Le trésor de la cathédrale et les comptables

Alors que je visitais la cathédrale de Cologne ce weekend, je me faisais la réflexion, qui n’a rien de bien originale je vous l’accorde, que nous ne laisserons rien aux archéologues de dans 1000 ans. Ils se diront sans doute que nous avions cessé de construire quoi que ce soit à partir des années 50 du vingtième siècle pour des raisons stupéfiantes et mystérieuses comme une danse du ventre exécutée par 1000 femmes yazidis en même temps avec un flingue sur la tempe.

Puis je suis allé m’émerveiller devant les beautés incroyables que recèlent le trésor de la dite cathédrale. J’en suis naturellement arrivé à me poser la question du beau et de l’utile. Pourquoi nos ancêtres ont-ils passé dans de temps et dépensé temps d’argent pour créer des objets aussi magnifiques ? A quoi cela servait-il ? Pourquoi ne sommes-nous plus capables d’en faire de même ? Comment et pourquoi sommes-nous passés d’une vierge à l’enfant romane suscitant des émotions profonde au plug anal abandonné sur une place parisienne par quelque géant vert à la lubricité peu ragoutante ? En quoi une couverture de bible en or finement ciselé serait moins de l’art pour l’art qu’un type laissant un chien mourir de faim ?

A toutes ces questions, il me semble qu’une réponse s’impose : nous sommes entrés dans le temps du cynisme qui, selon ce bon vieux empapaouté d’Oscar, connait le prix de toute chose et la valeur d’aucune. Nous vivons dans le monde des comptables. Ces vieillards qui voulaient « réenchanter » le monde et « interdire d’interdire » se sont tous transformés, au cours de ces décennies durant lesquelles ils ont dilapidé leur héritage et le nôtre, en des sortes de bouliers chinois dont la seule raison d’être est de compter et de compartimenter, en des petits épiciers dont le seul horizon est la ligne présentant le retour sur investissement.

Je suis sorti de là avec une seule certitude. L’homme moderne ne sera pas accompli avoir d’avoir ajouté un prix d’achat aux cartouches présentant les œuvres dans les musées.

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52 réponses à “Le trésor de la cathédrale et les comptables

  1. Avec le plug, nous sommes passés de l’émotion profonde que peut susciter la Vierge à l’enfant, à la sensation profonde. Rien de bien étonnant si l’on veut bien con-sidérer que nous vivons une époque où nos con-temporains proclament fièrement être propriétaires de leurs corps. Ces derniers ayant dans le même temps jeté leur âme aux oubliettes, il est donc logique que ce soit le cul-turel qui l’emporte.

    Sinon, concernant la notion d’art, les tailleurs de pierres qui ont patiemment orné les cathédrales, les orfèvres qui créaient de magnifiques reliures précieuses d’or et de pierreries pour les bibles, ce n’étaient pas des artistes au sens où nous l’entendons en Occident depuis le XVème siècle environ. Leur démarche n’était pas artistique, c’étaient juste des artisans qui ne désiraient qu’une chose : faire le beau pour servir l’Eglise et aider les âmes à s’élever. La notion d’art et d’artiste est apparue avec l’intrusion de la thématique profane, auparavant l’art était lié au culte et ce depuis la nuit des temps. Ce sont les lumières qui créerent la notion de culture, faisant définitivement sortir l’art du temple (l’église en l’occurrence) pour le faire entrer dans un nouveau lieu : le musée. L’art a tenu bon tant que les notions de maître, d’atelier, ont tenu bon, que l’antique conception du beau et du bon avait un sens pour ceux qui se lançaient dans l’aventureuse carrière des arts. Il fallait acquérir une technique, se trouver un style, tout cela prenait des années. Dès lors que la technologie a permis aux modernes de s’émanciper de toute discipline, c’était foutu.

    • « La notion d’art et d’artiste est apparue avec l’intrusion de la thématique profane »

      _A-t-on vraiment, pardonnez-mon manque de correction, besoin de /chier/ sur les athées pour être d’accord avec vous sur le fond ?

      « Avoir une âme », « être un être spirituel », au sens Hugolien du terme (c’est-à-dire être capable d’actes désintéressés, pour la beauté du geste), c’est encore le cas, figurez-vous, de bien des athées. Il y a de grands artistes athées, respectueux de l’art et des belles choses, qui savent encore ce qui est grand et ce qui est bon.

      Et puis il y a aussi des monsieur Homais déguisés, franc-maçons ésotériciens scientistes à leurs heures perdues, des Héliogabales de province, qui se targuent à l’occasion de croire aussi bien en Dieu qu’ils croient en la science, et qui croient effectivement aveuglément en tout un tas de fariboles vicieuses, et autres théories fumeuses +/- gnostiques, dont on retrouve à l’occasion la trace non-assumée jusque sur des forum de discussion supposément scientifiques… Et figurez-vous que ces gars-là, bien qu’ils se décriront eux-mêmes comme des amateurs de spiritualité, figurez-vous qu’ils seront parfois – dans les faits – les êtres les moins spirituels, car les plus matérialistes, du monde.

      Il y a ce que les gens disent d’une part, et puis il y a ce que les gens font. En suite, il y a encore les conséquences dans les faits de ce que les gens défendent dans les nuées ardentes de leur idéal échevelé.

