Archives quotidiennes : 18 octobre 2012

Il ne faut pas parler de tout avec tout le monde

Tenez, un billet vaguement sérieux et politique pour une fois.

Je voudrais donner un tout petit conseil aux blogueurs de gouvernement en général et à Nicolas en particulier que j’aime bien malgré toutes nos différences (qui sont autant de chances bien entendu).

Quand vous n’êtes pas occupés à charger bite à l’air contre les moulins à vent des classements bloguesques, vous aimez bien vous rassurer en affirmant que le gouvernement est là, et bien là, pour 5 ans et pis c’est tout donc il n’y aura pas de dissolution ou je ne sais quoi.

C’est une grave erreur. Pas de le penser hein, au niveau institutionnel vous avez parfaitement raison, mais de le dire. Vous voyez, il ne faudrait jamais, absolument jamais, mentionner des idées qui nous semblent absurdes. Parce que c’est comme ça que ça marche toujours et qu’on leur donne une caisse de résonnance. Au début, c’est un infra-bruit à peine audible, puis on commence à y faire attention et ça devient un bruit de fond, puis on essaie de le bloquer et ça devient un vacarme insupportable. Le fait de parler d’idées idiotes est un moyen de les faire exister. Une fois qu’elles existent il faut les combattre. Une fois qu’on les combat, on risque de perdre. Par exemple c’est comme ça que notre camp est en train de paumer sur l’histoire du mariage homo et que les honnêtes gens se sont retrouvés petit à petit forcés de faire allégeances aux monstruosités modernes.

Quand vos lecteurs degauches viennent chez vous, c’est pour prendre un bol d’air bien confiné et se rassurer. Vous êtes leur chambre capitonnée. Ils voient bien que l’ensemble de la presse tape sur le gouvernement dont les premiers mois apparaissent, légitimement ou non on s’en tape, comme un échec lamentable et retentissant. La poignée d’électeurs qui croyait en Hollande à l’impression que le couvercle de l’arche d’alliance vient de sauter et que leur face va se mettre à fondre d’une minute à l’autre. Ils ont donc besoin d’être rassérénés, et vous, au lieu de faire des billets positifs disant que tout va bien, le gouvernement garde le cap, que les promesses seront tenues coûte que coûte et que la vie est belle, vous les assommez en sous-entendant qu’il est envisageable, puisqu’envisagé par certains, que le gouvernement saute déjà. Après l’idée de la dissolution fait son bonhomme de chemin dans leur petit subconscient. Et patatras, on finit avec une vraie dissolution. D’ailleurs que fais-je là moi-même si ce n’est alimenter le bruit de dissolution qui s’intensifie dès qu’on en parle, de la dissolution.

Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, pour vous, parce que moi la dissolution je n’ai rien contre bien entendu. Je trouve même que c’est un joli mot « dissolution » et que la dissolution est aussi une belle tradition démocratique… Mais peut-être même vous n’avez finalement pas d’autre choix que de faire face à la réalité.

Dissolution.

Dissolution.

Dissolution.

Pour être de gauche c’est facile, suffit de péter des oxymores

On le sait, mais ça n’empêche pas de le répéter de temps en temps.

La modernité est en fait l’art d’accommoder les choses les plus contraires en prenant un air détendu et naturel grâce à l’équivalence morale permanente. Ainsi il s’agit toujours de dire que le type qui pousse une vieille sous les roues d’un bus et celui qui la pousse pour lui éviter de se faire écraser sont tous les deux des pousseurs de cacochymes qu’il faut comprendre.

Car cépareil et cépapareil en même temps voyez-vous.

Par conséquent, il faut être pour l’égalité devant la loi tout en accordant des circonstances atténuantes à certains et accablantes à d’autres.

Il faut être pour le mariage entre personnes du même couple et les droits des femmes ET pour les muzelimes (quand je fais de la purée muzelime, je suis sûr que tout le monde en reprend…) qui veulent pousser les uns du haut de falaises et burkaïser les autres et inversement.

Il faut être pour la science et contre les OGM.

Il faut être pour le progrès et pour le principe de précaution.

Il faut se moquer du concept de race mais croire en l’évolution.

Il faut mettre la culture au pinacle en l’asservissant à l’état.

Il faut passer sa journée sur, son smartefaune, untairnette, faycebouke et ioutoube, tout en conchiant le capitalisme.

Il faut être contre tous les conservatismes mais surtout que rien ne bouge.

Il faut cracher sur le travail mais vouloir que tout le monde ait un boulot.

Il faut la libération sexuelle mais que tout le monde pratique les mêmes choses.

Il faut avoir une pensée indépendante tout en criant des slogans dictés par des chefs de sections au cours de manifestations où on marche au pas.

Il faut être tolérant de tout, sauf de ce qui risque de choquer même un tout petit peu nos habitudes mentales.

Et ainsi de suite.

Ils doivent avoir des journées épuisantes à force de se contorsionner comme une petite chinoise mise de force dans une boite minuscule pour avoir trop rayé le casque de son entraineur à cause de son appareil dentaire.