelques pistes. Elles sont du côté de l’âme ces pistes. Le grand mensonge actuel est par omission : on fait comme si de rien n’était dès qu’il s’agit d’âme. Et on en crève, au plan individuel comme collectif. plutôt que de légiférer sur l’euthanasie, allez donc parler avec ceux que vous aimez de la mort (qui n’est pas une option), de la maladie, allez leur dire ce qui vous fait peur et ce que vous voudriez pour le jour où peut être vous serez dément ou aphasique.

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16 réponses à “Euthanasie, la joie de donner, le plaisir de recevoir: la réponse de l’Amirale

  1. Merci Amirale pour ce très beau texte !
    Une mienne amie se sait condamnée. Les médecins lui prévoient un mois ou deux de vie.
    Sa dignité à elle, c’est de les passer le mieux possible, en rentrant passer le week-end chez elle, parmi ses enfants et petits-enfants. Tout le monde, du petit jusqu’au plus grand, sait. Mais ils ont à coeur de faire « comme avant », jusqu’au bout.
    Elle m’a fait ses adieux. C’était la première fois que je vivais un truc pareil, avec une échéance connue d’avance dans le temps.
    D’habitude, on dit aux gens « nous ne savons pas trop combien de temps il vous reste. », en pensant que ça les aide à vivre.
    A mon sens, c’est ça respecter la dignité des gens: leur offrir la vérité et les accompagner le mieux possible.
    Mais bon, la question est complexe. Je connais d’autres personnes qui préfèreraient être mortes qu’en fauteuil ou aveugles et sourdes et à la charge de leurs descendants. Le respect de leur souhait ne leur est-il pas dû, à elles aussi ? Bien sûr, ça s’apparente au suicide. En laisser le soin aux familles, comme ça s’est vu ?

  2. Votree définition de la dignité et parfaite. j’ai beaucoup de mal avec ces gens qui décident de ce qui est digne et indigne à ma place

  3. Brèves 3.0 qu’il disait…

  4. Texte très fort …
    Ayant eu , dans mon entourage très proche, à accompagner la fin d’une vie, j’ai retrouvé ce que j’ai ressenti à être là tout près, à tenir la main, à être attentif, à dire tout son amour dans de petits gestes et des regards.
    Jusqu’au bout, respecter et entourer celui ( ou celle) qui s’en va, voilà ce qui est digne.
    Quand la médecine réussit à faire taire la douleur (physique), ces instants sont précieux et participent du deuil que l’on fera…

  5. Deux toutes petites contributions.
    D’abord il faudrait être clair sur le fait que le débat au sujet de l’euthanasie est fondamentalement un débat sur le suicide médicalement assisté.
    A ce que je sache, nulle loi n’interdit de se suicider ou de refuser de se soigner. Mourir quand on veut c’est déjà possible si on en a le courage.
    Ce que veulent réellement les partisans de l’euthanasie, c’est une loi qui leur permettrait de contraindre les médecins à les tuer, et/ou qui exonérerait de toute responsabilité les médecins qui le font.
    Ensuite cette question de l’euthanasie est la rançon du progrès médical : parce que la médecine moderne est capable de prolonger sans cesse plus longtemps notre sénilité ou notre agonie, on en vient à revendiquer le droit d’être tué.
    De quoi réfléchir sur la notion de « progrès »…

  6. Chère Amirale,
    (La femme est dans la durée. L’Homme est dans l’instant.)

    Une mienne amie qui accompagne des personnes très malades a décidé de rapporter jour après jour sur twitter les moments de lumière qu’elle vit aux cotés de ceux qui savent qu’ils meurent.
    Ca s’appelle @penchéesureux .

    C’est en se penchant que l’homme devient vraiment grand.

    PS : Si le moussaillon tient à la fois de son père et de sa mère, ça promet.

  7. Remarquable, bravo. Moi je résumerais tout cela de manière plus triviale
    en disant seulement que ce qui serait bien c’est qu’on nous foute un peu la paix.
    Mais cela, évidemment, il n’y faut point compter.