      « Il fallait acquérir une technique, se trouver un style, tout cela prenait des années. Dès lors que la technologie a permis aux modernes de s’émanciper de toute discipline, c’était foutu. »

      _A-t-on vraiment besoin de cracher sur la technique pour rejoindre le fond spirituel de votre propos ? [Rebelote]

      En supposant, comme les modernoeuds, que le progrès technique a rendu tous les artistes égaux devant la technique artisanale et fatalement relégué l’artisanat à une sorte de sous-discipline non-artistique, vous ne faites rien d’autre que reprendre la dialectique des modernoeuds, et en bout de course vous corroborez leur point de vue fataliste.

      La face pile d’une pièce n’est pas sa face la moins matérialiste, quoi que vous en pensiez. Moi je pense qu’il faut rendre à César ce qui appartient à César : y compris la face pile de sa monnaie.

      « Rien de bien étonnant si l’on veut bien con-sidérer que nous vivons une époque où nos con-temporains proclament fièrement être propriétaires de leurs corps. »

      La critique du « mon corps m’appartient », c’est-là l’un de mes grands bastions. Je suis contente de voir qu’aujourd’hui ce genre d’idées (qui, il n’y a pas cinq ans, lorsque je les partageais avec mes contemporains, m’isolaient encore radicalement du monde des mortels) circule.

      • A propos de /con-sidérer/, /con-temporain/ et /cul-turel/, c’est bien rigolo et c’est bien joli, mais j’ai également envie de vous renvoyer à quelque chose de très ancien (et néanmoins très-nécessaire) – mais qui est une notion que les linguistes connaissent encore et emploient tous les jours : l’impossibilité du « Cratylisme ».

        Le Cratylisme dérive du nom de l’un des interlocuteurs de Socrate (Cratyle) et est en effet le nom que l’on donne communément à un certain type d’erreur intellectuelle.

        Pour ce qui est du lien évident qui existe entre le Cratylisme et la démarche poétique (qui consiste à jouer comme chacun sait avec les liens de sens et les assonances), je vous renvoie à la définition Wikipedia de ce mot.

      • « A-t-on vraiment, pardonnez-mon manque de correction, besoin de /chier/ sur les athées pour être d’accord avec vous sur le fond ? »

        Où avez-vous vu que je me soulage sur les athées ? J’énonce un simple fait, point à la ligne. La représentation par l’image, la statuaire, est liée au monde religieux depuis la nuit des temps. Après, vous pouvez bien plaquer votre grille de lecture sur ce que je dis, vous laisser aller à des digressions qui vous sont propres, il n’en reste pas moins vrai que j’ai l’habitude de dire clairement ce que je pense, sans périphrases ou sous-entendus. Je pense d’ailleurs suffisamment de mal des athées pour ne pas m’en cacher.

        Es ist klar ?

      • « d’ailleurs suffisamment de mal des athées pour ne pas m’en cacher. »

        Cela se sent, monsieur ! C’est tout ce que je dis !

        Vous êtes chrétien, Koltchak ? Eh bien je vais vous parler comme à un chrétien. Arrivera un temps où si le Sauveur doit vraiment revenir sur la terre, il ne s’arrêtera pas au comptage de ceux qui ont été baptisés et de ceux qui se sont dit athées, pour déterminer lesquels sont à Lui et lesquels ne le sont pas.

      • « Vous êtes chrétien, Koltchak ? »

        Catholique traditionaliste, rien à voir avec les cathos bêlants qui se pâment à chaque sortie imbécile de Mgr Di Falco. Je me situe plutôt dans la droite ligne d’Arnaud Amaury : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. » ou de Saint Louis : « Si quiconque s’avise de médire de la foi chrétienne, il ne faut la défendre qu’avec l’épée, et on doit donner de l’épée dans le ventre autant qu’elle peut y entrer. » Je n’oublie pas que Jésus enseignait avec autorité (Marc 1:12), qu’il n’aimait pas les petits arrangements destinés à ménager la chèvre et le chou (Que votre oui soit un oui, et votre non, un non), qu’il n’était pas venu apporter mais le glaive (il y en aurait bien besoin pour faire le ménage à la CEF), et qu’il a nettoyé le temple en renversant les tables et chassant les marchands en les fouettant à coups de cordes liées (Là encore la CEF).

      • Voilà, et Jésus était un intégriste musulman, ou tout comme. Sans un supplément d’âme. Bravo.

      • Écoutez, si votre truc c’est la mièvrerie sulpicienne, la conférence des évêques de France que l’on est même pas foutu de différencier du bureau politique du PS, les jolies cartes que le diocèse envoie aux muzz pour leur souhaiter une belle fête de l’aïd, les cardinaux qui récitent la cha’ada, je respecte ça, mais je ne suis pas un catho à babouches, pas plus que je ne peux accepter les conneries progressistes de l’Église de France.

      • « les jolies cartes que le diocèse envoie aux muzz pour leur souhaiter une belle fête de l’aïd »

        Je suis sûre que ça les fait bien chier. Hu hu !

        « les cardinaux qui récitent la cha’ada »

        Idem. Hu hu !

        ***

        C’est sûr que vous, à la place d’une carte de vœux, vous leur enverriez une tête de maure (une vraie) dans un papier cadeau-journal. Ce qui est ironique c’est qu’au fond je sais que votre cadeau sanglant leur plairait mieux.

        A votre avis que détestent-ils le plus chez nous ?

        La supériorité.

        Hu. Hu.

      • Je ne leur enverrais rien, sinon un billet aller simple pour le bled.

      • Rappelez-vous que vous êtes un Cardinal en relations diplomatiques avec vos (supposés) homologues des deux autres religions du Livre (qui vous haïssent mais qui n’ont pas le droit de le dire).

