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Les cavaliers de l’apocalypse sonnent à sa porte et il monte le son de sa télé (XX)

Quelques semaines plus tard les bâtiments écroulés étaient toujours un tas fumant. Une bonne partie de la ville était en proie aux flammes. De toutes façons elle avait globalement été désertée. Le gouvernement s’était évanoui dans la nuit et le brouillard de la violence, et les cadavres des politiciens qui n’avaient pas eu le temps de fuir se corrompaient lentement, et pour la dernière fois, empalés sur les grilles de l’assemblée. Les organismes internationaux avaient envoyés des troupes pour tenter de mettre fin aux massacres qui prenaient place dans cette vieille démocratie. Le monde entier en était resté comme 2 ronds de flan que des civilisés se comportent d’une manière aussi sauvage.

Il fallait bien reconnaitre que l’autre avait effectivement retiré la muselière des citoyens et que, sous le vernis, la bête sauvage était à l’affut.

Tout le monde avait été pris de court. On s’attendait à une guerre de classes sociales, ou éventuellement ethnique. Personne ne pensait que les gens allaient se regrouper en clans autonomes et dépecer le pays en petites parcelles. La parenthèse démocratique et centralisée était refermée. La féodalité s’était réinstallée dans certains endroits alors que dans d’autres des communautés anarchisantes, à la tête desquelles régnait, en général sans partage, des brutes avinées dont le mandat durait jusqu’à son assassinat par une faction promettant la vraie liberté pour ce coup-ci. Le vieux pays s’était transformé en une espèce de mélange de citées grecques, de baronnies moyenâgeuses et de théocraties proche-orientales qui soit voulaient vivre en paix selon des valeurs partagées soit voulaient détruire ceux d’à coté pour des raison allant de la captation de richesses supposées à la conversion forcée pour la gloire d’x, y ou z.

Il n’y avait pas eu de sauveur ou de grand rassembleur. Le peuple du pays était devenu trop disparate dans ses aspirations et ses origines. Personne ne pouvait plus les représenter comme un peuple. Il n’y avait plus de liant entre les factions. L’application méthodique et obsessionnelle des théories de l’époque par les différents malfaisants en charge des enfants avant la guerre avait réussi à détruire en quelques générations ce que l’histoire avait créé en un millénaire et demi. D’ailleurs ils furent traqués et abattu dans la plupart des enclaves indépendantes.

A la fin il n’y eu plus rien ou presque. Privés de leur modernisme et de leurs produits sous plastique, une grande partie de la population fut rapidement éradiquée par la famine et les épidémies qui suivirent. Les pays limitrophes commencèrent à s’annexer les anciens territoires, liquidant au passage les anciens habitants récalcitrants pendant que les organisations humanitaires regardaient de l’autre coté. Le nom même du pays fut graduellement effacé des mémoires.

Alors le vieil homme arrêta son récit et regarda son arrière petit-fils dans les yeux.
« – Je suis un des derniers survivants de cette époque et avec moi risque de mourir définitivement une histoire qui a existé. Je n’ai plus le droit de parler ma langue qui a été interdite car considérée comme séditieuse par nos nouveaux maitres, plus le droit de raconter mon histoire parce qu’elle est considérée comme offensante et polémique par certaines victimes autoproclamées nées des décennies après les faits. Je suis devenu un étranger dans mon pays. Mais toi tu portes encore en toi les gènes de ce peuple et de cette histoire. Il m’a semblé nécessaire que tu sois mis au courant. »
Le jeune homme comprit alors pourquoi son aïeul avait toujours l’air si triste.
« – Tu as une morale à cette histoire Grand Papa ?
– Ubi solitudinem faciunt pacem appellant. »

Et sur ses mots, le vieil homme rendit son dernier souffle.

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Bon ben voila c’est enfin fini. Vous pourrez retrouver l’histoire dans son integralite sur fiction.
J’espere que vous avez pris un peu de plaisir a lire tout ca. Peut etre que j’en ecrirais une autre, sans doute plus legere, prochainement.

Les cavaliers de l’apocalypse sonnent à sa porte et il monte le son de sa télé (XIX)

L’autre fit taire la foule d’un signe de main et il ajouta que s’il lui arrivait la moindre chose les otages seraient immédiatement exécutés. Une fois de plus il avait été très ingénieux. Un capteur était posé sur sa poitrine. Ce capteur envoyait un signal à des boitiers détonateurs qui étaient en la possession de ses hommes. Si son cœur arrêtait de battre, alors ils avaient fait le serment de déclencher les charges qui feraient sauter les immeubles dans lesquels les otages étaient.

Le vieux flic était de nouveau dans une situation assez complexe. S’il lui logeait une balle dans le crane là tout de suite, une centaine de personnes allaient mourir et il se ferait sans soute lyncher, ce qui était encore plus ennuyeux. S’il ne le faisait, pas la moitie de la ville allait se retrouver à feu et à sang et l’autre serait rasée quand le gouvernement déciderait de reprendre la situation en main.

Bref la situation était plus poisseuse qu’une mouche tombée dans un pot de miel liquide ou, comme il aimait a le dire, que la bite d’un pédophile voulant la faire passer pour une sucette au caramel.