  8. Il y a une telle diversité de situations et j’ai ouvert tant de parenthèses que mon texte ne se prétend pas exhaustif, ni même structuré. Mais merci Aristide de rappeler deux points que j’ai laissés en chemin.
    D’abord, il est vrai que certains veulent se suicider mais ne le peuvent pas. les partisans de l’euthanasie vous diront que c’est à eux qu’ils pensent, coincés dans leur fauteuil et qui ont besoin qu’on les aide à se jeter du balcon. Pour cela, pas besoin de loi. Besoin de proches et de médecins, qui décident en conscience de ne pas s’acharner. de ne pas laisser la technique déraisonner toute seule. Oui il y aura toujours des personnes qui auront envie de mourir et pas les moyens de se suicider.
    Mais cela ne mérite pas une loi, acceptons de ne pouvoir répondre à toutes les demandes. Et faisons aussi confiance à l’inconscient. Le syndrome de glissement existe, on le voit dans les maisons de retraite, les veufs égarés s’éteignent, cessent de s’alimenter. ce n’est pas parce qu’il y a des situations d’impasse que nous devons y répondre, d’autant que l’individu,dans cette situation apparente d’impasse, découvre peut être une spiritualité insoupçonnée. regardons les témoignages multiples de mourants, tels que C. Singer et autres. un passage se fait. s’ils ne sont pas seuls, quelque chose de subtil et de très profond peut se produire. Quoiqu’il en soit plutôt qu’une loi sur l’euthanasie, je préfèrerais que mes contemporains regardent en face et portent, supportent, l’angoisse existentielle de savoir que cela arrive et que cela arrivera peut être à nos proches, que nous serons impuissants si ce n’est à aimer.

    et le deuxième point, la notion de progrès.
    Nous sommes dans le contrôle total, le contrôle de la vie à tel point qu’il tue la vie et le naturel. Or la vérité est qu’on ne contrôle pas les choses et que nous sommes en train de dépenser une énergie et un argent fou pour se donner l’illusion qu’on contrôle tout. Donc, devant les progrès techniques incontestables, il y a une lacune de pensée. L’intelligence rationnelle déraisonne et devient folle, à ne pas être pensée. Voilà qu’on peut, d’un simple formulaire, supprimer des bébés, en re-fabriquer d’autres, écourter la vie, écarter la frustration. Je ne confonds pas frustration et souffrance, et d’ailleurs mon propos n’est pas de juger ceux qui veulent se suicider. Seulement cela relève du privé. Cela relève de la concertation entre le malade et ses proches. Je ne crois pas que l’Etat et le médecin aient réellement à donner des moyens. Fermer les yeux est parfois une question de pudeur.
    Je comprends que l’on souffre au point de vouloir accélérer les choses, en finir.
    Ce que je refuse, c’est le glissement, la banalisation et l’oubli de la pensée. N’y a t-il pas qq chose d’absurde à pouvoir prolonger indéfiniment un coma artificiel, et à côté, en appuyant sur un autre bouton, décréter que tel ou tel devrait mourir ? La vraie question derrière cela, c’est celle du progrès en roue libre, de la liberté humaine qui n’est plus liberté mais absence de contraintes. L’Etat laisserait se répandre un fantasme de n’en faire qu’à sa tête avec la vie et la mort.
    Mille fois oui pour dire que le pb, c’est tout autant de prolonger indéfiniment ce qui sans la technique serait mort naturellement que de précipiter la mort.
    Car ce qu’on écrase au passage, c’est le deuil. Comment faire le deuil d’un proche ni mort ni vivant, mais branché pdt des années ? comment faire le deuil quand on n’a pas eu le temps de tenir la main et de partager en silence ce départ, de se dire au-revoir, de donner peut être, l’autorisation de partir au cancéreux en phase terminale qui s’accroche par amour pour ses enfants et craint de les laisser ?
    On aurait moins besoin de technique si on acceptait que la mort est un moment de la vie et que ce moment demande à être vécu bien. Je ne dis pas que je n’envisagerais pas le suicide dans une situation extrême de souffrance, il ne faut jamais dire jamais, et peut être n’aurais je pas la force de lâcher prise pour épouser la souffrance, car l’âme et le spirituel sont écrabouillés parfois par la douleur du corps, on ne peut ni respirer ni penser, ni aimer quand on a trop mal et je suis la première à sentir mon âme empalée par trop de fatigue. Mais nous n’avons pas besoin de lois pour cela, pas plus que pour avorter. Qu’on ne vienne pas me répondre que ces lois permettraient que les choses ne soient pas clandestines, qu’elles soient « plus sûres ». la belle affaire. 74, Gisèle Halimi, c’étaient les précurseurs du principe de précaution. Notre société est empêtrée dans ses fantasmes de toute-puissance : veut la précaution totale, et la liberté totale ; C’est-à-dire que notre société à 2 ans et demi d’âge mental, et n’a pas accepté la castration. Le risque zéro n’existe pas plus que l’absence de contrainte, et c’est de ce terreau qu’émerge notre liberté, limitée mais réelle.