        Vous n’êtes pas le Sous-Préfet Couillu d’un riant petit pays du milieu de la France, désirant une bonne fois pour toute mettre un terme aux infortunes de la vertu de ses administrés autochtones.

        Les gens de robe ne sont pas les gens de Glaive. Remember ?

        Et les prélats ne sont pas les Saints.

        A chacun sa fonction. C’est la faute du Pape si le plus gros du contingent manque à l’appel ?

      • Sauf que mon métier c’est justement le glaive et pas les bisous, que je n’ai rien à dire aux muzz, mais alors rien du tout, sinon dehors, que l’islam n’est pas une religion issue de la Bible, à moins bien sûr de considérer que toutes les perversions et trahisons qui ont été écrites à la suite sont issues du livre, quant aux juifs, si je n’ai aucune animosité particulière à leur endroit, je n’en n’oublie pas pour autant qu’ils sont le peuple déicide, donc je reste sur ma réserve.

      • Moi je dis qu’avec les amis comme vous, le catholicisme n’a pas besoin d’ennemis.

        Allez, j’ai une grosse citation de Michelet en perspective… peut-être vous aidera-t-elle a vous remémorer ce qu’est exactement votre religion.

        Je ne dis pas qu’il ne faille pas pourfendre les hypocrites, attention, j’ai été la première à le faire trop souvent, et seule hélas, et j’ai payé assez cher pour cela pour avoir mes propres petites envies de revanche au glaive. Je suis également grande partisane du : « Tu ne peux avoir deux maîtres, Dieu et Mamon » – Cette dialectique est extrêmement utile pour qui la possède pour de bon.

        Mais vous, vous présentez tout cela de telle sorte qu’un ignorant de bon cœur en serait rebuté. On dirait que vous parlez de l’Islam. A mes yeux c’est péché.

      • Ici, je suis en terre connue, je parle ouvertement parce que je sais qui vient. Et puis, j’ai 52 piges, j’ai suffisamment perdu de temps à ménager les susceptibilités de rosières des modernes. Ça plaît, c’est bien, ça plaît pas, tant pis.

      • Oui voilà, ici vous pouvez vous laisser aller. Prouuut’ ! ^^

  2. « c’étaient juste des artisans qui ne désiraient qu’une chose : faire le beau pour servir l’Eglise et aider les âmes à s’élever »… m’est avis qu’ils cherchaient surtout à gagner leur vie, ces braves gens, en faisant leur métier.

    • Ce n’est pas forcément incompatible. D’autant plus que c’était certainement le désir des commanditaires.

    • 100% sur la même ligne que vous, concernant ce billet, Woland.

      Il y a un gars qui a bossé durant les années Jack Lang pour le ministère de la Culture qui fait aujourd’hui des tournées dans toute la France pour raconter ce qu’il a vu, vécu, de quoi il a été le témoin. Ce sont des sortes de conférences-one-man-show, qu’il appelle humoristiquement des « conférences gesticulées » (un genre « spectaculaire » bâtard, donc ^^), et le gars est +/- de la génération 68 (il lui reste donc quelques mauvais réflexes de pensée typiquement gauchistes « religion-de-l’excuse-marxiste » assez énervants), mais l’un dans l’autre sa contribution à l’avancée du schmilblick est plutôt utile. Si vous ne connaissez pas encore son nom, je vous le donne (vous en faites ce que vous voulez) : Franck Lepage.

      Il faut savoir voir partout où il y a des choses de bien, n’est-ce pas ? Ne soyons pas sectaires ! :)

      @ Artémise :

      C’étaient une foultitude de beaux et nobles petits métiers, que créaient les cathédrales : sculpteurs sur bois et sur pierre, charpentiers, couvreurs émérites, faiseurs de vitraux. etc.. Avant le christianisme leurs corporations de métiers, avec leurs codes intrinsèques, existaient déjà : simplement au lieu de bâtir des Eglises, ils bâtissaient de temples à Poséidon et à Isis. :)

      J’aurais aimé faire cela, personnellement… de l’Artisanat « classe ». Peut-être un jour, qui sait… Mais jamais hélas, même en m’y mettant dès maintenant, je ne pourrai devenir Compagnon du Devoir, c’est-à-dire devenir l’égale de ces artisans émérites du moyen-âge, car pour cela il aurait fallu que j’entre dans la carrière à 14 ans.

      C’étaient de vrais métiers, voyez, que les métiers de ces gens-là. Cela veut dire que lorsqu’on vous embauchait pour construire une cathédrale, c’était parce que vous aviez un savoir-faire : on vous payait pour ce savoir-faire, et pour rien d’autre. Si vous aviez du talent et/ou de la bonne volonté, vous n’étiez pas remplaçable par le premier couillon servile venu. Quels « vrais » métiers dans ce genre aujourd’hui nous propose la société moderne ? Dans quelle profession moderne est-on payé à l’aune de son savoir-faire (et uniquement à l’aune de cela), et n’est-on pas remplaçable par le premier couillon diplômé venu (sachant qu’en règle général les diplômes requis pour n’importe quel boulot du monde moderne n’offrent aucune formation technique véritablement en rapport avec le boulot en question) ?

