Soif d’exil

Qu’on ne se trompe pas. Je ne fais pas partie de ceux qui éructaient que si Normal et son orchestre gagnaient la présidentielle je me lancerais sur les routes de l’exil dès le 7 mai. Seulement, je fais partie de ceux qui aiment la vie d’expatriés pendant un temps, puis qui aiment revenir en France pendant un temps et ainsi de suite. C’est comme ça.

Cet été j’eus une conversation avec une de mes connaissances héros de guerre, fils de héros de guerre, petit-fils de héros de guerre et ainsi de suite. Je dis bien connaissance car si ses médailles forcent mon respect, on ne peut pas dire que notre amour l’un pour l’autre soit de ceux qui soulève des montagnes sur lesquelles se trouvent des cowboys amoureux qui partagent des secrets. Disons que nous ne nous comprenons pas du tout. Nous avons bien des valeurs en commun mais au final pour lui c’est « la Patrie » et pour moi c’est « ma famille ».

Tout ça pour donner un peu de contexte à la conversation qui suit.

«Amiral Woland – C’est devenu dingue, tous les mariages auxquels nous sommes allés cet été avait comme sujet de conversation principal « quand est-ce qu’on se barre de France et où est-ce qu’on va ». Héros de Guerre – Et vous voulez partir vous ?
AW – Bien entendu, et le contexte y est très favorable en plus. HG – Non mais dis-le que si tu veux te barrer de France c’est que pour des histoires de pognon, c’est minable.
AW – Ben non, justement, le pognon joue un rôle aggravant mais ce n’est pas la cause principale. Tu reconnais toi-même qu’on est en phase terminale, trop atteint pour avoir un sursaut salvateur. HG – Pffff, c’est pas mieux ailleurs de toutes façons.
AW – Ben d’abord si, il existe encore des endroits où ce n’est pas encore perdu et ensuite, au moins c’est ailleurs. Je n’ai pas vocation à être un héros. Le seul devoir que je me reconnais est celui de donner à mon fils les même chances que celles que j’ai eues, et il me sera plus facile de les lui offrir dans un pays qui existe encore que dans un pays qui est en train de s’engloutir sans se débattre dans ce qu’il a combattu depuis toujours.
HG – Et ben alors, tu fais quoi pour que ça change toi ?
AW – J’ai fait. J’ai été président de la branche d’un syndicat étudiant de droite dans la plus grande université de France. Ca m’a écœuré et m’a fait me rendre compte que la nouvelle génération ne valait pas mieux que l’ancienne. Ils ont tous des mentalités de statolâtres kleptocrates. Et vu que je n’ai pas une vocation de purificateur politique et que de toutes façons la machette c’est fatiguant et salissant, ben je vais me barrer.
HG – Mais dis-le que c’est pour des raisons de pognon !
AW – Oui mais pas seulement. »

Et ainsi de suite. En fait, lui pense comme Cabrel et ses « murs de poussière » qu’on ne peut pas trouver mieux que « son lopin de terre avec son vieil arbre tordu au milieu », et moi je sais qu’on peut trouver mieux, surtout quand le lopin de terre a été salopé par des tas d’indésirables et que le vieil arbre tordu au milieu a été coupé pour faire du bois de chauffage parce que le gouvernement nous a pris tous le reste, en tous cas pour un temps. Après tout « Les Amériques, c’est chouette pour prendre du carbure, on peut y vivre aussi à la rigueur, mais question de laisser ses os, y’a que la France. »

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30 réponses à “Soif d’exil

  1. oui, bon moi je ne vis plus en France mais lorsque j’y retourne et que je parle avec d’autres, disons, les gens conscients de la situation, avec de l’argent..et bien certains veulent partir, d’autres pas. Pour ceux qui ne veulent pas, ils me disent simplement qu’ils mettent en place des stratégies d’évitement, un vrai cloisonnement social pour ne pas à avoir à se retrouver avec les cpf…donc école catholique privée, club sportif ultra privé, maison de campagne loin, travailler dans des coins agréables, aller dans des restaurants chers et rester dans les zones privilégiées. Si on a de l’argent, on peut sans trop de problème vivre en France, même dans les grandes villes et très loin de notre si riche diversité…

    • Certes, mais avant d’en arriver là, faut en baver quand même pas mal. Quand on est « classe moyenne supérieure » on est pile le coeur de cible des emmerdements.

