Une belle fournée de conneries

Voici plusieurs années que les journalistes, politologues, micro-trottoireux, commentateurs, éditorialistes et autres charançons générés par la démocratie et le suffrage universel nous expliquent, avec l’air accablé de celui qui ramasse les doigts d’un enfant à qui il avait bien dit de ne pas jouer avec cette porte, que le champ sémantique des politiciens se restreint chaque seconde un peu plus.

Il faut bien reconnaitre que c’est consternant d’avoir des présidents présidant à l’aide d’une centaine de mots simples maximum.

Cependant, les mêmes journalistes, politologues, micro-trottoireux, commentateurs, éditorialistes et autres charançons générés par la démocratie et le suffrage universel se la prennent les uns les autres à deux mains et se la mordent mutuellement comme dans un concours de mastication de chewing-gum dès qu’un mot qu’ils jugent connoté  est utilisé.

Dans ces conditions, les champ sémantique de tout le monde est réduit, jour après jour, nous laissant de moins en moins de mots pour exprimer ce que nous ressentons et pensons et, par là même, nous transformant doucement mais surement en barbares éructant.

Qu’ils aillent donc tous se faire foutre par les petits poneys sur lesquels ils passent leur temps à monter. Les hommes libres utilisent tout le vocabulaire à leur disposition. C’est un bon expectorant pour l’orateur et une bonne façon de s’épaissir le cuir pour ceux qui sont blessés par la moindre intonation qu’ils pourraient éventuellement trouver vaguement hostile.

Les bâtons et les pierres peuvent me briser les os, mais les mots ne pourront jamais me faire mal. N’importe quel enfant anglais de 5 ans sait ça.

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25 réponses à “Une belle fournée de conneries

  1. A propos de champ sémantique se réduisant jour après jour une excellente chronique de Combaz.

    http://www.lefigaro.fr/vox/medias/2014/05/01/31008-20140501ARTFIG00050-quand-le-procureur-aymeric-caron-se-retrouve-sur-le-banc-des-accuses.php?print=true

    Quand le procureur Aymeric Caron se retrouve sur le banc des accusés
    Par Christian Combaz. Mis à jour le 01/05/2014 à 17:40. Publié le 01/05/2014 à 11:44. Christian Combaz est écrivain et essayiste. Son dernier livre, «Gens de Campagnol», est paru en 2012 chez Flammarion.

    Le chroniqueur de l’émission On n’est pas couché est au cœur de la polémique. Selon Christian Combaz, quand règne la loi des suspects, c’est le destin des accusateurs publics de finir condamnés.

    Lors de la dernière émission d’On n’est pas couché où Alexandre Arcady venait présenter son film sur l’affaire Halimi, Aymeric Caron dans un passage coupé au montage aurait fait le parallèle entre les victimes de Mohamed Merah et les enfants palestiniens «victimes de l’armée israélienne».

    Tous les régimes en train de sombrer s’agrippent au mât d’une pensée codifiée, d’une orthodoxie tellement fine, tellement casuiste qu’on ne sait plus comment la définir, ni comment s’y ranger entièrement. Du coup, elle met en danger ses inventeurs, ses défenseurs, ses procureurs les plus zélés. À force de multiplier les règles, les interdits, les sujets de suspicion, à force de déployer des systèmes d’alarme lexicaux de plus en plus raffinés, ils marchent sur les électrodes qu’ils ont eux-mêmes posées. La sirène vient de retentir après le dernier passage télé de l’un des plus pénibles Tartuffe que la France télévisuelle ait jamais connus et qu’on accuse, désormais, de ce dont il accusait les autres: propos «inadmissibles» et comptabilité macabre sur les juifs tués par les musulmans et réciproquement.