L’autre se retourna vers lui et comme s’il avait été capable de lire dans les pensées du vieux flic lui dit : « Situation compliquée n’est-ce pas ? Mourir en héros ou vivre sans pouvoir vous regarder dans la glace… Et même pas pour forcement très longtemps en plus ! L’espoir est vraiment une sacrée saleté pour les gens qui ont un code moral… Ca les empêche d’agir vraiment vu qu’il existe toujours une petite chance de pouvoir sauver sa peau »

Le vieux flic le regarda longuement de ses yeux lourds aux coins tombants. Il s’alluma une cigarette, la main tremblant un peu. Il inspira profondément la fumée bleutée et l’expira par les narines, souriant vaguement en se remémorant que quand il faisait ca dans sa jeunesse il avait toujours l’impression d’être un dragon. Alors qu’il était perdu dans ses réflexions sur les changements mentaux qui s’opèrent dans chaque homme au fur et à mesure que l’âge avance et sur le fait qu’on est définitivement vieux quand on a plus d’imagination, le vieux flic senti une secousse et entendit un coup de feu incroyablement proche. Ses yeux suivirent alors la ligne de son bras en partant de son épaule, puis de la cassure de son coude pour arriver à sa main tenant son arme fumante et enfin 3 mètres plus loin l’autre en train de s’écrouler touché d’une balle en pleine gorge. Le silence qui suivit, en particulier après le vacarme étourdissant de ces dernières heures lui donna presque le vertige. Le vieux flic pouvait distinctement entendre les gargouillis venant de la gorge de l’autre d’où des bulles de sang éclataient. Puis il y eut comme un grondement sourd venant de la foule suivit à peine quelque secondes après des premières déflagrations. 5 immeubles s’écroulèrent, écrabouillant sous leur masse les otages encore vivants.

La foule se rua à l’intérieur de la mairie, courant dans les escaliers, piétinant ceux qui tombaient, prise d’une rage folle et de l’envie unanimement partagée de démembrer le vieux flic qui lui était encore tout étonné que son corps ait parlé une dernière fois à la place de son cerveau, comme quand les choses étaient simples et avaient encore un sens. L’air se remplissait doucement de la poussière des immeubles écroulés, ce qui faisait un filtre très poétique aux rayons du soleil. Un peu comme dans une forêt en automne. Il se disait qu’il regrettait que sa vie n’ait pas eu plus de sens, de l’avoir passé dans l’air asphyxiant de la ville. Il se demandait pourquoi et comment il avait supporté tant de frustrations pour rien au final. Puis il se souvint de pourquoi il était rentré dans la police. A l’époque il savait que le bien et le mal existait. Il savait qu’il fallait combattre le mal. Puis cette conviction avait été émoussée par la vie pour finalement disparaitre presque complètement. Il était heureux de l’avoir retrouvé cette conviction fondamentale qui différencie l’homme de l’animal.

Le vieux flic en était à ces considérations quand la foule débarqua dans la pièce ou il se tenait.

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Ceci est l’avant dernier chapitre de cette nouvelle.
Les autres parties sont dans fiction.

Les cavaliers de l’apocalypse sonnent à sa porte et il monte le son de sa télé (XVIII)

Bien entendu le vieux flic avait un plan, ou du moins une vague idée de ce qu’il voulait faire en rejoignant le groupe du CABEV. Il avait beau ne pas se faire d’illusion et ne pas se prendre pour Rambo ou Dirty Harry, il savait que le seul moyen de désamorcer la fin de ce monde qu’il n’aimait pas était de tuer ce qu’il comprenait n’être qu’un symptôme et pas le mal lui-même. La subtilité était bien entendu de réussir à faire ça tout en vivant suffisamment longtemps pour en profiter.

Le vieux flic aurait pu le tuer dans le commissariat. Dans l’ambiance générale cela n’aurait pas pose de problème. Mais ca n’aurait servi à rien. Pour calmer le jeu et sauver ce qui pouvait encore l’être, le vieux flic devait organiser une exécution publique, se servir de lui comme de l’agneau sacrificiel le plus tordu et pervers de l’histoire. Voilà longtemps que plus rien ne pouvait être sauvé par l’innocence, et puis de toutes façons, trouver des innocents en ces temps là était impossible. L’équation était donc simple, il lui fallait rameuter un maximum de gens, sans se faire canarder de trop près par les civils, les militaires ou les flics, buter l’autre et survivre à l’ire du CABEV. Sur le papier c’était du nanan.

Le premier problème avait donc été de sortir du commissariat dans le feutré, histoire de ne pas se faire repérer. Le vieux flic ne pouvait compter que sur lui-même, d’ailleurs sa dernière femme l’avait lourdé en lui reprochant d’être le dernier homme dans un monde qui ne voulait plus que de la douceur androgyne, et elle y croyait cette conne. Heureusement, comme la plupart des flics se planquaient, retranchés dans les sous-sols façon juifs sous l’occup’, sortir discrètement n’avait pas posé trop de problèmes. Les civils ne savaient pas qu’une des issues de secours donnait dans une ruelle à plus de 300 mètres du bâtiment principal. Maintenant il devait attirer l’attention sur lui, mais en douceur. Manque de bol, les premiers à les retrouver furent les chimpanzes de l’autre. Le vieux flic dut se résoudre à les suivre en attendant la bonne occasion. L’autre le présenta comme « son homme de l’intérieur ». Fallait bien reconnaitre qu’il ne manquait ni de sang-froid ni d’imagination, ce qui faisait de lui un enculé d’élite. Une lueur terrifiante passa dans les yeux de l’autre quand un de ses hommes lui mit en main un Smith et Wesson antédiluvien qui avait du servir sur un ranch ou dans un saloon 120 ou 130 années auparavant. Le vieux flic lui demanda pourquoi il utilisait une telle pétoire et il lui répondit que les armes modernes balançaient des bastos bien trop rapides pour faire des dégâts amusants.

