Edito pour Mediavox: « Loi cachée »

Aujourd’hui il fait si beau à Rome que ça me coupe l’envie de parler de petites affaires politiciennes. J’aurais presque envie d’embrasser Hidalgo et NKM sur la bouche en même temps, juste pour voir ce que ça fait, de boire un canon avec Mélenchon au lieu de le mettre dedans et d’éteindre le Buisson ardent.

Pourtant il faut bien que je vous illumine de ma prose ténébreuse (vous avez noté la figure de style ? Je vous laisse décider de si c’est un oxymore, une antithèse ou une antilogie ou encore autre chose).

Donc élevons nous un peu avec un concept trop méconnu, celui de la « loi cachée », inventé par Jonathan Rauch qui a mis à jour et condensé des idées de Burke, Hayek et autre Oakeshott. En gros il s’agit de tous ces normes, conventions, marchandages implicites et bon sens qui régulent notre vie de tous les jours et évitent la plupart des conflits.

Par exemple, l’euthanasie était, jusqu’il y a peu, gérée avec une finesse quasi-miraculeuse par la loi cachée. Les docteurs prenaient cette décision avec les patients et les familles sans jamais prononcer les mots fatidiques. Personne n’avait été assassiné, donc personne ne risquait la taule ou la damnation. Et puis tout d’un coup, des plus débiles que la moyenne décident qu’il faut clarifier des choses qu’ils ne comprennent pas. Alors on traine la loi cachée devant l’assemblée législative locale et on lui fait perdre toute souplesse en l’enfonçant bien profond dans le marbre. Et une foi que c’est dans le marbre, le législateur peut décider d’utiliser ce marbre pour carreler ses chiottes et de se faire livrer de nouvelles plaques pour y écrire le contraire.

Le gouvernement et monsieur degauche semblent croire avec toute la fermeté que leurs petits poings peuvent conjurer que sans des lois écrites partout tout le temps, il ne faudrait pas un quart d’heure avant que ne s’installe l’anarchie madmaxienne la plus complète. Sans gouvernement, tout ne serait plus que meurtres, viols, pillages et ainsi de suite. Comme si Monsieur Martin qui parlait du temps qu’il fait à sa voisine Madame Dupont, en entendant que le code civil n’est plus en vigueur décidait instantanément de l’écorcher et de porter sa peau comme une robe du soir au mariage de son chien avec son tabouret.

Alors que non. Nous n’avons pas besoin de lois pour savoir que le mal c’est mal et qu’organiser des compétitions au cours desquelles des bambins courent avec des ciseaux dans les mains et des lacets défaits n’est pas une si bonne idée que ça.

On peut très bien s’engueuler avec un serveur dans un restaurant parce qu’ils s’est sauvagement gouré en prenant la commande et faire changer son plat sans avoir besoin d’un avocat. Les flics eux-mêmes proposent en général aux gens de régler ça entre eux ne serait-ce que pour éviter d’avoir à se taper des tonnes de paperasses.

C’est la loi cachée qui permet d’avoir une conversation dont nous bénéficions tous, pas la loi tout court. La meilleure preuve en est le mariage de tout avec tous dont on nous dit qu’on ne peut plus en parler puisque la loi est passée !

Donc voilà, j’arrive au bout de mon quota de signes, mais je vous en prie, acceptez de vivre dans un monde ou les choses ne relèvent pas du législateur mais de votre bon sens. Vous verrez, c’est bien plus agréable.

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33 réponses à “Edito pour Mediavox: « Loi cachée »

  1. A reblogué ceci sur No One Is Innocent…et a ajouté:
    Encore un excellent édito de l’Amiral…

  2. Mad Max c’était vachement bien…

  3. cretinusalpestris

    Oui. Excellent.

    Et il vraiment dommage que Jonathan Rauch soit si peu connu.

  4. « Bref, je suis un peu perplexe sur l’avenir de Brèves 3.0 »
    Amiral Woland un jour de déprime.

    Très honnêtement, arrêter serait du gâchis. Et gâcher, c’est pécher !

  5. Sébastien Tellibag

    « organiser des compétitions au cours desquelles des bambins courent avec des ciseaux dans les mains et des lacets défaits n’est pas une si bonne idée que ça » > Hummmmm, noirs ou blancs les bambins?

  6.  » Comme si Monsieur Martin qui parlait du temps qu’il fait à sa voisine Madame Dupont, en entendant que le code civil n’est plus en vigueur décidait instantanément de l’écorcher et de porter sa peau au mariage de son chien avec son tabouret. »

    Excellente remarque. Bien qu’il se puisse que seule la peur du gendarme dissuade les chiens d’épouser des tabourets.

  7. Globalement très d’accord même si, pour le plaisir de pinailler, j’ajouterais bien que c’est un peu plus compliqué et que parfois, la persistance de la loi non écrite dépend de la loi écrite, et inversement d’ailleurs.
    Bref, tout est dans tout et réciproquement.
    Je suis sûr que vous y voyez plus clair maintenant.

