Archives quotidiennes : 7 mars 2014

Proust, Joyce et Nico Vega

Parfois, c’est effroyablement rare mais ça arrive, vos collègues de bureau vous surprennent en bien. Ainsi, je sors d’un déjeuner animé par une conversation sur la différence de rapport au temps entre Proust (qui tend vers une fin) et Joyce (qui tend vers la répétition).

Comme quoi, tout n’est pas toujours une punition.

En tous cas ça m’a mis en joie. En plus j’ai découvert cette reprise de bang bang. Bref, une bonne journée, de celles qui donnent envie de bouffer le monde et son petit frère.

Edito pour Mediavox: « Loi cachée »

Aujourd’hui il fait si beau à Rome que ça me coupe l’envie de parler de petites affaires politiciennes. J’aurais presque envie d’embrasser Hidalgo et NKM sur la bouche en même temps, juste pour voir ce que ça fait, de boire un canon avec Mélenchon au lieu de le mettre dedans et d’éteindre le Buisson ardent.

Pourtant il faut bien que je vous illumine de ma prose ténébreuse (vous avez noté la figure de style ? Je vous laisse décider de si c’est un oxymore, une antithèse ou une antilogie ou encore autre chose).

Donc élevons nous un peu avec un concept trop méconnu, celui de la « loi cachée », inventé par Jonathan Rauch qui a mis à jour et condensé des idées de Burke, Hayek et autre Oakeshott. En gros il s’agit de tous ces normes, conventions, marchandages implicites et bon sens qui régulent notre vie de tous les jours et évitent la plupart des conflits.

Par exemple, l’euthanasie était, jusqu’il y a peu, gérée avec une finesse quasi-miraculeuse par la loi cachée. Les docteurs prenaient cette décision avec les patients et les familles sans jamais prononcer les mots fatidiques. Personne n’avait été assassiné, donc personne ne risquait la taule ou la damnation. Et puis tout d’un coup, des plus débiles que la moyenne décident qu’il faut clarifier des choses qu’ils ne comprennent pas. Alors on traine la loi cachée devant l’assemblée législative locale et on lui fait perdre toute souplesse en l’enfonçant bien profond dans le marbre. Et une foi que c’est dans le marbre, le législateur peut décider d’utiliser ce marbre pour carreler ses chiottes et de se faire livrer de nouvelles plaques pour y écrire le contraire.

Le gouvernement et monsieur degauche semblent croire avec toute la fermeté que leurs petits poings peuvent conjurer que sans des lois écrites partout tout le temps, il ne faudrait pas un quart d’heure avant que ne s’installe l’anarchie madmaxienne la plus complète. Sans gouvernement, tout ne serait plus que meurtres, viols, pillages et ainsi de suite. Comme si Monsieur Martin qui parlait du temps qu’il fait à sa voisine Madame Dupont, en entendant que le code civil n’est plus en vigueur décidait instantanément de l’écorcher et de porter sa peau comme une robe du soir au mariage de son chien avec son tabouret.

Alors que non. Nous n’avons pas besoin de lois pour savoir que le mal c’est mal et qu’organiser des compétitions au cours desquelles des bambins courent avec des ciseaux dans les mains et des lacets défaits n’est pas une si bonne idée que ça.

On peut très bien s’engueuler avec un serveur dans un restaurant parce qu’ils s’est sauvagement gouré en prenant la commande et faire changer son plat sans avoir besoin d’un avocat. Les flics eux-mêmes proposent en général aux gens de régler ça entre eux ne serait-ce que pour éviter d’avoir à se taper des tonnes de paperasses.

C’est la loi cachée qui permet d’avoir une conversation dont nous bénéficions tous, pas la loi tout court. La meilleure preuve en est le mariage de tout avec tous dont on nous dit qu’on ne peut plus en parler puisque la loi est passée !

Donc voilà, j’arrive au bout de mon quota de signes, mais je vous en prie, acceptez de vivre dans un monde ou les choses ne relèvent pas du législateur mais de votre bon sens. Vous verrez, c’est bien plus agréable.