      Bien sûr que nous avons toujours besoin aujourd’hui, et peut-être même plus que jamais, de gens de BONNE FOI et de BONNE VOLONTE, bien sûr qu’il faut être capable de gestes sacrificiels (plus que jamais aujourd’hui !) pour vivre décemment… Mais la question qui est posée ici n’est pas tant : « Les hommes sont-ils encore capables de bonne foi et de bonne volonté? » que : « Quels choix de société avons-nous fait ? »

      En d’autre terme : « La société dans laquelle nous vivons rémunère-t-elle encore à leur juste prix la BONNE FOI et la BONNE VOLONTE ? » – Sous-entendu : « Notre société ne favoriserait-elle pas un peu trop la servilité, la bassesse, le dérèglement général du bon-sens et des mœurs, ainsi que l’hypocrisie, la rouerie, les rivalités haineuses et tout ce qui relève en général de l’attitude putassière ? »

  3. Naïf, le désir du commanditaire, oui, très certainement. Quant au désir de l’artisan, ma foi, nous n’en savons rien. Et de même que très souvent, il m’arrive de faire cours en pensant à ma liste de courses à carrefour, il n’est pas interdit d’imaginer que ces gens-là faisaient leur boulot en pensant à la potée aux choux qu’ils mangeraient le soir. Cette histoire de vocation, c’est un peu trop beau pour être vrai…

    Irena : Hm, hm. Z’avez raison. C’était mieux avant.

    • L’artisan qualifié est certes au service d’une société qui lui permet d’exister, mais quelle société lui permet d’exister ? et quelle société lui restitue sa légitime noblesse ?

      Au sujet de la noblesse intrinsèque de l’art qui ne /chie/ pas sur l’artisanat, je vous renvoie à l’un des plus grands romans initiatiques de l’âge moderne : le Narcisse et Goldmund de Hermann Hesse, qui est de cet auteur le roman que je préfère. A faire lire à tous les adolescent en quête d’une formation intellectuelle (et en quête d’une quête par extension).

      Non, la valeur du travail humain n’est pas quelque chose qu’on doit reléguer au passé. On ne le pourra jamais car l’Homme a besoin de travailler dans la mesure – et dans la mesure seulement – où ce travail le rend utile. Si le travail cesse de rendre objectivement les hommes utiles à leur société, alors les hommes se désolidarisent de leur société et de leur travail. Ce qui mine tout. Economiquement parlant, c’est la source des plus grands maux.

      Donc, non, ce que je dis, ne concerne pas seulement le passé : ce que je dis je le dis pour éclairer la société actuelle.

      L’Homme est l’Homme, Artémise. Ses besoins élémentaire demeureront toujours les mêmes.

    • Intéressant ce besoin de chercher à abaisser le passé à nos petites manies on ne peut plus modernes.

      Pourtant, pour avoir longtemps côtoyé des artisans qui s’ils étaient japonais seraient considérés comme des trésors nationaux, j’ai pu constater que ces gens aiment passionément leur métier au point qu’ils le pratiquent souvent jusqu’à ce que la force leur manque. Il y a une volonté de faire du beau et en respectant le matériau et la technique. Ces hommes et ces femmes sont encore mus par ce besoin, en dépit du fait que notre époque est laide, promeut la laideur, abaisse ce qui est bon, beau et noble. Alors, rien n’interdit de penser qu’à une époque où Dieu était encore une présence presque palpable, les artisans n’étaient pas mus par autre chose que d’assurer la boustifaille du soir.

      Par ailleurs, quant on est en train de sculpter le décor d’un siège, de graver une illustration, etc. on ne peut pas penser à autre chose. A moins bien sûr d’être un Jean Foutre qui se fiche de la qualité de ce qu’il produit et qui se fiche d’avoir à recommencer et de balancer une pièce de bois précieux ou une plaque de cuivre.

      • « Intéressant ce besoin de chercher à abaisser le passé à nos petites manies on ne peut plus modernes. »

        Pardon !?

        Je n’ai jamais dit que les artisans amoureux de leur travail avaient besoin que la société les y incite pour être amoureux de leur travail !
        – Voilà ! c’est toujours la même déformation, c’est toujours cela que vous rétorquent les libéraux : « Eh quoi, vous avez besoin que l’Etat vous y autorise pour faire preuve de bonne-volonté » ? – Toujours le même exact piège ! La religion marxiste de l’excuse et le libéralisme volontariste, se renvoyant l’un à l’autre la patate chaude sans fin ! – Que c’est facile d’avoir deux partis opposés complémentaires pour s’accuser constamment l’un l’autre de tous les maux. Ca évite de rassembler toutes les pièces du puzzle dans une main et de commencer à poser les bonnes questions !

        Je vais donc devoir m’auto-citer pour vous montrer que j’avais déjà anticipé votre genre de remarque fine :

        « Bien sûr que nous avons toujours besoin aujourd’hui, et peut-être même plus que jamais, de gens de BONNE FOI et de BONNE VOLONTE, bien sûr qu’il faut être capable de gestes sacrificiels (plus que jamais aujourd’hui !) pour vivre décemment… Mais la question qui est posée ici n’est pas tant : « Les hommes sont-ils encore capables de bonne foi et de bonne volonté? » que : « Quels choix de société avons-nous fait ? » »

        En disant ainsi : « Il y aura toujours des hommes de bonne volonté » et en comptant sur eux quoi qu’il arrive, vous nous interdisez de remettre en question les choix de société qui ont été faits par les Elites actuellement en place. Or des choix de société ont été faits.