  2. Il avait raison le Mexicain

  3. A chaque fois que je pars à l’étranger, je suis stupéfait de voir à quel point en France on s’accommode tres bien de l’insupportable. Mon choix est fait, je vais m’expatrier à tout prix.

    C’est vrai que « ailleurs », il n’y a pas de beaux paysages français, pas de belle et riche Histoire de France, pas de bons produits français comme le vin ou le fromage, pas un bel art de vivre français, pas un bon climat français où il ne fait jamais ni trop chaud ni trop froid ni trop sec ni trop humide, pas d’infrastructures et de services français (qui ne sont pas si mauvais qu’on veut bien le croire).

    Mais « ailleurs » je trouve toujours ce que je recherche, qui me parait fondamental pour un être humain, et qui n’existe plus en France: une société saine reposant sur la morale et la famille.

    Je m’en fous de vivre dans un pays plein de bestioles bizarres, de typhons ravageurs et où je n’ai pas le dernier ipad. Du moment que je ne sois pas entouré de tarés suicidaires…

  4. Eh bien, Amiral, plus envie de vous battre?

  5. Ca veut dire quoi, « ailleurs », « à l’étranger » ? Quelques précisions sur les pays concernés seraient les bienvenues. Il n’y a pas la Frônce , qui serait un enfer, et le reste du monde, qui serait un paradis.

  6. Tout n’est pas bon à prendre au États-Unis, vos décadents y sont aussi, de plus Romney n’est pas sûr de vaincre. Le canada vous serez plus adapté, politiquement parlant, il semble que ce sont des pseudos-réacs qui le gouverne.

  7. Cretinus Alpestris

    C’est quand-même triste qu’il faille quitter son chez soi pour se sentir… chez soi.

  8. En tout cas ne venez pas en Belgique, la situation n’y est guère meilleure.

  9. On va se résigner à tout leur laisser ?
    mais qui paiera leurs allocs ?

  10. Canada, Stazunis, Australie ou Singapour en gros.

    Etats-Unis et Australie : très difficile d’y rentrer à ma connaissance (à moins d’être somalien ou d’avoir de la famille là-bas).

    Singapour : je connais pas, mais j’imagine que c’est réservé aux gens qui bossent 12 h par jour dans la finance.

  11. Reste la Suisse.
    Cretinus, vous avez une grande table, beaucoup de vaisselle ?
    Pour dormir, on prend des tentes. On va s’indigner chez vous !

  12. Cretinus Alpestris

    Et six mois de neige par année (à mon altitude)… prenez aussi des pelles pour confectionner des igloos !

  13. Ah ben ! Si la neige et quelques autres intempéries ne vous rebutent pas, j’ai un bon plan.
    Il m’a été révélé par un blogueur nazi se disant maçon en écriture.
    Le français est la seule langue reconnue et obligatoire pour ses services officiels.
    Il ne fait pas partie intégrante de l’union européenne.
    Il est hors des routes boatpeopleesques.
    Il a un accès impossible par voie aérienne directe.
    Il a un taux d’alphabétisation de la population de 99%.
    Il y a 95% de catholiques que des églises, que des églises.
    Il n’y a jamais de raison de changer de trottoir, sauf si vous ne voulez pas dire bonjour et c’est mal vu.
    J’arrête la pub, il n’y aura jamais assez de place pour tout le monde.
    Bientôt, si le temps le permet…

  14. Saint Pierre et Miquelon !
    Zut, fallait pas le dire…

  15. Sinon il y a Guernesey, Jersey, le Liechtenstein, Saint-Marin, Chypre, Malte, Hong-Kong (si on aime les chinois…).

    Merde, que des paradis fiscaux…

    Effectivement, Singapour est une villes de riches pour les riches, les loyers y sont infiniment plus élevés qu’en France et il y a 200% de taxe sur les voitures importées (en gros toutes les marques sauf Proton, qui est le Dacia local…).

