Archives mensuelles : janvier 2014

Edito pour Mediavox: l’Etat de droit (du koala)

Le dernier concept à la mode semble être celui de « l’Etat de droit ». Tout le monde en parle sans avoir la moindre idée de ce que cela signifie.

Alors je vais vous expliquer rapidement ce qu’est un « Etat de droit ». Ce n’est rien d’autre qu’un système dans lequel la séparation des pouvoirs est effective. Ca ne veut pas dire que c’est un Etat démocratique ou un Etat qui danse le mambo avec des chatons les soirs de clair de lune. Seulement que l’exécutif, le législatif et le judiciaire sont indépendants les uns des autres et se contrebalancent.

Par conséquent, on peut dire de manière assez décontractée que non, la France n’est pas plus un Etat de droit que je ne suis un joueur de tambourin péruvien manchot. Chez nous, en particulier depuis la catastrophique mise en place du quinquennat (récemment transformé en niquennat par notre bon président comme l’a fort bien dit Fredo Mitterrand) le législatif n’est en gros plus que la chambre d’enregistrement des décisions plus ou moins farfelues de l’exécutif. Nos magistrats sont quasiment tous nommés par le gouvernement. Le président du Conseil d’Etat est le premier ministre. Donc pas tellement besoin de passer des heures à discuter de l’indépendance du judiciaire…

Donc, non, la France n’est pas un Etat de droit. Maintenant que nous avons mis ça de coté en 2 coups de cuillère à pot de chambre, essayons de comprendre ce que les sémillants imbéciles qui utilisent cette expression veulent dire dans les tréfonds de leur petits cœurs tout mou.

Je ne peux que deviner, mais j’imagine qu’en fait ce qu’ils veulent dire c’est que c’est un Etat qui applique le droit qu’il a édicté. Pour vous donner un exemple pratique, imaginons que le gouvernement décide que les petits koalas prépubères auront désormais le droit de se marier à des grenouilles vénéneuses. Des gens auront bon vitupérer, le gouvernement s’en tamponnera le coquillard avec une queue de cerise. Une fois la loi passée, il pourra affirmer que comme on est dans un Etat de droit, la loi doit s’appliquer à tous. En d’autres termes, le gouvernement imposera son ingénierie sociale pour la même raison que le chien se nettoie les gonades avec la langue, parce qu’il peut le faire.

Ceci est donc encore un magnifique exemple de détournement du langage qui a pour effet de grignoter nos liberté comme un genre de gangrène gazeuse et sournoise. Leur Etat de droit n’est rien d’autre qu’une manifestation de plus du droit positif qui permet de tout faire au nom de la loi y compris les pires horreurs et les injustices les plus infâmes car ce que la loi fait, la loi peut le défaire. Revenons à nos koalas et à nos grenouilles. Le gouvernement qui s’est arrogé le droit d’autoriser ces unions contre nature pourrait tout aussi bien punir de mort ceux qui s’y adonnent, ou les rendre obligatoires. Bref, il peut faire ce qu’il veut.

Dans ces conditions, je préfère de très loin ne pas vivre dans un « Etat de droit ».

Edito pour Mediavox: Les pleureuses à Voltaire

Voltaire n’a jamais dit “je ne suis pas d’accord avec ce que vous pensez mais je me battrais jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de l’exprimer”. En fait il était même carrément du style à se démener de toutes la force de ses petits bras débiles pour réduire au silence ses adversaires.

En ce sens, la France à bien prouvé hier soir, jeudi 9 janvier 2014, qu’elle est effectivement la patrie de Voltaire.

Que ce soit bien clair, je ne trouve pas Dieudonné particulièrement talentueux ni amusant. Disons que je ne suis pas son cœur de cible. Cependant, lui interdire de se produire en spectacle est tout simplement une illustration de la disparition de la liberté d’expression dans ce pays. L’avènement de l’âge de la « Tolérance » est une entreprise profondément coercitive. Il ne s’agit plus d’être tolérant, d’accepter dans l’indifférence, d’être vaguement amusé, tièdement en faveur en fonction de vos gouts et convictions. Les forces de la Tolérance ont maintenant un flingue sur votre tempe et vous menace de mort à moins que vous ne manifestiez une approbation exubérante.

Je ne suis pas en train de dire que la démocratie est en danger blablabla parce qu’un saltimbanque n’a pas pu se produire sur scène, d’abord parce que je ne suis pas tellement démocrate et ensuite parce que tout ceci est du à la démocratie. Pour être élu les petites blattes qui se battent pour nos suffrages doivent faire du gringue à ces minorités qui leur donnent les quelques pourcents de plus dont ils ont besoin pour se mettre au chaud.

Dans ces conditions, devinez quoi, vous pourrez toujours être aussi gentils que vous voulez, ce ne sera jamais suffisant. Vous pouvez vous auto-bukkake avant de vous faire seppuku pour les divertir, ce ne sera pas assez. Vous ne donnerez jamais assez de gages de votre tolérance.

