Je suis tombé par terre, c’est la faute à Keynes, le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Keynes

La débilité, profonde comme le trou que nous creusent les différents gouvernements qui se succèdent depuis 40 ans, et la malfaisance de Keynes pourraient être résumé en une seule de ses expressions fameuses :
« A long terme, nous sommes tous morts ».

C’est typiquement le genre d’imbécilités qui passent pour une réflexion d’une grande profondeur aux oreilles du crétin moderne moyen. Seulement le petit souci c’est que traditionnellement, l’humanité n’a jamais pensé comme ça. Pourquoi sinon aurait-elle entreprit l’édification de monuments, parfois sur plusieurs générations ? Pourquoi sinon planterait-on des arbres fruitiers dont on sait que seuls nos enfants et petits-enfants profiteront ? Pourquoi se fatiguer à faire quoi que ce soit si, de toute façon, à long terme nous sommes tous morts ? C’est ce relativement nouveau dédain pour la postérité qui explique que nous osons dépenser le blé de nos arrières-arrières petits enfants pour avoir le bonheur de nous vautrer dans un luxe relatif et très clairement supérieur à ce que nous pourrions nous offrir sans le coup de pouce perpétuel de l’état-mama.

Cette fausse pensée est un poison mortel qui est en train de nous faire pourrir de l’intérieur en nous faisant adorer l’Autre et mépriser le fruit de nos coups de reins.

L’homme traditionnel se voyait comme faisant partie du grand courant de l’humanité. L’ersatz d’homme moderne se croit dégagé de tout devoir envers ses ancêtres et sa descendance. Il vit dans un présent éternel, prolongeant son adolescence, sans jamais vouloir devenir responsable. Le « Arrête-toi ! Tu es si beau ! » du Faust de Goethe semble être devenu le leitmotiv des occidentaux. Ce qu’ils ont oublié, c’est qu’à force de ne plus bouger et de goinfrer tout ce qu’ils croient leur revenir de droit, c’est qu’ils sont de moins en moins beaux et de plus en plus immobiles.

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15 réponses à “Je suis tombé par terre, c’est la faute à Keynes, le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Keynes

  1. À très long terme, la Terre est morte. Il ne s’agit pas d’une profonde réflexion, c’est à l’heure actuelle un fait. Effectivement, traditionnellement, l’humanité n’a jamais pensé comme ça.

  2. Oh-oh, vous citez Goethe maintenant, Amiral. Eh bien, on s’éloigne des koalas et des métaphores à base de travelos et de godemichés. On s’embourgeoise, quoi. On fait dans la réaction chic.
    Pas que je m’en plaigne, hein, c’est très bien aussi.
    Mais vous êtes bien sûr que Goethe n’a jamais parlé de koalas, de travelos et de godemichés?

  3. Il me semble Amiral que vous témoignez d’une connaissance assez approximative de l’œuvre de Keynes ou que vous vous en tenez à la polémique à destination des libertariens et des conservateurs qui apprécient qu’on attaque toujours ce théoricien sans enfant et homosexuel. Mais Keynes qui est une sorte de contre-révolutionnaire converti au libéralisme de gauche dit exactement le contraire de ce que vous soutenez « parmi les activités affectées par le long terme, la plus importante est de nature économique ; c’est l’accumulation de richesse. L’objet même de l’accumulation de richesse est en effet de produire ou de chercher à produire, des résultats à une date relativement éloignée, et quelquefois même à une date indéfiniment éloignée. C’est pourquoi le fait que notre connaissance du futur soit fluctuante, vague et incertaine rend la méthode de la théorie économique classique particulièrement mal appropriée à l’analyse de la richesse ».

    • Alors d’abord je n’ai jamais prétendu être un expert de Keynes. Ensuite, il me semble quand même que la citation de Keynes concerne l’action du gouvernement, qui se doit de prendre des mesures tout de suite parce que le marché ne fera des corrections qu’à long terme et qu’on sera mort à ce moment là. Donc il s’agit bien de privilégier le présent au détriment du futur.

  4. Vous avez remarqué la tronche des profs et parents d’élèves qu’ils nous montrent à la télé ?
    Tous du quart, que dis-je, du 8ème monde…
    On voit bien que ces gens-là sont des vieux à n’importe quel âge. La durée, la pérennité, ils s’en foutent. En faire le moins possible, le plus citoyennement possible, surtout être « engagé ».
    S’il y a des mots qui me font vomir en ce moment c’est « citoyen » et « engagé ». N’importe quelle pubalacon ces jours-ci nous vantent la citoyenneté engagée des produits qu’elle vend.
    Boycottons les trucs citoyens et engagés.

  5. Carine, ces citoyens engagés – c’est-à-dire dégagés de tout engagement – sont les premiers à dézinguer leur progéniture à coups de « il est chiant ton prof » et, in fine, de « tu m’fais chier » ; qu’ils s’expriment, c’est instructif !

    Memento, Keynes a voulu se distinguer en dévoyant la vision de Weber à propos de l’accumulation de richesses sur plusieurs générations, qui, bien que consubstantielle au capitalisme, est porteuse sui generis de sa destruction ultime ; ça n’atténue en rien la portée du billet de Woland.

  6. « N’importe quelle pubalacon ces jours-ci nous vantent »
    Et bin ! C’est la contamination !

    Dom:
    oui, ça aide bien au travail du prof.

  7. « Les libertariens et des conservateurs qui apprécient qu’on attaque toujours ce théoricien sans enfant et homosexuel. »

    Mais bien sûr. C’est parce que Keynes était homosexuel que les libéraux le critiquent. De même, c’est parce que les Français veulent remettre les Juifs au four qu’ils s’opposent à l’immigration.

    Terrorisme intellectuel pas mort.

    • Je ne savais même pas qu’il était homo…

      Finalement, la proposition de Najet de préciser l’homosexualité des auteurs ou autres artistes, dans les manuels scolaires ne servira t’elle pas qu’à pouvoir dire : « vous n’aimez pas untel, c’est parce qu’il était homo, sale homophobe ! »

      Effectivement, du terrorisme intellectuel.

  8. souviens toi que tu es mortel. Sic transit gloria mundi.
    Le rappel qu’a long terme, tout est vain, et qu’il faut boire et manger, c’est aussi dans la bible.
    Donc AUCUN rapport avec Keynes.
    bisous

  9. A mes yeux, Keynes n’est pas tout à fait un prophète du présent, de l’immédiateté. Tout d’abord, je ne crois pas que Keynes prônait de se vautrer dans la luxure. Au contraire, il défendait l’idée de redistribuer la richesse en vertu du concept de propension à consommer (C’est mieux de donner 10 euros à un pauvre qui va pouvoir s’acheter à coup sûr de la nourriture qu’à un riche dont on n’est pas sûr qu’il va les dépenser, peut-être choisira-t-il de les épargner. L’imagination de l’homme n’étant pas sans bornes…).
    De son point de vue, il est préférable de tenter d’améliorer le présent, plutôt que d’attendre une éventuelle amélioration dans le futur. Car et c’est bien là, un point central à mon avis, il n’adhère pas au credo du marché autorégulateur. A ne pas agir tout de suite on risque de se retrouver à attendre une amélioration qui n’arriverait jamais…

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