  9. « J’en côtoie des mourants qui n’en finissent pas de mourir dans des douleurs insupportables. Je n’ai pas envie de leur “offrir” une loi et une piquouze, je trouve ça un peu facile. »

    Et combien de piquouzes préalables pour les maintenir dans leurs souffrances, un peu plus longtemps ? Ça vous plait de maintenir des mourants en vie, pour votre facilité personnelle.

  10. « Mais cela ne mérite pas une loi, acceptons de ne pouvoir répondre à toutes les demandes.  »

    Oui, absolument. Le législateur ne doit pas légiférer en ayant à l’esprit des cas rares et en oubliant l’effet qu’aura la loi sur le plus grand nombre.
    Je me permettrais de reprendre un exemple que j’avais cité dans mes billets sur le mariage homosexuel : la loi de 1972 mettant sur le même plan les enfants légitimes – nés dans le mariage – et les enfants « naturels » – nés hors mariage.
    Il s’agissait de répondre aux difficultés rencontrés par certains de ces enfants nés hors mariage, mais ce qui a été oublié c’est l’effet de cette loi sur tous les couples et sur tous les enfants.
    Mutatis mutandis, c’est ce qui est en train de se passer sur la question de l’euthanasie.

  11. « Quoiqu’il en soit plutôt qu’une loi sur l’euthanasie, je préfèrerais que mes contemporains regardent en face et portent, supportent, l’angoisse existentielle de savoir que cela arrive et que cela arrivera peut être à nos proches, que nous serons impuissants si ce n’est à aimer. »
    En Occident, la mort est tabou(e).
    On ne dit plus « elle est morte », mais elle est partie, ou décédée.
    On cache la mort, la vraie, aux enfants, on ne veut pas qu’ils voient la Mamie mourante, on ne veut pas qu’ils aillent à l’enterrement, « parce que ça risquerait de les traumatiser ». Oui, sans doute.
    Mais il suffit qu’ils regardent les infos pour recevoir l’horreur en pleine face.
    Pas la mort naturelle des vieillards, mais le meurtre, l’agression, le viol.
    Ca ne les traumatise pas, ça, probablement.

    Alors pourquoi vouloir les préserver de ce qui est naturel et ouvrir les vannes pour ce qui est pathologique dans notre société ?
    Je suis d’accord avec vous. Il faut éduquer les enfants lentement, doucement, au sort commun. La religion aide beaucoup à la dédramatisation.
    Mais le quotidien nous ramène à l’atrocité banalisée mais mal digérée.

  12. Mais qu’est-ce que c’est que ces querelles de ménage en public ?

  13. Que peut faire une loi qui ne concernerait que ceux qui peuvent exprimer une volonté de mourir? Et ceux qui sont dans un coma profond? Et les grabataires conscients mais qui ne peuvent s’exprimer? Veulent-ils mourir ou continuer quand même?