Ce qui se passa ensuite devint assez flou pour le vieux flic, le cerveau humain ayant du mal à gérer trop d’adrénaline et la mémoire en même temps. Ils se lancèrent dans la rue, tirant sur tout ce qui bougeait. Le vieux flic ne comprenait pas quel était le but de la manœuvre avant de réaliser qu’ils étaient en train de se frayer un chemin vers la mairie. Ils couraient, tiraient, entendaient les balles siffler. Certains tombaient pour ne pas se relever, d’autres pour aller crever comme des rats en se tenant les tripes ou ce qui leur restait de visage dans des ruelles sombres ou ils croyaient se faire envelopper par la lumière la plus froide du monde.

Par un mécanisme d’une simplicité sublime, les civils avaient commencé à leur emboiter le pas, tous convergeaient maintenant vers le symbole du pouvoir. Les véhicules de l’armée postés devant furent rapidement anéantis pour une bonne moitié, l’autre ayant trouvé bien plus sage de prendre la poudre d’escampette et de laisser tout un chacun se demerder avec les moyens du bord. Le vieux flic suivi l’autre dans les couloirs de la mairie et ne put rien faire pour empêcher la chute du maire depuis la fenêtre de son bureau. Ca il s’en foutait un peu mais il aurait aimé empêcher le bruit de l’impact, mélange de chairs s’écrasant et d’os se brisant, cela lui avait envoyé un frisson très déplaisant le long de la colonne vertébrale.

L’autre se mit alors a la fenêtre et faisant face à la foule leur dit simplement que les otages seraient libérés si tous lui juraient allégeance. Et le vieux flic comprit, l’autre n’aurait pas le pouvoir dans la ville plus de quelques jours maximum, mais il l’aurait vraiment.

Le vieux flic rechargea son arme sans empressement.

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le reste dans fiction as usual.

Les cavaliers de l’apocalypse sonnent à sa porte et il monte le son de sa télé (XVII)

Les pavés continuaient à tomber drus sur les vitres grillagées du commissariat. Les cris retentissaient toujours à l’extérieur. Des flics erraient dans les couloirs, le visage contusionné, les épaules disloquées, boitant bas, l’air effaré et terrifié du kangourou prit dans les phares d’un « road-train » de plusieurs dizaines de tonnes. La fascination macabre pour la mort qui cesse de roder et qui se présente à vous tout naturellement : « Bonjour, je suis la camarde et vous êtes déjà mort. Je vous conseille de ne pas trop vous débattre, ce sera moins douloureux ».

Mais déjà, les civils commençaient à s’organiser. Les cités que tous considéraient comme étant les quartiers généraux du CABEV (Comite d’André Breton En Vrai, faut suivre chers lecteurs…) étaient mises à sac méthodiquement dans l’espoir de retrouver des otages. Tous les habitants de ces « quartiers », comme les dénommaient les journalistes dans leur novlangue naturelle, se terraient chez eux. Ceux qui étaient surpris dans des caves se faisaient littéralement écharpés. Les foules en colère sont souvent aveugles, pas cruelles, juste folles.

Les otages qui avaient le malheur d’êtres découverts par un groupe qui ne les cherchaient pas étaient battus à mort dans l’espoir de garder en vie celui dont la vie importait plus au groupe en question. Bien entendu cela dégénéra assez vite et les rues de la ville se transformèrent rapidement en champs de batailles. Les civils se jetaient dans des mêlées confuses ou tous tapaient sur tous. A coups de tesson de bouteille, de pelles, de manches de pioches avec l’enthousiasme de ceux qui entendent des os craquer sous leurs coups pour la première fois.

Les flics se carapataient tous et refusaient de sortir de leurs antres hautement sécurisées. Le gouvernement hésitait à envoyer l’armée contre ses propres citoyens. Pourtant il allait devoir s’y résoudre rapidement s’il voulait qu’il en reste des citoyens… Le temps passait et certains s’étaient découvert en quelques heures des âmes de généraux, de stratèges ou plus prosaïquement un gout du sang qu’ils ne s’étaient jamais soupçonnés. Comme ce fameux comptable qui devint célèbre après avoir passé une vie austère et morne dans des bureaux gris et dont la seule extravagance jusque là avait été de se palucher tristement devant des sites pornos zoophiles. Ce comptable, ayant ingénieusement redécouvert l’efficacité et la simplicité du fléau, fracassa une dizaine de jambes à la recherche de sa fille avant de se faire décapiter par le jardinier amoureux de la nature et surtout de sa femme elle aussi otage. Le jardinier lui, inspiré par les films d’horreur qu’il regardait dans sa jeunesse en caressant le doux rêve de devenir Romero, s’était construit vite fait un engin mortel à base de lames de tondeuse à gazon montées sur un coupe-bordures. En fait cet engin de destruction localisé avait été monté un peu trop rapidement et le jardinier succomba à ses blessures quand une des lames se détacha à grande vitesse et vint lui scalper le haut du crane le faisant tomber à la renverse et répandant son cerveau sur ce bitume qu’il détestait tant.