  8. Robert Marchenoir

    Je me demande si vous ne seriez pas un salopard ultra-libéral, des fois.

  9. « Loi cachée »… ça fait un peu imam caché. Vous ne seriez pas un peu chiite, vous ? ;oP

    [Blague à part, je me suis souvent dit que Woland en anglais, cela faisait : « whole hand ».]

  10. Billet très intéressant.

    Il fait écho dans mon esprit à un vieux billet d’Il Sorpasso d’Ilys, écrit au moment du vote d’une loi pénalisant l’inceste. IS citait un journaliste qui, prétendant que « le tabou de l’inceste » était enfin tombé, s’extasiait de cette avancée du monde moderne contre l’obscurantisme.

    IS faisait remarquer qu’il y avait une confusion entre le « tabou SUR l’inceste » (le fait de rechigner à parler publiquement de l’inceste = loi cachée), qui était effectivement atténué, et « le tabou DE l’inceste » (le fait que l’inceste viole les lois morales et positives), ce dernier sortant au contraire renforcé de l’épisode législatif.

    Ce qui était vraiment intéressant du point vue civilisationnel, c’était que le renforcement du « tabou DE l’inceste » coïncidait avec l’érosion du « tabou SUR l’inceste ».

    Là, c’est l’inverse. Le tabou de l’euthanasie et celui sur l’euthanasie tombent ensemble.

  11. Hmm, je crois que c’était sur l’ancien site, aujourd’hui supprimé… Je vais essayer de voir sur les Archives du web…

    Après vérification, la distinction « tabou sur »/ »tabou de » s’avère avoir été faite par le rapporteur de la loi :

    « Un tabou qui devient un interdit légal n’est plus un tabou. La notion d’inceste est une notion qui appartient au vocabulaire des sciences humaines (l’anthropologie, la psychologie, la sociologie, l’ethnologie), et qui ne peut passer sans dommages dans le vocabulaire juridique. L’inceste est un « tabou » d’ordre moral. Le ramener à un simple interdit légal revient à en diminuer considérablement la portée. […] En ne nommant pas l’inceste dans le Code Civil, et en ne prévoyant pas de sanction dans le Code Pénal, le législateur a considéré en quelque sorte que l’inceste n’était pas possible. Autrement dit, l’inceste entre adultes consentants (père-fille, mère-fils, frère-sœur…) n’est pas interdit, mais le mariage, c’est-à-dire la reconnaissance de l’union par la société, est impossible. Et si, par inadvertance, un frère et une sœur s’unissaient devant le maire, le mariage serait déclaré nul, et il n’y aurait pas de sanction pour le couple. Seul, le maire pourrait être sanctionné administrativement… Et si un enfant naît d’une union incestueuse, le Code Civil continue de considérer que c’est impossible, en n’admettant que la reconnaissance de l’enfant par l’un de ses deux parents. Dans l’exposé des motifs de la proposition de loi, la rapporteure distingue le tabou de l’inceste (interdit du faire) et le tabou sur l’inceste (interdit du dire). Le Code Civil respecte ces deux éléments, confirmant ainsi que le tabou se situe à un niveau supérieur à la loi. »

    Source : https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=0CC8QFjAA&url=http%3A%2F%2Fwww.arsinoe.org%2Fdocs%2FInceste%2520et%2520Loi.doc&ei=gdgZU6ndENCp7Aayy4HICQ&usg=AFQjCNF37Ud9Gz-XtusghVjJHO6u2D0cew&sig2=JuTeYOsutoznEo4lAA2ZkQ

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  13. Euthanasie, oui oui …

    Je viens d’avoir une petite alerte cardiaque (rien de grave je me suis légèrement électrocuté en tentant de réparer une appareil chinois moderne).

    Ceci m’a conduit a me poser quelque questions, sachant que mes enfants sont éduqués et ont un boulot disons assez sûr et que ma femme (mon épouse) a une retraite suffisante, qui pourrait quand même être confortée par une reversion. Je dirais (et je dis pour ce qui me concerne) « mission accomplie ».

    Malgré tout, je n’ai pas envie de mourir,mais disons que c’est quelque chose qui peut arriver , et ma question est « comment rentabiliser cette éventualité ».

    En cas de vrai problème, j’entrevois deux possibilités
    1) faire un voyage, par exemple au Yucatan, et disparaître. (éventuellement avec une assistance locale). Tant que je ne suis pas officiellement mort, je touche ma retraite même amputée par la gauche (je veux dire que la famille touche ma retraite, car j’ai pris les dispositions) .
    2) (en France) je me fais maintenir au maximum en survie, par tous les moyens, (si possible avec coma artificiel pour ne pas souffrir). Je coûte cher à la sociéte, mais à ce point, j’en ai rien foutre … (Note ; c’est aléatoire, car j’ai vu (de mes yeux) un médecin laisser crever – c’est le terme – un patient dont l’espérance de vie n’était absolument pas déterminée (entre quelques jours, quelques semaines, ou quelques années)

    Si quelqu’un a une autre idée, je suis preneur …

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