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Au fond du sac avec un chat sauvage et une bouteille de rhum

Voici un nouveau debut de nouvelle, j’essaierai d’etre regulier, on verra bien et surtout j’espere que ca vous plaira autant que les cavaliers.

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Jean, il aurait préféré se prénommer Ahmed ou Fetnat mais ses parents n’avaient pas prévu le coup au moment de le baptiser, menait une existence relativement paisible dans la citée des fleurs séchées. Il savait quand baisser la tête, ne jamais regarder personne dans les yeux, en particulier les filles, et n’être jamais vu en train de parler avec la police ou les journalistes. Son boulot à l’usine lui rapportait juste de quoi payer les traites de son écran plat, sa connexion internet et son forfait mobile. Il habitait un studio qu’il avait aménagé du mieux possible coincé entre une famille de maliens et une autre d’algériens. La France diverse et métissée était son quotidien et son acculturation crasse lui permettait d’être heureux car il ne pouvait pas imaginer autre chose.

Jean était tout sauf remarquable. Il était moyen en tout. Taille, poids, couleur de peau, cheveux. Il faisait parti du décor moche qui l’environnait. Etant fils unique et ses parents étant morts de n’avoir pas suffisamment consommé de fruits et légumes par jour, il était globalement seul. Il n’avait pas vraiment d’amis, les gonzesses ne savaient même pas qu’il existait. Bref il menait une petite existence médiocre qui lui convenait. Bien sur, comme tout le monde il se rêvait parfois en moudjahidine ou en Rambo. Il ne possédait que 2 référentiels, la sous-culture américaine et celle des musulmans. Jean avait bien vaguement entendu parler de l’histoire de France à l’école, mais pour lui tout cela datait du moyen-âge et il savait quoi en penser depuis que sa prof de collège lui avait doctement expliqué à quel point le régime de Louis XIV était fasciste. Et, s’il savait quelque chose, c’était que le fascisme était très très mauvais.

Jean était une pate molle demandant à être modelée. Aucune conviction personnelle, Canal+ lui fournissait son catéchisme particulier et si jamais il était invité à diner il ne commettait jamais d’impair, ce qui de toute façon aurait été difficile puisque personne ne l’écoutait jamais.

Jean aurait pu être un personnage intéressant si sous toutes ces couches de vernis policé s’était caché un authentique rebelle en puissance ou un intégriste. Mais voila, Jean n’avait pas ca en lui. Et Jean le savait.

C’est sans doute pour toutes ces raisons que Jean fut extrêmement surpris de se voir comme dans un rêve frapper à coups de poing le type qui était en train de violer cette fille qu’il ne connaissait même pas. Et maintenant, barricadé dans son studio, il ne savait plus que faire. Le type en question faisait parti du groupe des plus gros enfoirés de la citée des fleurs séchées. Jean savait qui il était même si l’autre ne l’avait jamais remarqué. Jean tentait d’imaginer comment se sortir de ce guêpier, mais à part des images de films hollywoodiens ou le looser tue tous les méchants et part dans le soleil couchant avec la fille de son cœur, rien ne lui venait en tête. Seulement les pleurs de la fille qui se faisait violer et qui l’avaient fait réagir de manière purement mécanique. Il l’avait emmener dans son studio et elle lui avait craché au visage en lui disant que maintenant, à cause de lui, non seulement elle s’était faite violer, mais qu’en plus elle allait surement crever, brulée a l’acide dans une cave puis jetée de l’arrière d’une bagnole pour l’exemple. Elle lui souhaitait d’ailleurs toutes sortes de châtiments corporels qui faisaient honneur à son imagination d’exotique. Jean se disait que la théorie de l’atavisme était quand même pleine de bon sens.

Jean devait réunir ses affaires et fuir le plus vite possible avec elle, mais il savait que traverser la citée a pied avec une fille à demi-nue allait se révéler assez complexe.