Toute la ville bruissait de ces histoires, et de nombreuses autres, alors que dans les rues coulaient des rivières de sang que même Enoch Powell n’avait pas envisagé. La muselière de l’Homme avait été retirée et le chaos s’installait.

Quand enfin le gouvernement envoya l’armée, il était déjà trop tard et les groupes qui quelques instants auparavant se battaient entre eux se retournèrent contre les hommes en verts comme un seul corps. Ils voulaient sauver leurs femmes, leurs frères, leurs enfants et cet état qui n’avait pas été capable d’agir pour les protéger n’avait pas plus de légitimité à leurs yeux que le CABEV. Les militaires reçurent l’ordre de commencer à tirer à balles réelles sur la foule devant l’ampleur des pertes dans leurs rangs.

Ce fut le signal de départ de la guerre civile.

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Comme toujours le debut est dans fiction.

Les cavaliers de l’apocalypse sonnent à sa porte et il monte le son de sa télé (XVI)

Le vieux flic entra dans la salle d’interrogatoire. Il n’avait aucune idée de comment mener sa barque. Son expérience lui permettait de voir du premier coup d’œil si un mec était dingue et le zigue en face de lui ne l’était pas. Il contrôlait parfaitement la situation.

« – Comment vous appelez vous, demanda le vieux flic.
-Vous pouvez m’appelez Alice si ça vous chante. Ca ne changera rien à ce qui va vous tombez sur le coin de la gueule d’ici pas longtemps.
-Ecoutez, soupira le vieux flic, ça ne m’amuses pas tellement plus que vous d’être enfermé ici. Y’a une procédure à suivre alors soyez gentil et dites moi votre nom, votre adresse et tous ces détails navrants qu’on puisse rentrer dans le dur.
-Mon nom et mon adresse ? Comme vous l’avez fort justement noté, cela n’a aucune espèce d’importance. Je suis le chaos, le semeur d’apocalypse, la huitième plaie d’Egypte… »

Le vieux flic le coupa d’une grande et lourde baffe en travers du visage. Tous deux en furent étonnés. Le vieux flic d’avoir retrouvé d’anciens reflexes consciencieusement enfouis sous un vernis moderne et l’autre d’avoir senti sa lèvre supérieure exploser contre ses incisives.

« – Bon, on va reprendre sur de meilleurs bases, dit le vieux flic. Je sais que vous n’êtes pas fou. Je sais que vous avez planifié tout ça. Mais ça vous le savez aussi. Une information que vous n’avez cependant pas est que je suis un vestige d’une époque révolue. Je ne suis pas impressionné par votre demi-romantisme de nullard, je n’ai pas vraiment intégré toutes les nouvelles procédures. Bref, ça ne sert à rien de jouer au con avec moi, à part éventuellement à sortir d’ici au mieux en morceaux, au pire mort. »

Il jaugea le vieux flic. Le pas si vieil homme était clairement robuste. Pas musclé façon androgyne efféminé moderne tout en muscles potelés et inutiles. On pouvait sentir sous les fringues élimées les bras encore puissants, le large dos de lutteur, les jambes noueuses comme des troncs. Aucune subtilité, aucune souplesse, mais une résilience physique un peu inquiétante. Il savait que dans un mano à mano il avait toutes ses chances, surtout vu son entrainement récent, mais d’une il n’était pas la pour ça, et de deux, un mauvais coup pouvait toujours arriver face à un professionnel et il comptait bien assister à son propre succès.

« – Voila ce que je vous propose, dit-il au vieux flic tout en sentant couler du sang depuis sa lèvre fendue jusque dans son cou, je vous explique le pourquoi du comment, et on verra pour le nom plus tard, ok ?
-Bon, je veux bien commencer comme ça, après tout votre nom je m’en contrecarre.
-Alors je commence par ou ?
-Pourquoi vous êtres mis à tuer ?
-Je vous répondrais bien par « esthétisme », mais je sens que je m’en reprendrais une, et très franchement je n’apprécie de me faire frapper que par des femmes que je paie.
Les deux hommes sourirent franchement.
-Non, en fait je me suis mis à tuer pour une raison des plus simples. Je me suis juste dit : pourquoi pas ? Vous voyez, au départ j’avais besoin d’assouvir une rage inouïe. Puis cette boule de lumière d’un blanc vif s’est muée en quelque chose d’autre. En un sentiment de puissance. Et puis faut bien reconnaitre que je suis doué, alors j’ai persévéré. Ma grand-mère disait toujours que dans la vie il faut faire ce pour quoi on est doué. Finalement, j’ai ramassé ce que tous croyaient êtres des débris, et j’en ai fait une armée de guérilla opérationnelle et sans-pitié. Et d’ici quelques jours je vais prendre le pouvoir. »

Le vieux flic mis 2 cigarettes dans sa bouche, craqua une allumette cowboy sur un pied de la table et alluma les 2 cigarettes. Il en mit une dans la bouche du « prévenu » et fuma la sienne en silence. Puis il reprit la parole.

« – Puis-je me joindre à vous et à votre équipe? »

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Le debut dans fiction.