Si vous croyez que vous pouvez discuter avec eux vous vous fourrez le doigt dans l’œil tellement profond que vous pourrez vous décoller les bonbons du papier. Vous n’avez pas le droit de dire que vous n’êtes pas d’accord. C’est flagrant au sujet du mariage pour tout. Ceux qui s’opposaient au mariage gay ont été qualifiés d’opposant aux gay et hop, le tour est joué. Tilt et fin de partie. Vous n’êtes pas idéologiquement conforme et vous avez donc simplement le droit de vous taire.

Le plus grave dans tout ça c’est que nous sommes obligés de marcher sur des œufs à la coquille toujours plus fine. La trouille s’empare de nous. Chacun sait que le mauvais mot ou même la mauvaise interprétation du bon mot eut désormais vous condamner à un ostracisme sans retour possible dans la bonne société. Ce qui nous rend ennuyeux comme des rats morts depuis longtemps derrière le frigo.

Personne dont le cerveau fonctionne encore vaguement ne pas avoir envie de vivre dans une société où chaque mot doit être pesé et où la seule forme d’humour autorisée est une ironie lamentable uniquement permise si on porte bien sur la poitrine toutes les médailles de la Tolérance du moment (parce qu’en plus la garce vacharde est changeante et personne ne sait ce qui sera autorisé demain).

Une telle culture de pleureuses n’a plus les ressources pour aller où que ce soit. Je me dépêche de dire que je ne veux pas dire pleureuse dans le sens de pénétration sexuelle entre hommes ou dans le sens de femmes qui seraient faibles mais dans le sens de l’hypersensibilité factice qui se fait passer pour la tolérance.

Tolheilrance !

Une quenelle aux amateurs de Fitzgerald

Je viens de terminer « Gatsby le Magnifique » et je demande, non, j’exige que l’on m’explique pourquoi il a ce statut de livre culte.

Sans déconner… Je ne dis pas que c’est une lecture désagréable, mais franchement, on glisse dessus et à la fin il ne reste rien qu’un vague ennui. Sans doute le même que celui que ressentent ces personnages qui tentent vainement de s’étourdir. Pour tout vous dire je l’avais déjà lu, et je ne me souvenais quasiment pas de ce qu’il se passait dans ce fatras d’élans romantiques incohérents.

Pour résumer, un type dont on ne sait a peu près rien, est très amoureux d’une redoutable salope ingrate et mariée à une brute infidèle. Le tout est narrer par une espèce d’ectoplasme qui n’a pas d’autre fonction que celle d’être un procédé d’écriture commode pour tenter vainement de rendre le tout un peu plus vivant.

« Gatsby le Magnifique » c’est un peu comme un koala empaillé, on croit que ça fait bien de dire que c’est bien alors que c’est un attrape poussière encombrant et ostentatoire.

J’entends les filles au fond nous expliquer que c’est une si belle histoire d’amuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuur et gnagnagna. Ben non. Eventuellement c’est une mise en garde pour les jeunes hommes qui ne savent pas encore comment sont les femmes, un genre de manuel pour romantique un peu bêtasse.

Il avait eu peu de succès au moment de sa sortie, et franchement je comprends pourquoi. Ca aussi c’était mieux avant.

Nous sommes jeunes et fiers

Parlons un peu de littérature, ça nous détendra en attendant que tout finisse de se péter la gueule comme un singe saoul tombant de son arbre directement dans les mâchoires d’un crocodile juché sur une catapulte actionnée par un koala.

Raciste !

« Nous sommes jeunes et fiers » second livre de l’exquise Solange Bied-Charreton dont j’ai déjà parlé ici est assurément un livre qu’il vous faut acheter et éventuellement même lire. La délicatesse avec laquelle l’auteur se fout de la gueule de Monsieur et Madame moderne, sa nonchalance dans la cruauté quasi orientale envers ses personnages, son dépeçage des aspirations boboïdes valent le coup et votre temps.

Pour la faire rapide, Ivan et Noémie qui vivaient jusque-là exactement comme il faut selon les magazines pour parisiennes se retrouvent petit à petit en rupture de ban avec leur environnement. Ils sont pris d’envies d’ailleurs, cet Ailleurs avec cet Autre tellement fantasmés qu’ils finissent pas vous couper toute libido…

« Nous sommes jeunes et fiers » est écrit avec cette énergie calme que l’on peut ressentir en regardant les muscles frissonner sous la peau fine d’une pouliche de beau lignage. La tension monte crescendo comme il faut et l’ambiance devient de plus en plus oppressante, mais je ne vous en dis pas plus histoire de ne pas déflorer l’œuvre comme un soudard.

Pour couronner le tout, Solange Bied-Charreton manie fort joliment la langue.

Alors oui, ça manque un peu de massacre à la machette, de napalm et de catapulte. On est plus entrainé dans une éviscération psychologique que dans le bruit et la fureur qui me sont si chers et ça en fait donc un livre plutôt féminin, mais quand c’est bon, pourquoi pas ?

Donc allez, on va chez la Mazone et on se le procure vite fait.