Archives quotidiennes : 29 décembre 2016

Jacqueline ensauvage la société

Il y a quelque chose d’assez rigolo dans la lecture des réactions suite à la grâce présidentielle pour Jacqueline Sauvage. Cette bonne dame qui arrive selon certains à se retrouver en légitime défense sans qu’aucun des critères d’icelle ne soit présent. Les cœurs meurtris, et ceux qui veulent se faire passer pour des humanistes, clament que justice a enfin été rendue. Ceux qui font profession d’être raisonnables crient au scandale absolu, alors qu’en général les mêmes expliquent en long, en large et en travers les sévices qu’ils feraient subir à quiconque toucherait l’un des cheveux d’un de leurs êtres aimés ou prennent fait et cause pour tel ou tel patron de bar ayant abattu un braqueur dans le dos.

Bref, tout le monde est bien à sa place, au chaud dans sa case où il peut reconnaitre ses semblables. C’est rassurant et c’est douillet.

Bien entendu, pas un pour dire ce qui pourtant saute aux yeux: tout cela est du divertissement. Il s’agit presque d’un cas d’école. Un plouc zigouille un autre plouc. Pour une raison indéchiffrable, quelques célébrités dont personne n’a entendu parler se saisissent du fait divers. Les journalistes relaient parce que c’est la marée basse en termes d’information ce jour-là et hop, on a un grand débat national entre la poire et le fromage. De quoi animer votre soirée du 31 entre deux coupes de roteuse et trois postillons de calendos.

Pendant ce temps, on a des centaines de viols et d’homicides en France, mais on n’en parle pas. Des quartiers entiers où la Force Publique ne peut plus foutre les pieds. Un niveau d’instruction de plus en plus inquiétant. Ils ne jouissent pas du bon angle, du coupable assez « bankable » et en gros tout le monde s’en tamponne le coquillard avec une queue de cerise. Nous sommes devenus des chiens de Pavlov, réagissant au bruit de clochette.

Je ne sais pas s’il y a de quoi être ben fier… Mais ça fait passer le temps et ça vend du papier jusqu’au prochain attentat ou l’arrivée de l’homme providentiel, ou un chaos encore un peu plus sombre. Le voyage au bout de la nuit, c’est vraiment nous qui le faisons.