Les cavaliers de l’apocalypse sonnent à sa porte et il monte le son de sa télé (XV)

Le vieux flic fut surpris par le boucan qui envahit soudain le commissariat. Il avait passé ces dernières heures perdu dans ses pensées. Depuis que les choses s’étaient durcies avec l’autre malade, et que tous les jeunes loups de la PJ avaient été ridiculisés les uns après les autres, il avait finit par récupérer le bébé. Un rond de cuir avait eu l’idée lumineuse de lui refiler le dossier. Pas du tout pour ses compétences mais bien plutôt parce qu’il était le fusible idéal. S’il merdait sa carrière ne serait pas foutue, il n’aurait qu’à prendre sa retraite avec une demi-solde pour avoir gravement failli à sa mission. Bref, soit il réglait cette saloperie gluante, soit il l’avait dans le baba jusqu’à la gorge.

En fait c’était bien plus que du boucan, c’était une mini-émeute. Les flics gueulaient dans tous les sens et étaient en train de barricader le commissariat. « Mais il se passe quoi bordel de pine à queue », se demanda le vieux flic. Il sortit de son bureau pour tomber nez à nez avec le visage du fou furieux qu’il avait pu voir sur les caméras de contrôle et qui mettait le pays à feu et à sang depuis des semaines. Il était encadré par 2 uniformes, avec l’air goguenard du type qui sait ce qu’il fait.

Vraiment le vieux flic ne comprenait plus ce qu’il se passait.

« – T’as vraiment le cul bordé de nouilles vieux, lui dit un collègue qui passait dans le couloir.
– Attends, quelqu’un peut m’expliquer d’où elle sort cette vérole ?
– Ben il vient d’arriver, escorté par ses jeunes, la moitié de la ville aux basques voulant les lyncher mais ayant trop la trouille pour bouger. C’est pour ça qu’on doit barricader le commissariat.
– Donc on se retrouve dans la position à la con ou on doit protéger cette crevure ? Déjà que le public pouvait pas nous blairer, là on va clairement êtres considérés comme des putains d’ennemis par la population… Pourquoi on n’a pas fermé les yeux et les portes et laisser la populace faire le boulot ?
– T’es vraiment dépassé hein ? Les lynchages c’est un truc de raciste américains, ici on est dans un pays civilisé et on protège les gens, même si on pense que ce sont des enflures de première.
– Mais tu te rends pas compte qu’avec les juges actuels, sa bande va prendre maximum 10 ans et lui à peine plus, soupira le vieux flic. Le seul moyen de rétablir l’ordre est de se débarrasser de toute cette bande d’arsouilles, sinon je te jure que tout va s’effondrer façon 1793 et tout le tintouin.
– Y’a vraiment que toi pour penser du mal de la révolution française, dit le collègue en s’éloignant, visiblement accablé par la réaction le vieux flic. » Il lâcha encore avant de partir, « et on a du pain sur la planche, faut qu’on trouve ses derniers otages avant qu’ils crèvent de faim et de soif. En plus il a prévenu les télévisions que seulement certains otages pourraient êtres sauvés parce qu’ils seraient soi-disant tous reliés les uns aux autres et en sauver un en ferait mécaniquement péter un autre.»

Selon les derniers chiffres, il y avait environ 200 otages.

Le vieux flic eu une illumination, il commençait à comprendre ce que l’autre pourriture avait voulu faire. Dresser les habitants contre ceux qui avaient lamentablement échoué dans leur mission de faire régner la paix, créer une suspicion permanente de tous envers tous, détruire la société.

Il n’avait plus 40 choix, il devait l’interroger, sauver les survivants et balayer le reste sous le tapis de la mémoire défaillante des cons dehors en faisant en sorte que cette incarnation de la folie ordinaire disparaisse. Sinon c’était le chaos de compétition et il ne comptait pas passer ses dernières années dans la trouille permanente. Lui son plan était plutôt de les passer dans une petite de la moitié de son âge. Ce n’était jamais vraiment rigolo une guerre civile. En même temps, il disait toujours à ses collègues qui lui demandaient quelque chose que lui aurait bien voulu un poney mais qu’on n’avait pas toujours ce qu’on voulait dans la vie…

Les premiers pavés s’abattaient déjà sur le commissariat, mais il savait que cette unité de façade ne durerait pas. Que d’ici peu les gens allaient s’organiser et s’écharper pour sauver ceux qu’ils aimaient en laissant crever les autres dans une absolue bonne conscience.

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Le debut dans fiction tout ca

Les cavaliers de l’apocalypse sonnent à sa porte et il monte le son de sa télé (XIV)

Alors que les flics étaient encore en train de rameuter leurs psychologues de bazar, les bons étant déjà pris et refusant les tarifs horaires proposés par un gouvernement en banqueroute, pour savoir a qui ils avaient à faire, lui était en train de mettre en place son plan. Le chaos par la peur. Bien sur, cela n’avait rien d’original. Les extrémistes de tous bords avaient toujours agit de la sorte. Mais lui comptait y apporter sa petite touche. Il avait toujours été surpris par la facilité avec laquelle ont peut faire faire des choses surprenantes à un homme défoncé aux amphets’. Il avait toujours été encore plus surpris par la facilité avec laquelle on peut vendre n’importe quoi aux journalistes. Lui et sa petite équipe, donc en fait lui seul vu que les autres n’étaient pas exactement câblés comme des bêtes de concours Lépine, avaient donc décidé, en marge de leur véritable plan de revendiquer le moindre accident mortel sur la route, le moindre fait divers sanglant. Une petite équipe était dédiée à l’épluchage des journaux. Quand ils trouvaient une affaire du type « un suicidaire prend l’autoroute en sens inverse, se tue et emmène 2 autres personnes avec lui », ils appelaient la rédaction et revendiquaient l’accident comme un attentat perpétré par leur soin, eux le comité André Breton En Vrai, le grand homme avait un jour dit que l’acte surréaliste ultime était de descendre dans la rue et de tirer sur les passants avec une mitraillette. Cette méthode avait l’avantage notable d’épargner ses troupes opérationnelles encore maigres et de semer un vent de panique. En plus, ça prenait les modeux à contrepied puisqu’ils croyaient que ces horreurs étaient commis au nom de l’art et non de la sauvagerie.