        Imaginez que dans un monde concentrationnaire affreux où les gens sont forcés constamment de se soumettre à toutes sortes de pratiques humiliantes et et de rituels stupides sous peine de recevoir des coups de knout ou même d’être abattus d’une balle dans la nuque, imaginez que dans ce monde-là le directeur de la prison s’exprime comme vous :

        « Certes il y a des injustices, mais elles permettent aux hommes de donner le meilleur d’eux-mêmes. Ici l’on est témoin tous les jours d’actes de bravoure, de dévouement, de bon sens et de bonne volonté tels qu’on n’en voit rarement ailleurs. D’ailleurs, qu’est-ce qui empêche les prisonniers de se tenir tranquilles ? Il y en a qui sont dans la section bois, qui travaillent sur le bois toute la journée : ils aiment ce qu’ils font ! Ceux-là, s’ils ne perdent pas de temps à jacasser et ne font pas baisser le rendement, ils ne souffrent pas. »

      • @ Irena Adler :

        Suivez un peu, soyez gentille, ce n’est pas à vous que je réponds mais à Artémise. Je sais bien que WordPress n’a pas une gestion lisible du suivi des commentaires, mais quand même !

      • Peu importe, Koltchak, figurez-vous…

  4. Nous vivons dans le monde des comptables.

    Bien sûr que non. Si c’était le cas, l’Etat français ne serait pas en déficit depuis 40 ans — sans parler de l’Etat américain et de quelques autres. Si c’était le cas, les « anti-système » ne prétendraient pas que « la dette n’a aucune importance », qu’elle est « illégitime » et qu’on peut financer les dépenses de l’Etat gratuitement en demandant à la Banque de France d’imprimer de la fausse monnaie.

    Les bâtisseurs d’églises payaient leur artisans, et fort cher. Ils s’entendaient à se procurer les fonds nécessaires à cet effet : par le travail, les dons, les impôts, les prêts… Tout cela nécessitait une maîtrise certaine de l’art comptable.

    Lequel a été inventé au XVème siècle à Venise, et non en 1968 à la Sorbonne, selon une légende tenace.

    Au demeurant, je vois mal comment on pourrait accuser « la génération de Mai-68 » (un concept qui n’a pas davantage de réalité que « la classe ouvrière » ou « la bourgeoisie ») d’être à la fois hédoniste et passionnée de comptabilité.

    La comptabilité, c’est précisément la technique qui permet de s’assurer que l’héritage d’aujourd’hui sera transmis aux hommes de demain, et si possible enrichi et augmenté. Ca s’appelle un bilan.

    • « en demandant à la Banque de France d’imprimer de la fausse monnaie »

      La Banque de France n’a jamais imprimé de la fausse monnaie, monsieur.

      On voit bien-là quel est votre tour d’esprit vicié et vicieux !

      ***

      Ceux qui créent la valeur de la monnaie, ce doivent être les travailleurs (la valeur de leur travail augmentant celle, pré-existante, des matières premières) ainsi que les consommateurs de ces matières premières préalablement « augmentées » – consommateurs et travailleurs étant une seule et même unique chose qui s’appelle le Peuple.
      La monnaie doit être un moyen pour les peuples qui consomment et travaillent d’échanger des valeurs réelles, un moyen pour eux de prospérer, et pour les nations de se perpétuer dans leur être singulier et inestimable, d’aller de l’avant à travers l’histoire.
      La monnaie n’est pas un bien en soi. Elle n’est que le système qui permet de comptabiliser les biens.
      Vous n’aimez pas le mot « peuple » ? Mais personne ne peut s’exclure du bien des peuples, car le bien des peuples, c’est le bien de tous !

      La monnaie doit être au service de la vie, de la vie des peuples. Et non les peuples réduits en esclavage au nom de la monnaie. Car la monnaie n’est après tout qu’une abstraction, une commodité, une création au même titre que le couteau, la chaise ou le système numérique. Elle n’a pas de volonté en elle-même à nous transmettre : elle ne peut être que l’opérateur de nos volontés humaines à nous.

      Tandis que le travail, c’est-à-dire la peine de chaque jour pour chaque mortel qui n’a qu’une vie, les bouches à nourrir, les souffrances induites par les inégalités et les injustices, (le constat de l’existence des inégalités étant à l’origine de toute préoccupation politique, et la volonté de justice le fondement de tout système social quel qu’il soit)… cela, ce sont sont : « les choses réelles ».

      Aujourd’hui que nous vivons dans un monde où le régime démocratique est la norme, personne ne peut plus prétendre ne pas faire partie d’un peuple. Le banquiers eux-mêmes sont censés appartenir à des peuples. Ainsi, ils n’ont pas lieu eux-mêmes de se sentir exclus ou visés lorsqu’on parle du bien des peuples. Car les peuples, ce sont les habitants de cette planète, les peuples c’est l’Humanité. Les banquiers ne sont pas exclus de cette humanité.

      Ainsi, la monnaie n’est qu’un outil, parmi d’autres, que l’humanité a créé pour mieux vivre. Si l’on doit faire fonctionner la planche a billet pour qu’un peuple dispose de davantage de liquidités, eh bien il faut le faire. Cela n’est pas plus compliqué à la base que lorsqu’on demande si un charpentier doit utiliser plus ou moins de fil de plomb pour solidifier sa toiture. Le fil de plomb est au service de l’ouvrier. La monnaie est au service de celui qui vit. La monnaie est un moyen, elle n’est pas un but en soi ! Encore moins un Dieu !

      Mal en a pris à ceux qui Jadis ont vénéré un Veau d’Or.