  14. Grochon, (quel joli petit nom), j’ai bien conscience que ma logorrhée manquait de clarté, car nous disons la même chose : je dis bien trouver absurde l’acharnement thérapeutique, pour ensuite décider « d’en finir ».
    Pangloss, je suis entièrement d’accord, le plus drôle dans cette loi c’est qu’ils pensent qu’elle résoudra quoique ce soit, alors que pour toutes ces personnes, ne pouvant s’exprimer, se suicider car attachées à leur fauteuil et condamnées à attendre ou à se mordre la langue jusqu’au sang, pour toutes ces personnes, ce n’est pas une loi qu’il faut.
    Les solutions ne viendront jamais de l’Etat, mais des personnes, de la conscience, de l’attention qu’on leur porte, parce que sont nos proches ou nos patients. tout n’est pas vertical dans la vie, il y aussi la capillarité, le lien, l’horizontal, l’entre – nous. Mais ça c’est dire que la famille, ça peut être bien, et c’est mal parce que ça créerait des inégalités alors qu’on se donne un mal fou pour les supprimer et nous hisser hors de l’état de nature, inégalitaire par excellence.
    Assumons nos responsabilités quand elles se pointent, plutôt que d’attendre passivement des solutions plaquées, qui seront hors sujet si ça se trouve, et nous ferons seulement croire que la question est affreuse et qu’il faut prendre ses jambes à son cou. ce qui est glauque, c’est de fuir. Pas de souffrir, pas d’accepter d’être impuissant à soulager l’autre, pas d’être conscient que la seule chose à faire, parfois, c’est d’être là. D’être.
    Mais ça, c’est complètement mièvre, probablement. et pourtant, c’est aussi radical que la différence entre un enfant qui ne voit jamais son père et un père qui s’asseoit pour jouer aux legos. c’est la différence entre mourir seul et être seul à mourir parmi des gens qu’on aime.

    Enfin, il serait dramatique de décider pour ceux qui ne peuvent s’exprimer que c’est fini, car nous n’avons pas d’élément (si d’ailleurs, justement, pleins) sur le vécu des personnes qui sont entre la vie et la mort, et il est probable que certaines d’entre elles fassent des expériences essentielles pour pouvoir partir en paix. En témoigne les battements de cils et les sourires qui traversent des corps et des visages immobiles depuis des semaines; Encore un beau déni de l’intériorité et de ce qui ne se voit pas. et décider pour quelqu’un qui ne peut plus s’exprimer qu’il est prêt à mourir, c’est un assassinat. alors je sais bien que l’Etat a le monopole de la violence légitime, dixit ce cher Weber, mais enfin, de là à légitimer toutes les violences, on peut aussi dire que l’inceste, c’est super.

  15. Vaste sujet, il me semble mais je peux me fourvoyer que les partisans de l’euthanasie désirent dédouaner les parents et autres d’un être qui leurs est cher.

    Il serait en effet difficile de mettre dans le bras d’un parent la dernière piqûre qui enverra ce dernier devant le Père éternel.

    J’ ai connu l’expérience avec mon père 4 années de souffrance pour finir en légume et qu’ai je fais, rien!

    J’ai assisté à sa déchéance physique et mentale vers la fin de sa vie je n’allais plus le voir pour éviter de voir cet homme qu’on maintenait en vie, pourquoi?

    Je ne le sais pas, tant qu’il pouvait payer ses soins,

    Maintenant , je ne sais si on me l’ avait demandé de mettre un terme à sa vie, « Tenez monsieur voilà la piqûre de fin de vie, à vous d’officier » ; je ne pense pas que j’aurais pu en être capable.

    Et pourtant parfois, je me sens coupable de l’avoir laissé souffrir, l’époque la loi n’autorisait cet acte et même si cela avait été le cas l’aurais je fait?

    Je ne sais pas, lourde décision que de commette un parricide même pour éviter des souffrances.

    Sur un plan plus général, je constate quand même que le législateur a supprimé la Peine de Mort pour les assassins et de l’ autre légifère su une autre forme de mise à mort.

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