En quelques jours, internet aidant, le trafic routier avait diminué d’un tiers. Il en riait d’aise. Les flics ne savaient plus où donner de la tête, les gens dénonçaient leurs voisins sur le moindre soupçon. La chienlit était en train de s’étendre.

La seconde partie de son plan consistait à enlever des gens sur des parkings de supermarchés, de les torturer en se filmant à visage découvert et de poster les vidéos sur internet. En quelques semaines les supermarchés se vidèrent. Il frappait partout, dans tout le pays, sans modus operandi, sans logique apparente, sans demande au gouvernement. Juste des revendications, de la violence et du surréalisme.

Bien entendu, pendant ce temps, il continuait à recruter. Il avait maintenant des caves entières remplies d’adolescents menottés à leurs lits et shootés à heure fixe. Il savait que c’était comme ça qu’on formait les meilleurs soldats chez les maitres du genre, les africains.

Les rares autorités morales des quartiers qui tentaient de s’opposer à lui étaient toutes traitées de la même manière : attaché à l’intérieur d’un caddy de supermarché et lancé de l’arrière d’une fourgonnette du haut d’une cote sur une autoroute bondée. Au moins ils ne pouvaient pas dire qu’ils n’étaient pas morts de façon surprenante.

La troisième partie de son plan devait se mettre en place d’elle-même. Il voulait que les « citoyen » reprennent les choses en main face à la nullité des pouvoirs publics. Ce qui amènerait ces mêmes pouvoirs publics à s’en prendre à des innocents puisqu’ils ne pouvaient rien faire contre lui. Mais cette partie était trop lente à se mettre en place, il fallait qu’il intervienne de manière encore plus directe pour forcer l’implosion et qu’enfin la quatrième partie se mette en place, la lutte de tous contre tous, la perte de confiance en son voisin qui fait commettre les pires crimes à des gens jusque-là sans histoire. Grace a lui, tous allait dorénavant avoir une histoire. Tous seraient forcés de reconnaitre que le temps ne s’était pas arrêté, que leurs vies sous cellophane ne pouvait pas les protéger, que la nature humaine existait et qu’elle n’était pas belle.

Il fallait donc accélérer les choses avant que les flics, aussi incompétents soient-ils ne puissent le faire disparaitre dans le feutré d’une cellule aux murs capitonnés. Il savait exactement comment faire, cela ne demandait qu’un peu d’organisation et de doigté comme disait Mme Claude ou Horowitz, il ne savait plus.

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Le debut dans fiction.

Les cavaliers de l’apocalypse sonnent à sa porte et il monte le son de sa télé (XIII)

Il voulait voir le monde bruler. La rage sourde qui l’avait animée au premiers temps de ce qu’il appelait sa conversion avait totalement disparue. La seule chose qui le motivait maintenant était le chaos pur et simple. Plus la colère, plus la boule qu’il avait portée dans le vide pendant longtemps, juste la destruction. Il avait des fantasmes de lui-même se jetant sur n’importe qui au milieu de la rue armé de deux matraques rétractables. Il se voyait se diriger d’un pas lent vers quelqu’un, la tête légèrement penchée en avant, les yeux fixés sur sa future victime et faire s’allonger les matraques à la façon d’un Wolverine sortant ses griffes. Puis du sang, des cris. Un bâton à toujours 2 bouts et il avait fermement décidé de quel coté il serait à partir de cette fameuse nuit avec la pute, le clodo et le volontaire.

Mais on ne fait pas bruler la ville seul, pour cela il faut l’alliance active des barbares et celle passive des citoyens. La phrase de Burke était devenue sa devise : « tout ce dont le mal a besoin pour triompher est l’inaction des hommes de bien ». Il comptait là-dessus. D’abord des hommes de bien il n’en connaissait pas et ensuite il était absolument sur qu’ils étaient mort de trouille.

Mais afin de faire tomber les murs, il lui fallait une petite armée. Ca aussi n’avait posé aucun problème. Il ne se considérait pas comme un tribun. En fait pendant toute la première partie de sa vie il n’avait jamais voulu convaincre qui que se soit. Pour lui toutes les opinions se valaient, mis à part bien sur le racisme et autres formes intolérantes de quand le monde avait encore un sens. Mais aujourd’hui, et depuis longtemps, le monde n’avait plus de sens. Le langage, seul véritable garant de la santé morale était tombé depuis des décennies comme une barricade vermoulue. Il s’en rendait compte. A force d’appeler un chat une chaise, une orange un sous-marin de poche, un nain un géant, un homme une femme, un batard un légitime, le sens avait disparu et la société était d’abord devenue folle, puis s’était effondrée sous le poids de sa propre folie. Convaincre ces jeunes crétins, soumis depuis toujours à leur religion de la lune, aux caïds de leurs cites ou à leurs propres petites justifications qui les autorisaient à se perdre au lieu de se sortir les doigts et d’avoir une vie qu’ils pourraient regarder en face, avait été un jeu d’enfant trisomique. Il avait commencé par leur montrer que leurs caïds, aussi méchants soient-ils, ne faisaient pas le poids face à sa folie logique a lui. Cela avait été un peu salissant, fatiguant, mais tellement bon. Ensuite il n’avait eu qu’à jouer sur la corde romantique qui fait vibrer tous les jeunes du monde persuadés de ne pas avoir ce qu’ils méritent. Quelques slogans à l’emporte pièce plus tard il avait sa milice. En ce moment il formait les moins crétins et les plus charismatiques d’entre eux pour le recrutement. Son armée était de toutes les couleurs et d’ailleurs il les confondait dans un même mépris. Il les jetterait dans les flammes quand le temps serait venu.