  5. Ces vieillards qui voulaient « réenchanter » le monde et « interdire d’interdire » se sont tous transformés, au cours de ces décennies durant lesquelles ils ont dilapidé leur héritage et le nôtre, en des sortes de bouliers chinois dont la seule raison d’être est de compter et de compartimenter, en des petits épiciers dont le seul horizon est la ligne présentant le retour sur investissement.

    Vous tombez dans l’erreur classique de ceux qui commettent la faute d’anachronisme. S’il y a des « petits épiciers dont le seul horizon était la ligne présentant le retour sur investissement », c’étaient bien les bâtisseurs de cathédrales. Car ils pensaient réellement, concrètement acheter ainsi leur salut éternel. C’est bel et bien le « retour sur investissement » qui les motivait. Il suffit de lire les documents de l’époque pour s’en convaincre.

    En plus, ils connaissaient l’arithmétique, contrairement aux « anti-système » d’aujourd’hui qui prétendent fustiger la « logique comptable ». Il savaient que l’infini divisé par un nombre entier donne l’infini.

    Seulement, comme, aujourd’hui, les axiomes en vigueur sont ceux de l’athéisme (y compris pour les croyants), nous imaginons les motivations des hommes du passé en fonction de nos frustrations actuelles. Nous transposons les sentiments de l’époque en une espèce d’altruisme désintéressé et exempt de tout calcul. C’est une reconstruction a posteriori qui n’a rien à voir avec la réalité.

  6. Je me faisais la réflexion, qui n’a rien de bien originale je vous l’accorde, que nous ne laisserons rien aux archéologues de dans 1 000 ans.

    On peut en effet se poser la question. Mais il faut se méfier de l’effet déformant du pittoresque. Sous prétexte que ce que l’on voit des constructions du passé, ce sont les cathédrales et des maisons de maître genre Relais & Châteaux, on a tendance à s’imaginer que nos ancêtres vivaient dans des cathédrales et des maisons de maître Relais & Châteaux.

    En réalité, 99,999 % de ce que l’homme a bâti dans le passé a disparu, parce que c’était construit en boue séchée ou en bois, parce que ça a brûlé, que c’est tombé en ruines ou que ça a été détruit volontairement.

    Sans compter que les maisons étaient d’infâmes taudis.

    Je vous garantis que si vous étiez un Français ordinaire du XIIème siècle et que vous puissez voir les logements dans lesquels on habite aujourd’hui, vous donneriez n’importe quoi pour vivre au XXIème siècle.

  7. On laissera la pyramide du Louvre.
    Un archéologue cherche, un chercheur en terre de progrès rentre sans le prêt a chercher. Le vrai trésor se trouve chez les charcutiers, fromagers, cavistes…

  8. Nos ancêtres ne vivaient certainement pas dans des cases en bouse séchée, comme la visite de n’importe quel village des campagnes profondes pourra le confirmer, où l’on peut lire, sur certains linteaux de porte, des dates honorables et parfois de somptueux décors typique d’un art populaire savoureux et subtil. Ces dates apparaissent au XVIIe siècle et se généralisent au XVIIIe. Cela fait donc trois cents ans au moins que les maisons paysannes de France sont belles, et c’est bien dans la seconde moitié du XXe siècle qu’elles sont systématiquement repoussantes. Alors, bien sûr, il y a l’eau courante et l’électricité, mais je doute que nos descendants admirent les maisons Bouygues pour ce genre de raison.

    Il y a bien quelque chose de brisé depuis que l’idéologie du progrès est devenue une doctrine officielle enseignée dans les écoles. « C’était pire avant et ce sera mieux demain » semble être le mantra de l’époque, comme si BHL pouvait ne serait-ce qu’être comparé à la cheville de Descartes.

    Soyons sérieux : nous devenons cons et nous ne construisons que de la merde. Ceux qui viendront après nous ne garderont rien. C’est déjà le cas, à l’échelle d’une génération : l’espèce d' »œuvre d’art » des années 70 qui ornait mon ancien lycée a été remisée dans le nouveau à une place plus que secondaire, l’équivalent d’un placard, remplacée par une autre merde qui, dans quarante ans, quand il sera à nouveau nécessaire de tout reconstruire, sera elle-même remplacée par une troisième merde d’art contemporain qui n’intéresse personne.

    Notre aujourd’hui est d’une laideur et donc d’une tristesse effrayantes, sans doute parce qu’en effet on a laissé la place aux comptables plutôt qu’aux créateurs. Regardez nos hommes politiques, qui se sont tous mués en « économistes » de pointe au lieu de faire de la politique. Le monde appartient aux épiciers. Le 1% obligatoire en « œuvres d’art » est une mesure comptable grotesque, par exemple. Dans nos départements ruraux on fait venir des danseuses contemporaines en résidence parce que l’Europe alloue des fonds pour cela, ce qui nous vaut des séances de torture où trois paysans conseillers municipaux sont obligés de subir des spectacles affligeants en faisant semblant de trouver ça intéressant. Il y a des sous à prendre, alors on les prend, mais sans savoir comment les utiliser intelligemment (parce qu’en réalité on n’en a pas besoin; ce dont on a besoin c’est seulement d’intelligence et de travail). Si Bruxelles ou Paris nous dit d’en faire des plugs anaux, eh bien on en fait des plugs anaux.