  16. Comme si le pognon était quelque chose de sale, pour lequel il était indigne de défendre la cause de l’exil. Bon, c’est vrai, le pognon ce n’est « que » le pognon, et ça compte moins que l’amour de la France. Mais je crois que j’aurais répondu quelque chose comme « Oui, c’est pour le pognon ».

    Oui, mon pognon c’est mon pognon, et il est hors de question que MON pognon à MOI soit confisqué par l’Etat. Ce pognon a été gagné par MOI, c’est tout ce qui me reste après la méga-tonte fiscale républicaine, et je ne veux pas en priver MA femme et MES enfants ; j’estime que MON pognon a le droit légitime de revenir avant tout à MA famille. Je donne déjà un MAXIMUM de pognon pour les chômeurs, les expositions d’art contemporain, l’entretien du patrimoine, les bibliothèques, les aides au Tiers-Monde, la Poste, les hôpitaux, les immigrés, les musées à la con qui font plaisir à la gauche, la presse, Pascale Clark et David Pujadas, ça commence à bien faire, merci. Je crois qu’il est nécessaire de payer des impôts, je crois qu’il est complètement délirant de pratiquer le racket intensif. Et nous nageons dans le délire fistal, euh, pardon, fiscal.

    Alors oui, la France c’est quand même le plus beau pays du monde, en toute objectivité, mais on a une famille à nourrir et à défendre contre la misère et l’injustice, ce que l’Etat n’est absolument pas disposé à faire.

    Amiral, barrez-vous où bon vous semble, gardez vos lingots pour vous, les pourceaux ne méritent pas vos perles.

  17. « C’est pour le pognon ».

    Dites : c’est pour le pouvoir d’achat.

    Voyez, c’est tout de suite plus convenable.

  18. « Quand on est “classe moyenne supérieure” on est pile le coeur de cible des emmerdements. »
    Cette formule est comme la vision d’une fléchette partant droit et atteignant le 1000!

    Vous pouviez pas dire plus juste. Une fois que la situation se sera dégradée, on n’aura plus qu’à se ranger du côté des médiocres pour rêver à un meilleur futur.
    Et c’est vrai que quitter la France n’est pas qu’une question de pognon. C’est aussi une question d’ambiance qui flotte dans l’air des villes.

  19. Le champ d’actions de l’Etat est tentaculaire.
    On dit aussi de la mafia qu’elle a des tentacules.

  20. Et l’Islande ?

    Très haut niveau de vie.
    Très loin.
    Diversité inexistante.
    Très beau.
    Très isolé du reste du monde.
    Très froid (je ne supporte pas les pays chauds !)
    Très peu peuplé (300 000 islandais, l’équivalent d’une ville comme Strasbourg)
    Indépendance énergétique (géothermie).
    Stabilité financière.

  21. Visiblement, c’est aussi « hauts les coeurs chez les « réacs »…
    Alors comme ça même vous Amiral êtes prêts à baisser les armes?… Je ne pensais pas que vous aviez abdiqué, que vous vous étiez rangé du côté des résignés, prêts à filer.
    Ah qu’il semble loin le temps où les français aimaient la France, son Histoire, sa culture, et éprouvaient un attachement quasi charnel à leur pays, à son patrimoine et à sa prestigieuse civilisation… Pourtant, c’était hier, ou presque. Mais déjà, combien aujourd’hui ne cherchent plus qu’à détaler, fuir à toutes jambes le pays pour lequel, pendant des siècles, leurs ancêtres, eux, pourtant se sont battus, et n’ont pas hésité à verser leur sang pour lui…

  22. Bon bah si c’est juste un aller-retour on va pas trop épiloguer.
    Surtout si au bout du compte on n’a le choix qu’entre crever, se soumettre ou s’exiler (déserter)… faut comme même reconnaître que ce n’est pas vraiment très glorieux ce qui nous attend ici-bas.
    On peut toujours envisager la victoire, mais si c’est pour finir comme Magnum quand il se souvient… (ses flashes sur le Vietnam).

    « des montagnes sur lesquelles se trouvent des cowboys amoureux qui partagent des secrets »
    On ne soulignera jamais assez le rôle qu’a joué le cheval dans l’édification de la légende esthético-biblesque américaine (rhollywood). Divisez par deux la taille d’un cheval et vous vous retrouvez avec un « Brokebaque Poney »…

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