Il savait déjà que la police l’avait repéré. L’espionnage était sans doute une des dernières choses que l’état avait conservée de sa grandeur d’antan. C’était tant mieux. Il fallait qu’il convoque des journalistes pour que la menace ait un visage et un nom. Il ne se faisait pas d’illusions. Tout ce qu’il parviendrait à faire serait de mettre un joyeux bordel. Mais il voulait finir en cocktail Molotov lancé dans un berceau, comme une tuerie au napalm.

Il était déjà mort depuis longtemps et comptait enfin en profiter. Il ne se mentait pas à lui-même en pensant qu’il n’avait jamais été aussi vivant et autres débilités qu’il laissait aux ahuris congénitaux qui le suivaient la bave aux lèvres en se touchant à l’idée du dawa qui était sur le point de se déclencher. Eux, consuméristes en diable rêvaient de pillages d’où ils repartiraient avec des PS3 et des écrans plats, de viols collectifs à la sauvette et c’était à peu près tout. Fallait pas trop leur en demander aux ectoplasmes. Morts aussi qu’ils étaient d’ailleurs. Mais eux acceptaient mollement leur condition de zombie. Lui se rêvait en baron Samedi. Il serait l’incarnation de ce monde, non pas contre lui mais lui-même dans son abjection et sa chute.
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Le debut est dans fiction comme vous en avez l’habitude.

Les cavaliers de l’apocalypse sonnent à sa porte et il monte le son de sa télé (XII)

Sur l’écran on pouvait voir le « suspect » que tout le monde ici savait coupable entouré par 6 « jeunes ». Ils étaient armés de battes de baseball et de lourdes chaines. Le vieux flic ne put s’empêcher de se dire que les noirs étaient forcément doués avec des chaines vu qu’ils en avaient fort benoitement portées pendant des siècles. Une espèce d’atavisme se disait-il en lui-même…

Il semblait clair que le type au milieu allait se faire massacrer. Le son manquait mais on n’en avait pas besoin pour savoir qu’ils ne lui demandaient pas l’heure. Et soudain, il s’était lance sur le jeune le plus proche de lui, on voyait nettement qu’il lui écrasait une bouteille, de bourbon a priori, en pleine bouche mais on devait imaginer le bruit des dents fracassées. Puis, on pouvait le voir s’acharner sur le corps et le visage de sa nouvelle victime. Tout en démolissant le jeune il était agité de soubresauts. Personne dans la pièce ne comprenait vraiment ce qu’il faisait jusqu’à ce que le vieux le dise tout haut : « Mais il est mort de rire ce perturbé ! Il est en train de réduire un type en bouillie à mains nues et il rigole comme un damné… ».

Les flics réunis comprirent alors qu’il se déroulait quelque chose de proprement extraordinaire à l’écran. Les autres jeunes, au lieu de se jeter sur le type qui se passait les mains encore dégoulinantes du sang de leur camarade dans les cheveux, déposaient leurs armes et semblaient sur le point de fuir. Ils avaient l’air absolument terrorises par le déchainement de violence auquel ils venaient d’assister. D’habitude, quand ils cernaient un petit blanc à l’air bourge, au pire l’un d’entre eux prenait un vague coup sur le bout du museau, mais en général la face de craie finissait dépouillée comme un lapin en moins de deux. Là, non. Ils n’avaient pas été formatés pour une telle éventualité et leurs cerveaux, plus habitués à l’action qu’à la réflexion étaient sur le point de griller. Ils connaissaient deux réactions, l’agression en meute façon hyène ou le retrait stratégique. Ces attitudes étaient dictées par le nombre de l’adversaire. Et là, celui qui aurait du être une victime s’était mué en un bourreau.

Le vieux flic ne regardait plus autour de lui, ce qui se passait sous ses yeux le captivait absolument. Il était le seul de la pièce à comprendre ce qui était en train de se jouer et ce qui risquait d’arriver si eux, les représentants de l’ordre n’agissaient pas au plus vite pour tout arrêter. Il avait l’impression d’être doué de prescience. C’est pour ca que le vieux flic ne fut absolument pas surpris quand il vit ce petit personnage faire comprendre aux jeunes de rester, discuter avec eux tout en passant ses mains sur une chaine qu’il avait ramassée. Le jeune au sol bougeait encore mollement mais plus personne n’y prêtait attention. Puis, il donna la chaine à l’un des jeunes qui la prit en hésitant. Le vieux flic n’en revenait pas. 3 minutes plus tard le jeune passait la chaine autour du cou de celui qui était encore au sol. Quelques sauts de carpes, ses jambes se raidissant. Puis plus rien. Les jeunes s’éloignaient avec lui. 10 mètres plus loin il s’arrêta et regarda directement dans la caméra en souriant. Puis ils disparurent.