  9. Je remercie Robert Marchenoir de réintroduire un peu de bon sens dans l’interprétation du passé. Je n’ai pas une formation de philosophe mais d’historienne, et je ne cherche pas à « rabaisser le passé », contrairement à ce que l’on me reproche. Mais je ne vois pas pourquoi les gens auraient été plus idéalistes qu’aujourd’hui.
    Sur l’esprit comptable de la religion au Moyen-âge, il suffit de lire tout ce qui concerne la fameuse « comptabilité de l’au-delà » : je paie un calice en or, je gagne 5 ans de purgatoire. Je dis un Ave, je gagne six mois. Mais c’est probablement un complot des médiévistes qui font mentir les archves parce que c’est tous des salauds à la solde de Moscou.

    Quant aux maisons paysannes… oui, certes, dans certains bleds à trois étoiles sur le Michelin vert, on voit des maisons avec 1650 gravé sur le fronton . Maintenant, demandez vous combien de baraques du XIIe siècle nous sont parvenues. Visitez aussi les rares maisons médiévales qui sont sont parvenues en ville : c’est sombre, étroit, humide… Et ça donne aussi peu envie qu’un pavillon Phénix à trou sur Banlieue.

    C’est un peu comme les gens qui nous vantent les charmes de la simplicité de la vie en Mongolie : je vous souhaite bien du plaisir à vivre « comme au Moyen-âge ». Si vous avez la chance de faire partie de la confrèrie des orfèvres (plus bourgeois et comptables, tu meurs, dans les villes du moyen-âge et d’Ancien régime), ce sera probablement une expérience formidable.

    • Une historienne comme vous devrait être capable de faire la différence entre la « comptabilité » des jours de purgatoire et ce que l’on apprend dans un BTS « compta » de nos jours.

      « Mais je ne vois pas pourquoi les gens auraient été plus idéalistes qu’aujourd’hui »
      Ah bon ? Vous ne voyez pas ?

    • « Quant aux maisons paysannes… oui, certes, dans certains bleds à trois étoiles sur le Michelin vert, on voit des maisons avec 1650 gravé sur le fronton »

      Vous êtes de mauvaise foi. Oui, les maisons paysannes datées de 1650 sont rares, mais celles qui sont datées du XVIIIe sont légion, et à peu près dans tous les villages de mon département (je les ai tous visités, figurez-vous). Surtout vous ne voyez pas le cœur du sujet : ces maisons sont infiniment plus belles que les saloperies que vous semblez vanter, et d’ailleurs elles se vendent très bien aux gens des villes qui ont du goût. Il y a même une association, « Maisons paysannes de France », qui se charge de donner des conseils de rénovation. Le jour où on montera une assoce pour préserver et restaurer dans les règles de l’art les maisons Bouygues, je vous envoie une caisse de Romanée-Conti.

      Quant aux maisons médiévales vous plaisantez, je pense. Celles qui ont été conservées sont superbes, vastes et parfaitement éclairées. Voyez à Figeac ou à Cahors par exemple, où elles sont très nombreuses (surtout XIIIe-XVe siècles). C’était d’ailleurs des maisons de riches, en pierres de taille et garnies de nombreux décors sculptés.

  10. Et enfin, si, on peut faire quelque chose de très bien, de beau et de noble, en pensant à des choses triviales. C’est le fameux paradoxe du comédien, donc pas bien neuf comme concept. Mais ça c’est encore un coup des salauds de modernes.
    (Pardon Diderot, grand admirateur des despotes, et plus conservateur tu meurs).

  11. On se demande pourquoi les touristes visitent le centre historique de Troyes (par ex.) ou les villages médiévaux qui sont nombreux en France, si cela n’a pas d’intérêt. Pas sûr qu’une ville entièrement construite en maisons Phénix ait autant de succès.

    Les maisons neuves sont certes confortables mais elles ne sont pas faites pour durer. Très peu sont construites dans des matériaux solides qui traversent le temps. En 50 ans, elles sont déjà obsolètes et il faut tout refaire. C’est bien joli le progrès mais ça se périme très vite. La faute à l’obsolescence programmée.

  12. Mais alors, où est passé le Paris médiéval si solide et si fabuleux ? on visite Troyes ou Carcassonne justement parce que c’est exceptionnel…

    • Quelques petites rues permettent un savoureux voyage dans le temps.
      Une anecdote drôle sur le moyen-âge, c’est d’imaginer qu’il y avait des maisons sur la place du parvis de Notre Dame. Il y aurait eu un espace d’a peine 2 mètres entre la porte f´entree de l’habitant et la façade de Notre Dame.
      Vous ouvriez votre porte et vous tombiez nez à nez avec Notre Dame.

  13. Mais alors, où est passé le Paris médiéval si solide et si fabuleux ?

    Vous n’avez pas lu Métronome de Lorànt Deutsch ? Il vous fait visiter le Paris médiéval. Du moins ce qu’il en reste.

  14. Ecoutez, j’aime beaucoup Lorànt Deutsch, mais son Métronome est une rêverie sur le Paris médiéval, et pas un guide historique. Soyons sérieux deux minutes. A part Notre-Dame de Paris et quelques maisons dans le Marais, il n’y a plus de maisons habitables à Paris datant du Moyen-âge. Le fait d’appeler une station de métro « Temple » ou « Cluny » n’y changera rien.

  15. Je vais paraître moyennâgeusement misogyne… Mais heureusement, heureusement que tout ce qu’on a bâti en Occident, on ne l’a pas bâti uniquement pour le petit confort de bobonne.

