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Histoire vraie, à peu de choses près

Dans un rare moment de faiblesse, j’ai accepté  de m’ouvrir aux beautés de la culture de l’autre. Je me suis donc retrouvé embringué dans une visite impromptue des grottes de batu.

Ecrasé par la chaleur et pressé par le noir de monde jaune qui m’entourait, je dus reconnaître la beauté du lieu car il est vrai que cet ensemble géologique est assez impressionnant, mais alors que je m’apprêtais à cracher mon dédain des ridicules statues en plastique de poulet, ou en plâtre verni au moyen des sécrétions de je ne sais quel animal, les certitudes me manque à ce sujet, j’entendis le garçon qui m’accompagnait pousser un cri de petite fille s’étant assise un peu vite sur un objet pointu. Le garçon en question ne me rend que quelques centimètres et une vingtaine de kilos, c’est donc déjà un assez bel homme. Me retournant, je vis que, tout à mes grognements et à ma réflexion sur le meilleur moyen de catapulter le bouddha de 40 mètres gardant l’entrée des grottes, nous nous étions trop approchés de macaques fort agressif et défendant leur petit coin de territoire recouvert de bananes laissées par des touristes aux capacités intellectuelles de dindons lobotomisés. Le cri lamentable de mon coreligionnaire trouvait donc une explication qui, à défaut d’être honorable, était compréhensible. Les macaques se retournèrent vers moi et commencèrent à charger ce qui me donna la joie de pouvoir mettre en pratique près de 30 ans de connaissances obtenues via des documentaires animaliers. Je me fis donc le plus gros possible en gueulant sur ces saletés de singes sans céder un pouce de terrain. Il s’ensuivit un silence un peu pénible au cours duquel singes et touristes me regardèrent du même air interloqué. C’est alors qu’un singe franchement plus téméraire que les autres me toucha le genou de sa petite main noire, calleuse et sans doute abominablement innommable tout en me montrant les dents. Je me voyais déjà enseveli sous une nuée de quadrumanes pouilleux, véritables petits sacs à maladie plein de dents et de hargne. Prêt à abandonner ma vie tout en adressant une dernière pensée à l’Amirale et au petit mousse ainsi qu’une petite prière à la Sainte Vierge, il me revint à l’esprit que Chavez était entre la vie et la mort et que je ne pouvais pas quitter cette terre sans en avoir une dernière fois humé l’air débarrassé de la puanteur d’un ignoble communiste de moins. Cette lueur d’espoir me rendit mon courage et d’un mouvement tout de grâce et de vivacité, je saisis le macaque par les narines, pliai un jeune arbre, posai la sale petite bête dessus et le catapultai vers les abîmes. Ce fut un délire dans la foule en liesse heureuse d’être libéré de ce primate tyrannique. Ils voulurent faire de moi leur dieu local, ce que je refusai bien entendu tout en essuyant mes doigts désormais plein de morve dans le foulard d’une femme toute alanguie. Cependant je ne serai pas surpris de voir une catapulte remplacer le bouddha géant lors de mon prochain passage.

Les cavaliers de l’apocalypse frappent a sa porte et il monte le son de sa tele (VI)

Il avait besoin d’un verre. D’un truc fort qui lui brulerait la gorge instantanément et la cervelle en décalage… Au moins pour un certain temps. Il voulait s’abimer, vraiment, dans tous les sens du terme. Sombrer comme un de ces bateaux abordés par une bande de pirates dégénérés. Il devait réussir à faire taire cette colère sourde qui était en train de l’envahir. Il n’avait jamais ressenti une chose pareille. L’envie de foutre le feu aux passants, juste parce qu’ils passaient.

Soudain il se rendit compte qu’en fait il avait ressenti cela pendant des années. Ce dégoût pour la laideur et la puanteur des gens. Pour la bassesse, la veulerie de ceux qui se disaient être ses contemporains. De ceux qui étaient ses contemporains… Il faisait partie d’eux. Il était tout aussi ignoble. Incapable de se défendre face aux agressions caractérisées qu’il avait eu à subir ses derniers jours. Cette pensée lui donna le vertige. Comment pouvait-il se considérer comme un homme s’il s’aplatissait face à tous les dangers. Comment pouvait-il espérer fonder une famille un jour s’il ne pouvait même pas se défendre lui-même.

Il fut surpris par cette idée. Jusque là, quelqu’un lui aurait dit que le rôle élémentaire d’un homme était de protéger sa famille qu’il aurait rit. Il se serait moqué de ce phallocrate rétrograde, sorte de vestige d’un autre temps ou la différence des sexes était considérée comme fondamentale. Depuis des années, il avait appris que ces différences n’étaient que culturelles et qu’il fallait lutter contre elles. Mais là, à ce moment précis ou il avait été mis a poil, ou toutes les couches de vernis de civilisation que la société lui avait appliqué, jour après jour, cours après cours, 20 heures après 20 heures, pub après pub, il savait ce qu’était le rôle d’un homme. Et il savait qu’il n’en était pas un.

Sans s’en rendre compte il avait pas mal marchà en pensant à tout ca. Il se retrouva au cœur d’un de ces quartiers de la ville ou il n’avait jamais mis les pieds parce qu’il n’y avait pas de boite a la mode ici. Il ne serait jamais venu à l’esprit de ses amis de s’aventurer dans de tels lieux, jamais en une des pages people, toujours à celle des faits divers. Il s’engouffra dans le premier bar.

Ses poumons s’emplirent immédiatement de la fumée qui remplissait la petite pièce basse de plafond. Apparemment, les tenanciers se torchaient avec les dernières directives anti-tabac. La fumée bleutée était si dense qu’il distinguait presque difficilement le zinc à 10 mètres de lui. Il n’y avait quasiment pas de lumière, quelques tables entourées de canapés profonds dans lesquels des clients discutaient avec des filles très légèrement vêtues. Derrière le tabac il pouvait sentir l’odeur de la sueur rance de ces types qui bavaient devant des nanas qu’ils n’auraient jamais pu avoir sans payer. Il sentait aussi l’odeur infecte et entêtante du patchouli qui semblait être l’odeur obligatoire des putes et des strip-teaseuses. Ca lui donnait envie de gerber. C’était parfait.

Il demanda au barman ce qu’il avait comme whisky. Comme il s’y attendait, l’autre ne servait que de la pisse qu’il n’aurait même pas daigné renifler en temps normal. Mais il n’était pas en temps normal et à ce moment précis, il savait déjà qu’il ne serait plus jamais en temps normal.

Quitte a se bousiller les papilles, autant prendre la pire merde. Il voulait boire sans jouir, boire sans soif, boire pour cramer ces salopes d’émotions, ce putain de ressenti et cette infernale conscience. Comme il n’avait pas les moyens de détruire la réalité, il voulait au moins foutre en l’air son image.

Le barman lui apporta la bouteille et il se mit au boulot.

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