Archives quotidiennes : 18 avril 2013

CRS avec nous!

Si vous n’avez pas encore lu ce texte allez-y de ce clic. C’est un ordre. Ce qu’on y apprend des flics vaut son pesant de gaz lacrymo.

Merci au Fromage et à l’indispensable Koltchak d’avoir attiré notre attention dessus.

Tu sais ce qu’il te dit le suffrage universel?

Hollande a dit:

« Il faut respecter le Parlement et la loi, et respecter le suffrage universel, qui a été informé de mes intentions lorsque je me suis présenté devant lui », a enfin déclaré le président. « Il peut décider autre chose dans quatre ans.  »

Donc le suffrage universel a une volonté propre, c’est une personne morale pour notre bon président. Le suffrage universel décide des trucs, et puis change d’avis, puis s’arrête pour fumer une clope, boire une bière du minibar, se tirer mollement sur la nouille et va faire un petit dodo bien mérité après tout ce dur boulot.

C’est indubitablement grotesque. Cette outre à inepties qui déborde sur nos godasses s’est présenté devant les français, des individus, des personnes. Pas devant un amas aussi informe que le tas de bave postillonnée qui lui sert de pensée politique.

Ces zigues ont des vies, des boulots, des familles et des hémorroïdes et ils s’en prennent plein les mirettes quand les légumes gouvernementaux confondent leur pot de chambre avec un ventilo en marche à pleine puissance.

Le suffrage universel* ne sent rien puisqu’il n’est rien. Donc il ne pourra jamais rien décidé, quelles que soient les incantations magiques des peigne-culs modernes.

Cette façon toute socialiste d’anthropomorphiser les institutions et les systèmes tout en niant ces mêmes qualités aux gens justifierait à elle seule de tout passer au lance-flammes.

En tous cas, moi, ça me fait un peu monter la tension.

* C’est grotesque de se citer soi-même, mais faut bien que les vieux billets soient ressortis de temps en temps…

On respire et on se calme avec Ophélie

I

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
– On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or

II

O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
C’est que les vents tombant des grands monts de Norvège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d’étranges bruits,
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits ;

C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
– Et l’Infini terrible éffara ton oeil bleu !

III

– Et le Poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Arthur Rimbaud

Tout ça pour dire que je trouve l’ambiance à bord un peu pesante depuis quelques jours, donc on respire l’air du large et on se calme en réalisant que tout cela n’est que la vie et que c’est donc sans importance.