    Soyons sérieux… être au chaud, avoir l’eau courante, des surgelés plein de frigo… est-ce cela, tout ce qu’on doit, tout qu’on peut, espérer de la vie ?

    Je vais citer Anne Sylvestre :

    « Délivrez-nous du pire
    Et gardez le meilleur »

    • Eh bien, je préfère mon chauffage, mon frigo plein, et l’hôpital Necker, à une époque où la mortalité infantile fauchait un tiers voire la moitié des enfants avant leur premier anniversaire. Evidemment que le Moyen-âge ou l’époque moderne n’était pas l’enfer, je ne suis pas complètement conne non plus, je vous rappelle que l’histoire est mon métier. Mais vous n’expliquez pas (et vous ne pourrez pas expliquer : avec quelles sources ? quelle méthode ?) pourquoi les gens auraient été plus heureux, plus idéalistes, meilleurs que nous. Ils n’étaient ni pires ni meilleurs, ils étaient, cela suffit déjà amplement.

      • Les romantiques comme Michelet ou Hugo n’étaient peut-être pas en mesure de justifier « scientifiquement » leur nostalgie du moyen-âge, et peut-être bien que leurs impressions étaient des impressions fausses causées par toutes sortes d’hormones sur leurs cerveaux.

        Mais, quant à moi, je préfèrerais à tout prendre, qu’on me donne à voir le monde par les yeux d’Hugo ou de Michelet, plutôt qu’à travers ceux de nos contemporains qui vous ressemblent en ce qu’ils n’osent s’autoriser eux-mêmes à recevoir des impressions, à dire qu’ils ont un cœur et une âme, à développer la nostalgie de leur patrie perdue, bref ceux qui comme vous n’osent plus s’autoriser à penser.

  16. Oh et puis mince, je tisse ma toile, je m’étale, je prends trop de place, et tant pis !

  17. Une contribution au débat :

    « (Au 12ème siècle) L’autre classe présentait un spectacle opposé. Là se rencontrait avec un loisir héréditaire l’usage habituel et assuré d’un grand superflu. Je suis loin de croire cependant qu’au sein même de cette classe privilégiée la recherche des jouissances de la vie fut poussée aussi loin qu’on le suppose généralement. Le luxe peut facilement exister au sein d’une nation encore à moitié barbare, mais non l’aisance. L’aisance suppose une classe nombreuse dont tous les membres s’occupent simultanément à rendre la vie plus douce et plus aisée. Or, dans les temps dont je parle, le nombre de ceux que le soin de vivre ne préoccupait pas uniquement était très petit. L’existence de ces derniers était brillante, fastueuse, mais non commode. On mangeait avec ses doigts dans des plats d’argent ou d’acier ciselé ; les habits étaient couverts d’hermine et d’or et le linge était inconnu ; on logeait dans des palais dont l’humidité couvrait les murs, et l’on s’asseyait sur des sièges de bois richement sculptés près d’immenses foyers où se consumaient des arbres entiers sans répandre la chaleur autour d’eux. Je suis convaincu qu’il n’est pas aujourd’hui de ville de province dont les habitants aisés ne réunissent dans leur demeure plus de véritables commodités de la vie et ne trouvent plus de facilité à satisfaire les mille besoins que la civilisation fait naitre, que le plus orgueilleux baron du Moyen-Age. »

    • A propos de l’incommodité de la vie princière moyennâgeuse (Brassens la chante aussi, dans son album des Chansons de sa Jeunesse) :

      [Encore une chanson qui amuse les enfants… c’est que je pense au petit de l’Amiral, moi. ^^]

  18. « Autrefois, il y a cinquante ans à peine, la nuit ou, si on veut, les ténèbres du Moyen âge étaient rigoureusement exigées dans les examens. Un jeune bourgeois qui aurait douté de l’opacité de ces ténèbres n’aurait pas trouvé à se marier.

    Aujourd’hui, grâce à l’art industriel propagé par les cabarets chanteurs, la société bourgeoise, déjà si ragoûtante, est devenue moyenâgeuse. Elle a des vitraux en culs de bouteilles, des stalles, des huches, des tapisseries, des crédences, de la faïence et du fer forgé. Tout cela sans ruine ni douleur. Un patron de bazar qui n’est pas une brute doit pouvoir improviser une collection Du Sommerard en vingt-quatre heures. Désormais la Lampisterie et la Confection ont de quoi répondre aux artistes. On ne la leur fait plus. Elles la connaissent dans tous les coins.

    Il est vrai que cet unique bec de gaz étant allumé, la fameuse nuit continue. Accordons l’art, cet art-là, bien entendu, puisqu’on y tient et que cela fait aller le commerce. Mais à cela près, comment refuser les ténèbres à une époque où tout le monde croyait en Dieu ? »

    http://fr.wikisource.org/wiki/Exégèse_des_Lieux_Communs/127

  19. Très bien, j’apprends qu’outre le fait de ne pas savoir penser, c’est un crime que de demander une justification scientifique à des assertions pseudo-historiques. Pardon de demander un peu de rigueur dans le fatras philosophesque que madame Adler étale. Si penser c’est se contenter d’aligner les citations, merci bien. Vous n’avez toujours pas répondu à ma question, par ailleurs : comment prouvez-vous, historiquement, que les gens du Moyen-âge étaient plus heureux que nous ?

    Enfin, j’apprends que Michelet n’avait pas de méthode scientifique. C’est assez amusant, en fait.

  20. C’est mignon de botter en touche. Mais vous n’avez toujours pas répondu à ma question.

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