La cassette s’arrêta et tout le monde resta silencieux pendant 2 minutes. Un ange de 130kgs en string passait. Estomaqués qu’ils sont tous ces blancs-becs, se dit le vieux flic. Ils ne comprennent pas que ce type est lancé sur une orbite dont personne ne peut prévoir la courbe… Le vieux flic prit la parole : « Les gars, moi je vous le dis, si on arrête pas ce malade et ses gorilles, il va nous mettre la ville à feu et à sang.
– Mais bordel ! Tu peux pas t’en empêcher ! Entre tes fantasmes de guerre civile et ton racisme qui te fait traiter tous les noirs de singe tu nous gonfles vraiment… »
Le vieux flic se tut et retourna dans son bureau.

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Le debut est dans fiction

Les cavaliers de l’apocalypse sonnent à sa porte et il monte le son de sa télé (XI)

Il décrocha le téléphone.

« – Allo vieux ?
– Oui c’est moi, qu’est-ce que tu veux ?
– Juste te dire que pour ta dernière affaire là, ben apparemment on a un enregistrement. Sans le son ca ressemble à un mélange entre du Tex-Avery et un vidéo gag… En tous cas on a la description de ton gars : Monsieur tout le monde mixé avec Mad Max. Mais vu d’ici je peux te dire que ce n’est pas un pro… Et cerise sur le gâteau, il est passé au commissariat y’a pas longtemps !
– Ah, la beauté des cameras partout… Souriez citoyens vous êtes filmés…
– T’es con, ca nous facilite quand même vachement le boulot !
– T’as raison, on est plus « efficace » comme ca… A part que vous avez besoin, toi et ta bande d’amateurs à raie sur le coté, de voir des images pour savoir que le type qui a fait ca n’avait aucune idée de comment s’y prendre pour rétamer un gus correctement. Suffit de voir les corps pour se rendre compte que le gars était un puceau complet… Un romantique quoi.
– T’es vraiment à la ramasse. Bon tu passes voir cette putain de cassette ou pas ?
– Ouais, j’arrive… »

Il reposa le combiné sur son socle, envahit par une énorme lassitude. Ce petit con lui parlait comme s’il était déjà totalement alzheimerisé. Dans une civilisation normale il serait allé lui coller une bonne paire de baffes sur sa boite à conneries, mais par les temps qui courraient, valaient mieux éviter ce genres de petites incartades avec l’esprit de franche camaraderie qui régnait dans les forces de l’ordre en cette période « moderne ». Mais ca n’empêchait pas de rêver… Il se voyait assez bien lui coller des coups d’agrafeuse dans la carotide en lui racontant des blagues racistes à ce petit con qui avait arrêter un pauvre saoulard au bistrot pour avoir oser raconter (atrocement mal d’ailleurs) l’histoire du pauvre nègre de Michel Leeb… Ce qui était considérablement aggravé dans son esprit par le fait que ce petit blanc se vantait d’adorer les sketch d’acomiques à la mode cassant allègrement du catho et du face de craie. Alors le pochtron n’avait certes rien eu d’autre qu’une tape sur la main mais quand même, c’était gonflant.

Le vieux flic se leva de son bureau, alors qu’il allait sortir un jeune planton failli lui rentrer dedans en lui apportant la confirmation de ce qu’il savait déjà, le gars au SDF et au Volontaire s’était apparemment senti des envies irrépressibles de pratiquer son art encore une fois. Ce coup-ci, toujours d’après les saintes cameras de surveillance plantées un peu partout par la police et les particuliers, il avait fait dans un style un peu différent.

Quand il arriva dans la salle de visionnage, la moitie du commissariat était entassée là. Ca sentait l’aisselle humide et l’haleine malsaine. Les murs défraichie suintaient comme un corps fiévreux. La lumière projetée par ces saloperies d’ampoules à économie d’énergie qu’on leur avait imposées était verdâtre. Tout ce qu’il fallait pour que l’ambiance soit la plus déplaisante possible. Juste ce dont il avait besoin pour ne pas se laisser crever sur place. Tant qu’à faire, si c’est pour y passer l’éternité pour le hanter, autant clamecer dans un endroit cosy. Comme l’appart de sa chienne de deuxième femme. Il se collerait bien une bastos là-bas, sous ses yeux. Il se disait que comme ca, il arriverait peut être à la tenir éveillée 20 minutes…

Le vieux flic jeta un coup d’œil sur ceux qui se considéraient comme des collègues, comme des policiers, alors que lui ne faisait plus partie d’eux depuis longtemps déjà. Mais pour la première fois depuis fort longtemps il sentait comme une espèce de surprise mélangée à de l’enthousiasme et de l’incrédulité. Ils avaient tous les yeux rives sur l’écran. C’est que ce qui s’y passait était suffisamment surprenant pour que même les plus péteux d’entre eux cessent de faire semblant d’avoir déjà tout vu…

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Pour la onzieme fois, le debut est dans fiction. Je tiens aussi a remercier Naif pour son excellent pastiche qui m’a bien flatte. Si on commence a me pasticher c’est le debut de la gloire!