Joie ou bonheur choisissez votre camp

Un des mirages modernes les plus dévastateurs de toute unité sociale est très clairement celui du bonheur. Par un mélange de freudisme de poche et de moraline savamment touillés, on ne parle plus que de ça. Le bonheur doit être absolu et partout, tout englober et tout détruire. C’est le projet le plus prométhéen de l’histoire de l’humanité.

Sans bonheur, qui en 2014 est devenu « être épanoui » (personne ne sait ce que ça veut dire d’ailleurs), avoir un frigo bien rempli, une belle télé allumée en permanence, les vacances à la mer, des mômes obèses, une bonne femme/mari et une maitresse/amant, ses 3 orgasmes misérables par semaines et du shopping partout tout le temps, prendre soin de son corps mais sans faire d’effort, sans bonheur donc on n’est qu’une merde.

Il me semble, mais je ne suis pas tout à fait un philosophe, que cette notion de bonheur a remplacé celle de joie. On peut être dans la joie sans être complet, je ne crois pas qu’on puisse nager dans le bonheur sans l’être. Le bonheur c’est la satisfaction des désirs qui aujourd’hui sont infinis et en permanence excités par les bombardements pubesques. La joie est au contraire liée à la création et à l’action.

Bref, le bonheur marketé tel que celui que nous sommes sommés d’atteindre tue la joie à petit feu. Ce qui explique que le bonheur n’ait jamais été aussi omniprésent et que le monde soit pourtant si triste. Tout cet amour étrangle. Nous sommes les enfants d’un monde atteint d’un syndrome de Münchhausen par procuration. Il serait temps que nous apprenions à nous défendre.

Enfin bon, partant du principe qu’il est préférable de rire avec Démocrite que de pleurer avec Héraclite, je propose de s’esclaffer à la face de ce bonheur en plastique et de ceux qui lui courent après au risque de briser tout ce qui aurait pu faire leur joie.

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13 réponses à “Joie ou bonheur choisissez votre camp

  1. Bonne question, le bonheur a t-il un modèle philosophique? est-il un concept qui tient la route, une fois sorti du matraquage marketing (passque je le vaux bien, moi je, liberté)?
    Parce qu’à moins de le ramener à notre nombril et à une petite satisfaction personnelle (comme le bonheur après une masturbation qualifiée, ou le plaisir de détester son prochain) il ne semble pas correspondre à autre chose que ce que l’on nommait auparavant « les plaisirs simples ».

    Ce dessin de Holcroft, pour illustrer une partie de vos propos:

  2. Tout à fait d’accord. Le bonheur, précisément, est la plénitude de l’être, ce qui ne peut se faire ici bas. Le succédané de bonheur dont on nous rebat les oreilles est une tentative d’arriver à la plénitude de l’être par l’accumulation des possessions, ce qui ne peut manquer d’échouer.

  3. J’ai atteint la plénitude de l’être avec votre nouvelle bannière.
    Et le koala n’y est pour rien !!!
    Bien que j’apprécie fortement ceux manipulant le tesson de bouteille ou la catapulte.

    Bon, sinon, totalement d’accord avec vous et les précédents commentateurs. L’illustration est terrible !

  4. On confond bien souvent le bonheur et la jouissance. Ça rejoint ce que vous dites.
    « Le plaisir se ramasse, le bonheur se cueille ».

  5. Quoi? Vous refusez d’apprendre vos leçons de bonheur forcé? Vous n’aimez pas l’école du parfait consommateur heureux?
    La somme des verres de rouge certains soirs, qui font mon bonheur, ne m’est jamais dictée par une image. C’est interdit par la loi. Je m’en porte pas plus mal.

    À la bonne heure!

  6. Sur le freudisme vous faites une erreur, car c’est justement parce que toute son œuvre n’est que réfutation de ce qui est devenu la tyrannie du bonheur, et qu’il voit dans la condition humaine Bon et Mauvais jamais l’un sans l’autre, que les tenants du « marché du bien-être » s’emploient à éliminer le discours de la psychanalyse.
    Le thème de la Joie : tout le questionnement du psychanalyste Ignacio Garate Martinez tourne autour des thèmes de la position filiale, l’énigme de l’amour et la plénitude subjective de la Joie.

  7. Question de mots comme toujours.

  8. TRAVAILLER….CON-SOMMER…..MOURIR ….!!!! VIVRE C’EST POUR QUAND MERDE ALORS!!???

  9. pour les trois orgasmes misérables par semaine, rassurez vous, d’autres s’en contenteraient

    • D’accord avec Kobus, ça nous fait tout de même 156 orgasmes par an, tout de même, seule la régularité finit par payer.
      Sinon, donner du bonheur à une fille de joie…

      • Ou danser sur du Herbert Léonard, avec en Robert en slip et des lévriers afghans, sur des musiques érotiques, tout de même (euh… pardon, me suis encore égaré sous un de vos commentaires).

  10. J’ai choisi la joie depuis longtemps. C’est-à-dire ce mouvement qui donne un relief presque enchanté et en tout les cas habilement esthétique à notre quotidien. Le bonheur ? Une idée marketing.

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