    Il n’est même pas intéressant de savoir précisément de quoi il s’agit, ni de qui, ni de quel épisode particulier nous parlons, puisque le phénomène est appelé à se reproduire cent fois avant que les esprits, en France, ne finissent par se calmer . Il faut toutefois rappeler, hélas, que les esprits ne se calmeront qu’une fois la soif des dieux étanchée . Le retour à une parole capable de désigner le réel sans éprouver le besoin de ruiner la réputation de celui à qui elle s’adresse, ni de discréditer son discours avant qu’il n’ouvre la bouche, le rappel aux règles de base de la civilisation qui consistent à faire crédit à autrui de sa bonne foi avant de le contredire, ce langage qui ne pratique ni l’intimidation, ni l’anathème liminaire, ni la déformation tardive, ni le montage avant l’antenne, ce propos qui renonce par principe au mot «inadmissible», qui n’applique jamais les règles mafieuses de la pensée, ne revient généralement à l’honneur, dans notre pays, qu’après un vigoureux règlement de comptes. Le premier exemple qui vient à l’esprit est celui de la chute de Robespierre mais on peut en citer des dizaines d’autres, de la Russie de Staline à l’Égypte des Frères musulmans.

    Ceux qui ont prétendu déchaîner le feu du ciel contre leurs adversaires sont généralement les premiers à en être victimes. La foule envahit leur temple dont elle abat les colonnes comme dans les livres bibliques de notre enfance. Pour avoir voulu rameuter l’opinion contre des catégories entières de citoyens, les grands soldats de la vertu finissent dépecés, brûlés comme Savonarole, ce moine qui faisait communier le Tout-Florence dans l’ivresse de la contrition avant que ses fidèles ne s’aperçoivent que leur vie était un enfer.

    Les sourcilleux de 22 h 30, ceux qui ont une «boîte de prod», des «copains à Canal», et des fiches sur tout le monde, ceux qui dénoncent les comportements sexistes, les dérapages, les atteintes à la diversité, ceux qui font sauter les phrases suspectes de discrimination ou sujettes à polémique, ceux qui veulent marteler le fronton des écoles maternelles, feraient bien de lire l’histoire de ces trois années florentines qui ont vu surgir tout un peuple de fayots fanatiques auprès duquel les nôtres feraient certes pâle figure mais qui jouaient, comme eux, au jeu dangereux de la vigilance républicaine et qui faisaient monter idéologiquement les enfants en première ligne à propos de n’importe quoi.

  2. Ouaip ! Tous ces connards de chouineurs sont à mettre dans le même wagon !

  3. Bien lire catapulte en lieu et place de wagon.

  4. cretinusalpestris

    Byzance 2.0.

    Sous vos yeux, en « direct live ».

    (Je dis ça parce que je crains d’utiliser le terme de « décadence », hein… on n’est jamais trop prudent… )

  5. Je ne voudrais pas me cramer les doigts en parlant de wagon, et encore moins faire partie de la prochaine fournée mais en même temps il n’y a pas de fumé sans feux et clairement, il y a de l’eau dans le gaz…

    J’espère que mon univers lexicale ne s’est pas trop déporté vers la droite…

  6. Robert Marchenoir

    N’empêche qu’il faudrait piquer le vieux.

  7. – Qu’est-ce qu’ils disent ?
    – Laisse tomber papy, les jeunes que de la gueule.

  8. Le coca c’est bon buvez-en.

  9. Vers la fin, petite coquille: « qu’ils pourraient éventuellement trouvER vaguement hostile »
    Très bon texte !

  10. Bravo. ça fait plaisir à lire.

  11. Va falloir faire un lexique des mots interdits
    Qui va s’y coller ?
    En vrac
    Gaz,gazeux, gazeuse
    Four, fournée, fournil, fournir, Fourniret, fourbi, fourniment, fournitures (scolaires), fourberies…
    Noir, noire, noires, noirs, bronzé, bronzée, bronzage
    Singe, simiesque, cynocéphale, nasique, gorille (gare au ou gare aux)
    Banane, milk shake

    Si quelqu’un d’autre voulait s’y coller…

  12. Le proverbe africain qui dit ceci:  » Un vieux qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle »; pourra t il être encore cité et pourra t on encore dire que l’on s’est fait mal au petit juif.

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