Archives quotidiennes : 11 décembre 2014

Joie ou bonheur choisissez votre camp

Un des mirages modernes les plus dévastateurs de toute unité sociale est très clairement celui du bonheur. Par un mélange de freudisme de poche et de moraline savamment touillés, on ne parle plus que de ça. Le bonheur doit être absolu et partout, tout englober et tout détruire. C’est le projet le plus prométhéen de l’histoire de l’humanité.

Sans bonheur, qui en 2014 est devenu « être épanoui » (personne ne sait ce que ça veut dire d’ailleurs), avoir un frigo bien rempli, une belle télé allumée en permanence, les vacances à la mer, des mômes obèses, une bonne femme/mari et une maitresse/amant, ses 3 orgasmes misérables par semaines et du shopping partout tout le temps, prendre soin de son corps mais sans faire d’effort, sans bonheur donc on n’est qu’une merde.

Il me semble, mais je ne suis pas tout à fait un philosophe, que cette notion de bonheur a remplacé celle de joie. On peut être dans la joie sans être complet, je ne crois pas qu’on puisse nager dans le bonheur sans l’être. Le bonheur c’est la satisfaction des désirs qui aujourd’hui sont infinis et en permanence excités par les bombardements pubesques. La joie est au contraire liée à la création et à l’action.

Bref, le bonheur marketé tel que celui que nous sommes sommés d’atteindre tue la joie à petit feu. Ce qui explique que le bonheur n’ait jamais été aussi omniprésent et que le monde soit pourtant si triste. Tout cet amour étrangle. Nous sommes les enfants d’un monde atteint d’un syndrome de Münchhausen par procuration. Il serait temps que nous apprenions à nous défendre.

Enfin bon, partant du principe qu’il est préférable de rire avec Démocrite que de pleurer avec Héraclite, je propose de s’esclaffer à la face de ce bonheur en plastique et de ceux qui lui courent après au risque de briser tout ce qui aurait pu faire leur joie.